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Petit déjeuner chez Tiffany - Truman CAPOTE


Ce ne sont que quelques pages (113) mais elles sont hantées. A chaque ligne glisse devant moi une ombre furtive que je ne crains pas et que j'épie ; l'ombre d'une amie particulière qui vit au plus près du paradis. Tout comme cette Holly Golightly qui vit sur une sorte de nuage, tantôt blanc et poudreux, devant lequel les lunettes de soleil sont indispensables, tantôt sombre et haïssable et là encore les lunettes sont de mises pour cacher la disgrâce.

Petit déjeuner chez Tiffany
est assez semblable au film Diamants sur canapés" qui en fut adapté, à quelques nuances près. Holly est une pauvre fille échappée à une enfance meurtrie, un mariage à 14 ans, une vie rurale qui ne pouvait satisfaire ses rêves de diamants. Holly est toujours sur la ligne de départ, assurée, décidée. Un départ vers un autre ailleurs. Comme le mentionne sa carte de visite, Holly est une "voyageuse de commerce". Pour tout dire, c'est une call girl. Son voisin, le narrateur, la rencontre alors qu'il est au début de sa carrière d'auteur. Il se souvient d'elle alors qu'elle s'invite dans son souvenir sous une forme impromptue : un de leur ancien voisin a fait un cliché invraisemblable : un africain aurait sculpté le visage de Holly. Aucun doute, c'est bien elle. A la vue des photos, il se souvient de leur rencontre. L'insensée Holly toujours sur le départ, en partance vers une vie qui sera enfin la sienne, telle qu'elle la désire, au mieux, à l'instar de ce petit déjeuner chez Tiffany qui la met de belle humeur. Holly qui vivait de se vendre à qui la voulait, vendre sa présence, et plus si affinités, sans autre forme de procès d'intention, car Holly est pure, elle ne veut que profiter de la vie et échapper à n'importe quel destin qui la soumettrait à une existence morne. Ayant approché la mafia et sous le coup d'une enquête, elle décide de prendre la fuite, de quitter le pays. C'est ainsi que le narrateur perdra sa trace, mais pas son souvenir.
Des feuilles flottaient sur le lac. Sur la rive, un gardien du parc éventait un feu qu'il avait fait, et la fumée, montant comme des signaux indiens, étaient la seule tache dans l'air frémissant. Les avrils ne m'ont jamais dit grand-chose. Les automnes me semblent la vraie saison des commencements, les vrais printemps.
Trois nouvelles suivent, délicates ou glauques, voire macabres. Un genre de chaud-froid à la Capote.

La maison de fleurs
"La maison de fleurs" met en scène Ottilie, une fille perdue, échappée à une rude vie dans la montagne d'Haïti et à ses frères incestueux et qui atterrit dans une maison close. Elle en devient la coqueluche. Un jour, un homme vient. Amoureux, amoureuse, elle le suit, se marie et s'installe dans une autre montagne. Une vieille femme y règne, la grand-mère. Elle la terrorise, l'humilie de toutes façons. Ottilie décide de ne pas se laisser faire ; elle lui prépare des repas avec les bestioles qui étaient sensées la faire craquer. Quand elle comprend la ruse, la vieille en fait une attaque et meurt. Maintenant Ottilie a des visions, elle voit un oeil dans la nuit, elle croit que la vieille revient se venger et elle avoue à son mari qui commence à prendre le large, à la délaisser pour passer des soirées "entre hommes", ce qu'elle a fait à la grand-mère. Il la punit en l'attachant toute une journée dans la cour. Venues aux nouvelles, ses anciennes amies pensionnaires, la trouvent ainsi, la détachent, elles s'amusent toute la journée. Le soir, ses amies veulent la ramener en ville, mais Ottilie refuse : elle demande à être rattachée. En entendant les pas de son mari sur le sentier, elle prend une pose comme si elle s'était pendue, très heureuse de produire son "effet". Nous n'en saurons pas plus et je suis encore, à l'heure où j'écris ses lignes, sous le tour de force de ce Truman...

"Tu n'as pas bonne mine, Ottilie, disait-elle, glissant quelques sucreries dans le vinaigre de sa voix. Tu manges comme une fourmi. Pourquoi ne bois-tu pas par exemple un bol de cette bonne soupe ? - Parce que, répliqua Ottilie avec calme, je n'aime pas les buses dans ma soupe, ni les araignées dans mon pain, ni les serpents dans mon ragoût. Je n'ai d'appétit pour rien de tout ça !"

La guitare de diamants
C'est l'histoire d'un prisonnier, Mr Shaeffer : un vieil homme condamné à la prison pour 99 ans et un jour. La prison est en pleine forêt. Un jour, Tico Feo, un jeune homme arrive. Il a pour seuls biens quelques objets, dont une incroyable guitare en faux diamants dont il joue magnifiquement. Mr Shaeffer prend sous son aile protectrice Tico et ce dernier le persuade qu'ils vont s'enfuir tous les deux. Il lui redonne espoir. Mais seul Tico réussira à s'évader. Et Mr Shaeffer gardera pour le reste de sa vie la guitare en diamants.

Les souvenirs de ce temps là étaient comme ceux d'une maison inhabitée dont les meubles sont tombés en poussière. Mais ce soir là, c'est comme si des lampes avaient été allumées à travers les lugubres chambres mortes. Cela avait commencé en voyant Tico Feo s'avancer à travers le crépuscule avec sa splendide guitare. jusqu'à ce moment, il n'avait pas mesuré sa solitude. A présent qu'il en avait pris conscience il se sentait vivant. Etre vivant c'était se souvenir des rivières brunes où courent les poissons et du soleil sur des cheveux de femme.

Un souvenir de Noël
La dernière histoire du livre est celle de deux êtres séparés par l'âge mais réunis dans une même connivence enfantine. Le narrateur, 7 ans, suit comme une ombre la vieille cuisinière de la maison, sa lointaine cousine. Tous deux passent leur temps ensemble, et réalisent chaque année des cakes aux fruits qu'ils envoient à des inconnus. Toutes leurs économies servent à l'achat des ingrédients et à l'envoi des gâteaux. Pour Noël, ils vont dans la forêt, en rapportent un arbre gigantesque qu'ils décorent de papiers découpés et de boules de coton. Cette paisible entente est interrompue lorsque Buddy est envoyé dans une école militaire. Il continue à recevoir de son amie comme il la nomme un cake et une pièce pour aller au cinéma. Jusqu'au jour où il sait, il sent, qu'elle est morte...
...je t'ai fait un autre cerf-volant. J'avoue alors que je lui en ai fait un, moi aussi, et nous rions. La bougie a bougé trop bas pour qu'on puisse la tenir et elle s'éteint, révélant la lumière des étoiles, les étoiles tournent devant la fenêtre comme un visible carrousel que lentement, lentement le jour fait taire. Il se peut que nous somnolions, mais la naissance de l'aube nous asperge comme de l'eau froide.
Merci à Lou pour m'avoir envoyé ce livre rempli d'une poésie inspirante !

8 commentaires:

Anjelica a dit…

Je n'ai pas encore lu Capote qui m'attend dans ma PAL avec 'De sang froid'.

Guess Who a dit…

En ne pas manquer sous aucun pretexte le film avec Audrey Hepburn !

marie.l a dit…

je l'ai terminé hier soir, me restent les 3 autres nouvelles à lire. Je suis encore sous le charme. Je dois avouer que je préfère la nouvelle au film, elle garde cette porte ouverte, grande ouverte, cette porte vers la liberté d'imaginer...

florinette a dit…

J'ai beaucoup aimé le film et ce petit livre me tente diablement !!

Jean-Pierre a dit…

Voilà des fiches de lecture bien intéressantes... Je n'ai encore jamais rien lu de Truman Capote. Il faudrait peut-être que je m'y mette.

antigone a dit…

Oh ce livre là est sur ma liste à lire ! Je vois que tu as aimé ! Tant mieux.

Lou a dit…

Je suis ravie de voir que ce livre t'a plu !! Je l'ai adoré moi aussi... je n'ai pas vu le film mais j'ai un peu de mal à me dire que je pourrais l'apprécier autant que le roman :)

Holly Golightly a dit…

Mon amie, je te lis, et je me sens entourée de ton amitié. Je ne le dis pas assez, pas souvent, mais tu es très importante dans ma vie.
Et quant au livre, nul besoin de dire ce que j'en pense.

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