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Le peintre de batailles - Arturo PÉREZ-REVERTE

El Pintor de batallas
Traduit de l'espagnol par François Maspero
Seuil
284 pages

Le sujet
Qui est le peintre des batailles ? Il s'agit de Faulques. Un nom comme un pseudo, un nom d'artiste, ancien reporter de guerre et d'ailleurs, pourvu que la mort y rôde, son ombre et ses traces.
Un jour, sa vie s'arrête, je veux dire sa vie d'avant. Il abandonne tout pour s'isoler et entreprendre de peindre en une fresque circulaire à même le mur d'une tour, la somme de toutes les images, photographies ou peintures qu'il a patiemment sélectionnées et qui représentent toutes des guerres, désordres, chaos naturels ou humains. Pourquoi cette sombre retraite ? C'est que Faulques vit désormais avec un souvenir, celui de la femme aimée qu'il a laissé mourir, Olvido.

"Obscure est maintenant la maison où tu demeures..." et ce souvenir le précipite vers une autre demeure, celle de la vérité. Un jour, un spectre débarque (si je puis dire). Ivo Markovic, un homme qu'il ne reconnait pas mais qu'il connait pour l'avoir rendu célèbre en le photographiant malgré lui. Un croate qui vient chercher vengeance. Car à la suite de sa photo distribuée, des gens, de simples gens, sont venus tuer sa femme et son fils dans d'atroces scènes. Il a tout perdu et veut retrouver l'homme qui fut l'instrument de son malheur pour le tuer. Le face à face renvoie deux hommes perdus comme deux fantômes d'un même côté : le côté de la désolation.

Au fil du récit, ponctué de souvenirs de guerre et d'amours, Faulques peint le mal, le véritable instinct naturel de l'homme, car le mal vient de nous. La nature ne sait rien de tout cela. Les éruptions, les catastrophes, cette logique du chaos échappe à l'homme mais pas le MAL, l'intrinsèque sauvagerie, l'épuration, la carnage, le viol d'humanités. Les enfants même ne sont pas épargnés : ils sont eux aussi dans le tableau, à la fois meurtris et futurs bourreaux. Le peintre des batailles achève sa fresque du bout des doigts, quant à Ivo, il finira par partir, laissant à la Mort, celle qui est de toutes les batailles, le soin de faire pour lui son oeuvre.

Le verbe
Je veux que tu m'aides à retrouver l'ombre de cette enfant, et ensuite, de retour à l'hôtel, que tu la recouses à mes talons avec du fil et une aiguille, afin qu'elle soit là, silencieuse et patiente, pendant que tu me feras l'amour, la fenêtre ouverte et le froid de la lagune dans ton dos où je planterai mes ongles jusqu'à ce que tu saignes et que j'oublie tout, toi, Venise, ce que j'ai été et ce qui m'attend. (p.120)
- Vous avez dû avoir, dit-elle soudain, une vie hors du commun.
Le peintre de batailles sourit de nouveau, cette fois pour lui même. Et voilà : la vision des Ivo Markovic et des Faulques, les rétines impressionnées de longue date, n'avaient aucune valeur pour un regard extérieur. C'était ainsi que ceux qui n'avaient jamais été dans cette fresque la verrait. Ou plutôt - rectifia-t-il en regardant les tours de béton et de verre à moitié peintes sur le mur -, ceux qui croyait à tort de na pas être dedans.
- Pas plus hors du commun que la vôtre ou celle de n'importe qui d'autre.
Elle médita sa réponse, surprise, hocha la tête. Elle semblait refuser une proposition intolérable.
- Je n'ai jamais vu ça.
- Que vous ne l'ayez pas vu ne veut pas dire que ça n'existe pas. (p.238, 239)
Mon complément
Avant tout, dire que APR est l'un de MES auteurs. Ce livre là est presqu'un achèvement : un testament. Car APR a été grand reporter et correspondant de guerre pendant 21 ans et livre dans ce roman son expérience et son sentiment sur ce qu'il faut montrer des horreurs de la guerre au "grand public". Ce livre est celui qui explique que le hasard est géométrique et jamais fortuit : aucune rayure, zébrure, fêlure, aucun tremblement de terre ou d'aile n'arrive par hasard, tout est le fruit d'un sombre calcul, sombre car inconnu, mais qui devient évident dès lors qu'on le distingue : dès que la conscience se pose, la droite avance, se courbe, se brise, détail infime de notre trajectoire infirme. Un livre aux passages parfois insoutenables toutefois, je devais le signaler.

13 commentaires:

Lisa a dit…

Excellente année à toi, chère Wictoria! Figure-toi que je pensais à toi pas plus tard qu'hier soir: je me suis faite une infusion que tu m'as envoyée, et je me suis rappelée d'où elle venait! Ce matin j'ai également déjeuné avec le thé que tu m'as envoyé... Alors merci encore! (par contre, les guimauves ont disparu corps et biens depuis longtemps...)

marie.l a dit…

tu nous reviens, en cette nouvelle année avec encore un beau cadeau, celui qui me permet de découvrir un livre sans le lire... et je suis là, et je me délecte de l'eau de la Néva et demain je reviendrai pour encore tenter de percer avec toi des secrets thibétains... Je n'oublie rien, il me faut du temps et de la vitalité, mais celle-ci reprendra et je me déploierai de nouveau.
Bon début d'année à toi et à ceux qui te sont chers ...

greg a dit…

J'ai lu un seul roman de lui, le tableau du maître flamand. C'était excellent, la narration avait quelque chose d'élégant, ça m'avait vraiment plu. Il y était déjà question de peinture, mais aussi de lignes, de diagonales...

Lou a dit…

Ouf, Wictoria, tu peux être rassurée... Mr Lou s'est rendu hier à la poste et c'était bien ta lettre qui s'y trouvait :o) MERCI MERCI et ENCORE MERCI, ça me touche vraiment beaucoup !
Une très bonne année à toi,
Amitiés

Wictoria a dit…

Lisa
je me doutais bien que les guimauves n'avaient pas connu 2008 ;)

MarieL
je suis heureuse de te faire découvrir Arturo, c'est un auteur incroyable, enfin à mes yeux :)
j'ai presque tout lu de lui, me manquent 2 livres :
- "La reine du sud" qui est dans ma pile à lire (PAL)
- et "Le hussard" que je ne possède pas encore.

Wictoria a dit…

Greg
"Le tableau..." fut mon premier livre il me semble. J'ai trouvé son écriture à mon goût ! Dans le peintre de batailles, il est également beaucoup questions de techniques de peintures, de lignes de fuite, de rapport entre les divers personnages peints, les couleurs, l'éclairage, c'est très "visuel"

Wictoria a dit…

Lou
comme je te le disais, me voilà soulagée !

Ondine a dit…

Comme je partage ton enthousiasme... Ce livre est l'un des seuls qui m'aient vraiment fait vibrer en 2007. Je l'ai dévoré avec fébrilité, avec parfois des pincements au coeur, mais j'ai été absolument portée par cette histoire et le style reste si élégant, malgré le propos.
Je comprends ton intérêt pour l'auteur. Moi aussi, j'ai presque tout lu de lui. Une voix unique...

Wictoria a dit…

Incroyable Ondine !
je suis heureuse de partager avec toi l'intérêt pour cet auteur !

Praline a dit…

Un très bon moment de lecture pour moi également !

Emmanuelle Caminade a dit…

Personnellement, je trouve cette critique juste mais un peu superficielle. Elle ne rend pas compte de la construction éblouissante de ce roman philosophique haletant et fascinant.
Je viens d'en faire la critique sur mon blog L'or des livres

Wictoria a dit…

Merci Emmanuelle, ceci n'est pas une critique, juste un ressenti.
C'est pourquoi la critique est sans doute superficielle, mais pas le ressenti.

Emmanuelle Caminade a dit…

J'ai été totalement fascinée par ce livre et éblouie par sa construction.
je lui ai consacré également une longue analyse sur mon blog "L'or des livres".

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