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Souvenirs de la guerre récente - Carlos LISCANO


Le sujet
Un pays imaginaire. Un homme récemment marié voit sa vie être chamboulée le jour où les militaires débarquent chez lui pour l'enrôler de force dans l'armée car le pays est en guerre. Ou du moins se prépare à la guerre. Le voilà trimballé dans un camp loin de chez lui, la capitale, incapable de situer exactement dans quelle région il se trouve, n'ayant aucune information sur le sujet de la part de ses supérieurs. Ses camarades sont eux-mêmes dans l'expectative. Sa première mission consiste à surveiller un rocher et à signaler toute approche ennemie. Par la suite, on lui confie la dactylographie de pages de manuels en anglais (la langue ennemie). Le seul contact avec l'extérieur est de pouvoir écrire une lettre à son épouse une fois par an. Sans jamais rien recevoir en retour. Par désoeuvrement, face à l'absurdité et l'incompréhension de la situation, le voilà plongé dans une quête de lui-même. Il finit par se trouver grâce à la contemplation de la nature. Dans cette vie où il ne se passe rien, où tout est vain, ou semble l'être, être avec la nature, revenir dans la nature-mère, devient son seul but, sa seule évidence. Son seul destin. Respirer la Terre, voir la nuit, se reconnaître dans cet univers le comble. De la guerre, nous ne saurons rien : notre homme ne la "fera" pas, n'ira pas au combat avec son fusil. Simplement, il y contribuera en allant à son bureau (une tente) tous les matins, de faire ses tours de garde, d'accepter sans broncher la pause café de mi matinée qui consiste à se faire servir par un planton une tasse d'eau chaude, sans thé ni café à y diluer. Cette vie va durer 15 ans au bout desquels il sera démobilisé, et autorisé à retourner à la capitale. Mais tout y a changé : la monnaie, les noms des rues. Sa femme l'a attendu. Mais il ne se reconnait pas dans cette nouvelle vie, sa vie "normale", rien ne peut être "comme avant". Sa nouvelle liberté le dérange, et il finira par s'engager dans l'armée.

Le verbe
J'ignore comment la ligne de ces pensées me conduisit à déclarer que, parmi tous les véhicules modernes inventés par l'homme, seule la bicyclette possédait quelque dignité, une qualité particulière qui la sauvait, lui gardait un lien avec les origines d'où tout provenait.
Mon complément
Dans cette histoire parabolique, Carlos Liscano, mathématicien uruguayen, retranscrit vraisemblablement l'expérience de ses 13 années d'incarcération. Il se réfugia alors dans les livres et plus particulièrement dans le récit "Les sept messagers" de Dino Buzzati, qui le comblera durant sa captivité, cette histoire ayant la particularité de faire appel aux mathématiques. L'auteur en fit sa bouée de sauvetage pour ne pas tomber dans le désespoir. On le comprend. L'éditeur, Belfond, montre d'ailleurs dans le livre que j'ai, un fac-similé d'une page de la copie que Liscano a faite car il voulait pouvoir relire la nouvelle et ne pouvait pas toujours l'emprunter à la bibliothèque de la prison. Il y a également la page de calcul qu'il a réalisée pour compter les trajets, le nombre de jours de voyages de chacun des sept messagers de l'histoire. Une histoire dans l'histoire qui vous fait frissonner. Pour l'auteur, et nous en serons d'accord, l'écriture offre une liberté inestimable : pouvoir être ce que l'on désire être. Pour un temps.

Il y a des livres avec lesquels la fusion est tellement évidente qu'elle en donne le vertige. Car l'auteur que l'on admire a inventé les mots qui nous ressemblent, et si tout est dit, que nous reste t'il ? Carlos Liscano est de cette étoffe : il habille mon existence qui prend alors une autre allure. Plus vraie. Lui-même est certain d'une chose : on écrit pour ressembler aux écrivains qu'on aime. Ses maîtres à lui se nomment Buzzati (moi aussi), Onetti, Kafka ou Céline. Liscano se compare à eux et retourne au fond de la classe, comme s'il se punissait. Il a tort. Il écrit bien et juste. Son écriture est touchante car limpide. Elle martèle les pages telle une pluie fine de mots qui tombent comme des gouttes sur le temps qu'il fait.

7 commentaires:

Guess Who a dit…

Un auteur que je ne connaissais pas et dont ta note donne vraiment envie de croiser dans mes futures lectures.
Merci

PS : moi aussi j'ai beaucoup aimé le dernier Donna Leon, comme tous ces polars d'ailleurs

marie.l a dit…

encore de quoi lire sans pour autant avoir le livre ... manque de concentration pour m'y atteler, par contre je vois que ta lecture en cours est "une prière pour Owen", je l'ai lu alors que je l'avais encore (la concentration) et j'aime toujours autant John Irving même si je ne m'y replonge pas pour l'instant (j'ai acheté récemment chez un bouquiniste "un mariage poids moyen" dont j'ai lu le début !)
Bonne soirée wictoria, bonjour à ton saule ;)

anjelica a dit…

Je note cet auteur pour mon challenge 2008, je souhaite le faire sur la litterature latine ! Tes billets sont tjs très bien écrit :)
Il y a un swap littérature et thé qui se prépare. Est ce que cela t'interresse ?

Wictoria a dit…

GW : je suis vraiment sous le charme de sa personnalité :)

MarieL : je vais être attentive à dévoiler, pour toi, un peu plus des histoires que je lis, je mettrai éventuellement un lien à suivre pour "lire le dénouement", libre à chacun d'en savoir plus ; moi même je voudrais bien connaître la teneur et l'intrigue de certains livres sans avoir forcément l'envie de les lire, ni l'envie d'en prendre le temps...sans compter que certains sont vraiment trop longs !!!!

Wictoria a dit…

Anjelica : je ne connais pas du tout le principe du swap, mais je serai honorée d'en savoir plus, quelles sont les règles à suivre ?

anjelica a dit…

Swap ou échange en français.
Le principe, une ou plusieurs personnes, organise le swap sur un thème ou des thèmes associés comme c'est le cas pour celui dont je te parle. On s'inscrit si on le souhaite.
Une fois les inscriptions closes. L'organisateur fait un tirage au sort qui désigne une swappeuse et sa swappée. Chacune participant sera donc l'un et l'autre mais pas avec la même personne. Donc Y devra faire plaisir à X qui lui même devra faire plaisir à Z et Y sera gâtée par A (c'est un exemple).
Bien sûr pour faire plaisir, on reçoit le questionnaire complétée de la personne qui nous a été désignée . Suis-je explicite ?
Je te laisse le lien si tu veux y faire un tour : http://ptitcoinlecture.blogspot.com/

Vincent a dit…

salut Wic!!!
Encore un désert des tartares? ou "en attendant les barbares" de JM KOETZE. Deux athmosphères lourdes.
Mais comment fais tu pour lire tout ça? Et faire le reste .
A plus.

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