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Extension du domaine de la lutte - Michel HOUELLEBECQ

Editions Maurice Nadeau, 1994

Le sujet
Un homme, désabusé, perd lentement pied dans la vie à l'approche des fêtes de fin d'année.

Ou encore :

A l'occasion de l'installation d'un nouveau logiciel en province, un homme comprend que sa vie est vide, n'a plus de goût à rien, et, pour couronner le tout, est entouré de personnages qui eux-mêmes ne sont pas des symboles de réussite (affectivement parlant).

Le verbe
Vous aussi, vous vous êtes intéressé au monde. C'était il y a longtemps. (p.13)

Mon complément
Billet dédié à mon ami DNM sans qui je ne serai plus là. A moins que ce ne fut le contraire. Et qui m'a fait connaître ce livre. Et qui aime ce livre, il me semble, au point d'aimer le relire. Tout comme un autre ami que nous nommerons R.

Dans ce roman :

  • Houellebecq nous prend à témoin :
Il se peut, sympathique ami lecteur, que vous soyez vous même une femme. Ne vous en faites pas, ce sont des choses qui arrivent. D'ailleurs ça ne modifie en rien ce que j'ai à vous dire. Je ratisse large. (p.15)
  • passe à la moulinette diverses choses :
Tout est sale, crasseux, mal entretenu, gâché par la présence permanente des voitures, le bruit, la pollution. Je ne sais pas qui est le maire, mais il suffit de dix minutes de marche dans les rues de la vieille ville pour s'apercevoir qu'il est complètement incompétent ou corrompu. (p.68, au sujet de Rouen)
La Vendée me rappelait de nombreux souvenirs de vacances (plutôt mauvais du reste, mais c'est toujours cela). (p.84, la Vendée)
Sous couvert de reconstitution du moi, les psychanalystes procèdent en réalité à une scandaleuse destruction de l'être humain. (p.103, la psychanalyse)
Officiellement, je suis en dépression. la formule me parait heureuse. Non que je me sente très bas : c'est plutôt le monde autour qui me parait haut. (p.135, la dépression)
Il fait rire, parfois sur des sujets dramatiques :
J'ai mangé une pizza, debout, seul dans un établissement désert - et qui méritait de le rester. (p.71)
Malgré l'avalanche d'humiliations qui consituaient l'ordinaire de sa vie, Brigitte Bardot espérait et attendait. A l'heure qu'il est elle continue probablement à espérer et à attendre. Une vipère se serait déjà suicidée, à sa place. Les hommes ne doutent de rien. (p.91)
Avant de poursuivre, je reviens à R. qui m'a dit que ce livre était un "livre pour hommes", il veut dire par là qu'on y parle de sexe, et plus précisément de masturbation, et autres pensées intimes que doivent avoir les hommes, comme celles de se demander à quoi pensent les femmes, surtout si elles sont laides et ont l'air de se chercher un mec (les pauvres). Je n'aime pas les catégories. Je dirai que ce livre est un peu "cru" mais la seule chose qui m'ait déplue, c'est plutôt l'épisode où le personnage principal incite son collègue à commettre un meurtre. Là, j'ai trouvé cela franchement vulgaire et artificiel.

Extension du domaine de la lutte, c'est l'idée du libéralisme. Un jour, on veut se défaire de nos chaînes, et alors on part à la dérive, luttant contre les évènements qui viennent nous percuter, luttant surtout contre nous même.

Sinon, ce livre est tout à fait plaisant à lire et pour moi, c'est une sorte d'anthologie du vécu de certains prestataires en informatique, moi qui suit du "métier", j'ai trouvé le trait du tableau très ressemblant.

Houellebecq est un auteur qui me convient : pour ce que j'en sais de lui. Je dirai qu'il pratique l'autodérision avec un humour qui me sied.
Depuis des années je marche aux côtés d'un fantôme qui me ressemble, et qui vit dans un paradis théorique, en relation étroite avec le monde ; j'ai longtemps cru qu'il m'appartenait de le rejoindre. C'est fini.

6 commentaires:

Mister Cham a dit…

Plateforme est un indispensable dans les oeuvres de l'amer Michel. C'est aussi un de mes préférés. La Possibilité d'une Ile est un autre plongeon dans les profondeurs de l'âme, celle qui peut être si noire chez les hommes. Houellebecq est un auteur que je déteste et que j'adore tout autant. Comme pour les chiens en fait... et ça tombe bien non ?

Sophie a dit…

J'ai Plateforme en double si ça t'intéresse.

Extension..., je ne l'ai pas lu mais j'ai vu le film avec José Garcia comme personnage principal et franchement, il est excellent.

LVE a dit…

Les 70 premières pages sont d'ailleurs très drôles, trouve-je. J'ai pour la part un faible pour le livre dont tu parles et Plate-forme. En rongeant son frein d'un nouvel opus, on peut toujours attendre l'adaptation ciné de "La possibilité d'une île" réalisée par Houellebecq soi-même et qui sort... je ne sais pas quand. La curieuse bande-annonce circule déjà sur la Toile.

Wictoria a dit…

Je vais me laisser tenter par "Plateforme", Sophie, je ne te dis pas non, je vais tenter de t'envoyer un mail pour les modalités de récupération :)

Merci pour vos avis mes amis, Houellebecq est un type qui a un certain sens de la mise en scène, voir un film inspiré d'un de ses romans sera donc un autre voyage !

Mademoiselle Swann a dit…

Je viens de le finir et ce livre me laisse un peu dubitative...je ne sais pas trop qu'en penser. Certains passages sont interessants et d'autres très pesant, des phrases entières de mots sortis tout droit du dictionnaire, un étalage de culture du vocabulaire qui m'a laissé un goût amer. En revanche, je trouve que son personnage dépressif, amer, solitaire...a été bien approfondit par l'auteur. Premier livre de Houellebecq que je lis mais je pense en lire un autre prochainement pour me faire une idée plus précise de cet auteur et pouvoir me faire une opinion plus tranchée; pourquoi pas Plateforme!

Wictoria a dit…

je n'ai pas encore lu Plateforme, mais je vais le faire.

En tout cas, ne lis pas "les particules élémentaires", c'est spécial et j'en fais encore des cauchemards...

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