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L'ancre des rêves - Gaëlle NOHANT


Le sujet
La nuit, les enfants ne sont pas toujours rois. Ils sont à la merci de leur rêves, ou devrais-je dire, de leurs cauchemars… Ainsi les quatre fils d’Enogat Guérindel : Benoît, Lunaire, Guinoux sans oublier Samson, le petit dernier, sombrent chaque soir dans un rêve trouble qui les laisse rompus au réveil, auréolés d’une tenace odeur de mort. Mais plus étrange encore, c’est que bien que les enfants aient l’interdiction formelle de s’approcher de l’océan et qu’ils s’en soient toujours tenus à distance conformément à la volonté de leur mère, trois d’entre eux subissent chaque nuit un embarquement pour l’enfer. L’un tente d’empêcher une mère de noyer son enfant, l’autre monte à bord d’un terrible vaisseau fantôme pour découvrir à chaque fois la vision d’un homme à demi dévoré. Par quoi ? Par qui ? Le troisième voit un homme et de l’eau, c’est le plus petit et déjà, ses rêves empoisonnent son sommeil d’ange. Le dernier frère subit la vision de l’assaut de chevaux fous, lacérés de sang, martelant de leurs quatre fers un univers apocalyptique. On se doute bien que ce n’est pas un signe de chance…

Lunaire le téméraire cherche à comprendre d’où lui vient ce rêve, quelle malédiction coule dans ses veines, et comment il peut réussir à interagir avec les fantômes qui peuplent sa mémoire afin de les faire disparaître. Il se rapproche de quelques survivants des faits passés, qui eux sont bel et bien réels : une vieille femme, un curé et son ami, ancien employé des oeuvres de la mer dont le travail consistait à consigner tous les évènements liés à la vie et à la mort des marins pêcheurs. Avec eux, il tente de renouer le fil du temps, de rassembler les évènements pour lier les morceaux du passé dans un impressionnant boutis d’insoutenables vérités, un patchwork de souffrances hideuses, de morceaux d’absence, de grains de folie, de tranches d’amours perdues et de lambeaux de silences. La mise à nu et la compréhension des évènements tragiques passés mettront fin aux tumultes des rêves.

Le verbe
Ni que son océan à lui serait jonché de galeries enfoncées dans la terre, avec la boue pour berceau, le vacarme des obus s’abattant telles des myriades de vagues sifflantes de colère, le tressautement des morts vivants auscultant leur carcasse à l’aveuglette à la recherche des pièces manquantes.
Mon complément
L’ancre des rêves est un conte fantastique pour les grands enfants. Ceux qui gardent en eux l’impression déraisonnable que laissent les monstres au cœur du sommeil. Qui a dit qu’ils n’existent pas vraiment ? Cette ancre vous prend à la gorge comme si vous étiez un poisson harponné par le hameçon subtil d’un Neptune déchaîné, ou encore un foulard qui ne se desserre qu’à la dernière page. Il faut le savoir. Personnellement je suis restée dans son pouvoir durant trois jours et il me semble sentir encore sur mon cou le souffle d’une corde lisse, de la même nature que celle qui sert à Lunaire pour grimper le long de La "Marie-Louise", le bateau éventré reconstitué par la magie irrationnelle du pouvoir de l’imagination. C’est le roman qui illustre à mon sens le passage entre le monde de l’enfance, ses doutes et ses angoisses et celui de l’adulte, ses vérités et ses acceptations. Il n’y a pas de fatalité, tout est choix de liberté. Pour cela il faut savoir "Faire face" et regarder nos hantises jusqu'à ce qu’elles reculent, qu’elles s’anéantissent sur elles-même pour laisser grandes ouvertes les portes de la vie.

Une ami proche me disait : "quand on veut ne rien faire on trouve une excuse, quand on veut quelque chose, on trouve un moyen". L’ancre des rêves a trouvé le moyen de bien faire les choses.

Connaissant l'auteur via son blog littéraire, j’ai retrouvé avec bonheur sa capacité à nous enrôler dans son univers, à nous imposer ses images colorées, ses visions d’un autre bord : celui du monde où tout est possible. Tout est dans ce livre : la poésie, la douceur, la légèreté, la crainte, la folie, l’amour, l’atrocité, la guerre, les horreurs, la haine, l’amour, encore oui, l’espérance, le refus de s’avouer vaincu, même par le surnaturel. J’ai ri, j’ai même pleuré (vers la fin).

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2 commentaires:

Audrey H. a dit…

Exceptionnellement je prendrai connaissance plus tard de ce billet, une fois le livre lu !

Tu sauras me comprendre. :)

A bientôt,

Lou a dit…

Quel blog captivant ! Je reviendrai !

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