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Cahiers de la guerre - Marguerite DURAS


Ce livre n'est donc pas un roman : il s'agit de la compilation arrangée de ses cahiers manuscrits, contenant certains récits et ébauches de ses futurs romans. Ce livre est un trésor. Pour moi, pour tous ceux qui aiment Duras, car faut-il le dire, un écrivain n'est pas une machine à éditer, il y a, il doit y avoir derrière les mots, une vie, une pensée, un désir.
Ceux qui n’ont pas d’enfant et qui parlent de la mort me font rigoler. Comme les puceaux qui imaginent l’amour, comme les curés. Ils ont de la mort une expérience imaginaire. Ils s’imaginent frappés par la mort, vivants, alors que morts, ils ne pourront pas jouir de cette mort. Alors que devant un enfant, cette idée se vit chaque jour et que si ça arrive, c’est vivant que vous jouissez de votre mort, vous êtes un mort vivant. (p.262)
Marguerite Duras écrit avec une élégance qui me passe à travers les yeux, une force poignante. Il y a le passage très émouvant sur l'attente de son mari Robert, détenu en camp de concentration.
Puis la lutte a commencé. Avec la mort. Il fallait y aller doux avec elle, avec délicatesse, tact, doigté. Elle le cernait de tous les côtés, mais, tout de même, il y avait encore moyen de l'atteindre lui, mais la vie était quand même en lui, à peine une écharde...(p.284)
Il y a sa jeunesse battue. Sa révolte contre tout. Surtout Dieu.
Je voudrais conserver intact l’éclat de l’Evènement qu’était pour moi mon frère ainé. Il était injuste et lâche comme l’est le sort et toute destinée. Sa férocité à mon égard avait quelque chose d’accompli, et au fond de pur. Sa vie se déroulait avec l’implacabilité d’une fatalité et il nous en imposait. Le tissu de coups et d’injures qu’il m’a donné est le tissu même dont son âme était faite, il n’y a pas de marge. (p.72)
Quoiqu'elle puisse écrire, je suis dans l'hypnose de sa présence, de sa voix. Je l'écoute, elle est forte, elle s'affaisse, elle murmure, elle faiblit, elle meurt avec sa désillusion, elle s'empoisonne d'angoisse dans la vision de son mari mort dans un chemin, dans un trou, la face dans la terre. Tout résonne en moi et tangue dans mes yeux mouillés. Mouchoir furtif dans le train, personne n'a rien vu, mais je voudrais me lever et dire "lisez ce livre" !

10 commentaires:

marie.l a dit…

comme très souvent, mon passage matinal d'aujourd'hui est pour chez toi, moment agréable et surtout riche de découvertes pour l'inculte que je suis. Merci wictoria !

florinette a dit…

Que d'émotions ce livre t'a apportée et rien que pour cela, tu m'as donné envie de le noter !! ;-)

clau a dit…

Merci beaucoup Wictoria pour cette référence... Ce que dit Duras de la mort et de l'enfant me parle complètement ... Je vais ajouter ce livre à ma liste de commandes, assurément :-)

lobita a dit…

J'ADOOOOORE Marguerite Duras.

Anjelica a dit…

Un bonjour en passant chez toi :)

Wictoria a dit…

Merci Mesdames, je suis heureuse de vous avoir levé le rideau sur cette auteure que j'aime beaucoup, que j'admire en fait...

Anonyme a dit…

Cet ouvrage figure déjà sur ma liste. Et je me demande si je ne vais pas l'offrir aussi à mon frère, un autre passionné de M. Duras.
0-plus

Didier Goux a dit…

Franchement, vous la trouvez réellement bien écrite cette 4ème ? Avec ses mythiques armoires bleues ? Des armoires mythiques ?

Remarquez, j'abomine Mme Duras : ça vient peut-être de là.

(L'Espèce humaine, le livre de Robert Antelme, ça, en revanche, ce n'est pas de la poudre aux yeux.

Wictoria a dit…

Ce sera un beau cadeau O-Plus, ces cahiers ont une âme, ils sont bruts et les "adaptations" sont précisées par les auteurs car il y a de nombreuses pages manquantes, ils expliquent donc leur choix des textes rassemblés par thème plutôt que par période. Cela donne un sentiment de rentrer dans son "monde", le monde de la réflexion et de la création.

Didier Goux : pour ma part, j'ai supposé que les armoires "mythiques" étaient de celles qui existent dans les oeuvres, sans que le lecteur ne sache jamais si elles existent ou pas... Je suis de ceux qui ont besoin d'approcher les rêves du bout de l'esprit.

Le livre de Robert, bien sûr...

mer a dit…

j'ai comme toi la même admiration pour elle, merci d'en parler aussi bien !

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