Website Ribbon Diagonal Banner Web Design Webmaster Tool Des Livres et des Heures
Pourtant je sais que les livres sont faits pour unir les hommes par-delà la mort et nous défendre contre l'ennui le plus implacable de toute vie, l'oubli. (Stefan Zweig)

24 novembre 2009

Le poète


de Michael Connelly


Le livre
:

Date de Parution : 1996
Titre original : The poet
Editions du Seuil pour la France
540 pages

Le sujet
:
Etats Unis. Années 1990. Un journaliste cherche à comprendre le suicide de son jumeau et découvre un lien entre une série de meurtres de policiers déguisés en suicides. Ceux-ci enquêtaient tous sur des assassinats particulièrement horribles, parfois commis sur des enfants. Tous les policiers ont laissé en guise d'adieu un extrait de poème.

Le verbe :
La nuit, le fantôme qui me hante le plus est le mal enfoui en moi qui me conduisit un jour à douter de la chose dont j'avais le plus envie.

Mon complément :

Trop beau ! trop TOUT ! Un livre qu'on lit debout sous la pluie, la nuit, dans le bruit, peu importe au fond, car nous ne voyons rien d'autre.

Une enquête qui tient la route, avec des rebondissements "at the end". J'ai trouvé amusant les détails concernant les transmissions de données : il faut dire qu'en 1996, internet n'était pas aussi "naturel" que maintenant. Peu de particuliers avaient le matériel pour envoyer et recevoir des fichiers, de quelque nature que ce soit.
- Vous savez ce qu'est un appareil-photo numérique ?
- Oui. C'est un appareil sans pellicule. Ils les ont essayé au journal.
- Exact. Pas de pellicule. L'image prise par l'appareil est enregistrée sur une puce et elle peut ensuite être visionnée sur un ordinateur, agrandie, retouchée, etc., et imprimée. En fonction du matériel dont on dispose- en l'occurence, on a ce qui se fait de mieux, avec un objectif Nikon - on peut obtenir des photos d'une grande perfection. Plus vraies que nature.
J'ignore si, dans la réalité, un journaliste pourrait participer à une enquête menée par le FBI,comme le fait Jack McEvoy, mais ce détail laissé de côté, on y croit ! d'autant que Jack est un homme des plus perspicaces et attachant. Un intègre, qui va jusqu'au bout pour découvrir la vérité, ce qui n'est pas sans me déplaire.
Mon frère jumeau. A-t-il regardé les yeux de son meurtrier au dernier instant ? Et y a-t-il vu la même chose que moi ? Y a-t-il un Mal aussi pur et ravageur qu'une flamme ? Je continue de porter le deuil de Sean. Je le porterai toujours.
Liens en rapport avec le billet :

18 novembre 2009

Trois femmes puissantes



de Marie Ndiaye

Photo © Mercure / Opale

Le livre
:

Date de Parution : 2009
Editions Gallimard
316 pages

Le sujet
:
Dakar. Enrichi suite au rachat de Dara Salam, un village de vacances, et aujourd'hui ruiné, le père de Norah, avocate à Paris, la presse de venir. Il s'agit de défendre son fils Sony, le frère de Norah. Sony, qui s'est accusé du meurtre de sa belle-mère, la nouvelle femme de son vieux père, et dont il a eu des jumelles (leur nounou est Khady). Que s'est-il passé pour que le petit prince chéri de son père, l'enfant gâté et riche, enlevé à sa famille l'année de ses 5 ans, soit aujoud'hui enfermé à Reubeuss ? Quel monstre s'est assis sur son ventre pour ne plus se relever ?

Abel Descas, l'ancien propriétaire de Dara Salam a assassiné son associé africain avant de se suicider dans sa prison de Reubeuss. Alors âgé de 5 ans, son fils Rudy, est reparti en France d'où il est revenu adulte et professeur. C'est au lycée Mermoz qu'il rencontre Fanta, puis ils se marient, ont un fils Djibril. Accusé d'être le fils d'un assassin par des élèves, Rudy les tabasse, ce qui lui vaut une mise à pieds et l'oblige à rentrer en France où plus rien ne sera pareil.

A la mort de son mari dont elle n'a pu enfanter, Khady se retrouve sans ressources et à la merci de l'indifférence de sa belle-famille qui ne tarde pas à l'expédier clandestinement en Europe où elle doit retrouver sa cousine Fanta et assurer l'envoi d'argent. Mais Kadhy refuse de s'embarquer et traverse de douloureuses épreuves avant de trouver sa seule liberté possible.

Le verbe :
Parce que leur fils unique l'avait épousée en dépit de leurs objections, parce qu'elle n'avait jamais enfanté et qu'elle ne jouissait d'aucune protection, ils l'avaient tacitement, naturellement, sans haine ni arrière pensée, écartée de la communauté humaine, et leurs yeux durs, étrécis, leurs yeux de vieilles gens qui se posaient sur elle ne distinguaient pas entre cette forme nommée Kadhy et celles, innombrables, des bêtes et des choses qui se trouvent aussi habiter le monde.
(P 256)

Mon complément :
Dire que pour moi, il s'agit bien d'un roman et pas de 3 nouvelles comme j'ai pu le lire et l'entendre. Roman dont l'unité est complexe, mais bien réelle. C'est un roman qui parle de l'Afrique, dont les héros sont blancs et noirs, tous sont des pions dans le grand jeu du hasard comme sur un échiquier. Les histoires des personnages sont imbriquées comme les motifs d'un tissu africain, d'ombres et de lumières.

Dans le premier récit, nous sommes Norah, perdue à l'heure des retrouvailles avec ce père qu'elle redoute, qu'elle exècre, qu'elle identifie à un oiseau qui va se nicher le soir dans le grand flamboyant à côté de la maison. Dans le deuxième récit, Rudy se débat avec sa culpabilité d'avoir arraché sa femme à son pays et d'avoir causé sa perte, ou plutôt sa morne déconvenue de n'avoir pas retrouvé un travail équivalent à celui qu'elle exerçait dans son pays. Fanta qu'il imagine être devenue une buse chargée de fondre sur lui désormais comme pour le punir. Et pour achever ce roman, nous suivons Khady, obligée de se réfugier dans un certain abandon de son corps de souffrance. La faim, la soif, la douleur, ne lui sont plus rien dans sa bulle de rêve. Elle n'est plus de ce monde et rien ne peut lui arriver. Elle vole.

Chaque femme s'échappe d'une réalité insupportable, à leur manière : oubli du passé, oubli de soi, oubli de ses désirs. Elles deviennent des oiseaux, libres de se déplacer dans un ciel bienveillant, sans frontières, sans entraves, sans jugements.

Globalement, c'est un roman puissant mais j'ai pourtant eu du mal à accrocher à cette lecture. Ce n'est pas les personnages eux-mêmes que j'ai trouvé peu attrayants, pas du tout, au contraire, ils sont très attachant. Non c'est plutôt le style qui ne colle pas :avec ce que j'aime lire. Un style trop travaillé et qui ne fait pas "naturel", avec lequel je n'ai pas pu me fondre.

La touche mystérieuse est bien vue, elle apporte l'onirisme, le côté magique, "vaudou", à cette histoire africaine.

Au fil de la lecture, j'ai très vite songé à la trilogie de Krzysztof Kieślowski : Bleu, Blanc, Rouge, car comme dans ces films, il y a la présence de personnages qui se croisent sans se rencontrer, qui fréquentent les mêmes espaces en un temps décalé, qui s'effleurent sans se reconnaître.

Je n'aime pas trop le titre que je ne trouve pas particulièrement bien choisi : d'abord, il n'est pas vraiment question de trois femmes pour moi, car Fanta est trop en retrait d'un récit plutôt focalisé sur les sentiments de son mari Rudy.
Ensuite, elles ne sont pas vraiment puissantes. Ou plutôt, une seule d'entre elles l'est : Khady, la plus miséreuse, la moins instruite, la plus faible, la plus humiliée, la seule qui n'a rien d'autre qu'elle même pour se sauver, mettre son âme à l'abri de l'adversité.


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