
de Louise Erdrich

Le livre :
Date de Parution : 2003
Titre original : The master butchers singing club
Editions Albin Michel
568 pages
Le sujet :
1918. En Allemagne, Fidelis revient de la guerre, se débarrasse de ses poux à défaut de se débarrasser de ses horribles souvenirs, épouse Eva, la fiancée de son meilleur ami mort, et décide d'émigrer en Amérique, attiré par un pays où vivent ceux qui sont capables d'inventer le pain de mie.
Dakota du Nord, Delphine est une artiste de cirque, en ménage avec Cyprian qui préfère pourtant les hommes.
Fidelis et Delphine, deux êtres assoiffés d'absolu et qui forment des "taches dans le grand motif du monde" et que nous allons suivre durant plus de 30 ans (d'une guerre mondiale à l'autre) ...
Le verbe :
p 510
"Celui-ci n'est qu'un gamin, même pas de duvet aux couilles, je parie." Qu'aurait-il rétorqué, de toute façon, se demanda-t-il, dans la mesure où le soldat avait plus ou moins raison ?
...
... Erich fut horrifié de s'entendre hurler :
"Grands dieux, je vous en prie de me tirez pas dessus.
- Merde alors !
- Je suis né dans le Dakota du Nord, articula Erich d'une voix étranglée. Mon papa vit toujours là-bas.
- Qu'il aille se faire foutre. Qu'est-ce que tu fiches ici, espèce de morveux ?
- On m'a envoyé ici avant la guerre.
- Alors qui t'es, putain, un putain de nazi ou un putain d'américain ?"
Erich fut encore choqué par son cri inattendu.
"Je ne sais pas ce que je suis, mais je n'ai pas de poil aux couilles !"
Les Américains se tordirent de rire, et ses camarades de classe de la Hitler Schule, les deux qui restaient, considérèrent Erich avec un étonnement indécis et grave, en se disant qu'il possédait une intelligence supérieure jusque-là ignorée, ou bien que sous la pression du combat il avait totalement perdu la tête.
Mon complément :

Un livre cadeau de la part de Suzanne de

Couvertures en version anglaise :
Je sors à peine de cette magnifique, je dis bien MA-GNI-FIQUE histoire qu'il est difficile de résumer.
Il ne faudrait pas s'arrêter au titre, trompeur. Certes, la chorale existe bien, mais ce n'est pas le thème principal de ce roman, qui reste une grande fresque. Amour, amitié, guerre, homosexualité, deni de grossesse, faim, dénuement, génocide (
indien et juif), courage, survie, tels sont pour moi les thèmes abordés dans ce "roman-chorale". Il y a même une enquête liée à la mort d'une famille enfermée dans une cave. Impossible de rester insensible à la richesse des émotions, des messages, qui sont contenus et délivrés au cours de plus de 550 pages.
L'extrait que j'ai choisi traduit à mes yeux ce que je retiens du style de Louise Erdrich : elle sait nous faire passer du rire aux larmes (
oh ! que oui j'ai pleuré en lisant ce livre), inspirant tour à tour, la pitié ou l'amusement.
Un livre profond comme les sentiments. Vraiment,
mais vraiment hautement recommandable.

Couverture des éditions Albin-Michel (
clic sur l'image pour accéder à l'article écrit sur ce livre sur leur site).