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La porte des enfers - Laurent GAUDÉ

Un livre de la rentrée littéraire 2008
267 pages

Le sujet
Un homme, dont le fils a été tué lors d'une fusillade, part le chercher aux enfers.

Le verbe
Je ferme la porte de mon appartement. Je n’y reviendrai plus. Je n’emporte rien avec moi. Je n’ai besoin que des clefs de la voiture. Je me sens fort. Je suis revenu d’entre les morts. J’ai des souvenirs d’enfers et des peurs de fin du monde. Aujourd’hui, je vais renaître. Le temps de ma splendeur a commencé. Je ferme la porte. Il fait beau. Les avions vont continuer à faire trembler les parois des immeubles du quartier de Secondigliano. Ils décollent tous vers la mer en rasant les toits. Je vais prendre ma place chez Bersagliera, en attendant le soir. J’espère qu’il sera là. Je ne suis pas inquiet. Je n’ai plus mal au ventre. Je marche vite. Mon père m’accompagne dorénavant. C’est le jour où j’ai repris son nom et je le redis en entier : Filippo Scalfaro De Nittis. (p.11)
Mon complément
Un livre à brûle-peau et crève-coeur, mais un livre formidable. L'histoire de Matteo, un père meurtri par la mort de son fils de 6 ans, l'abandon de Giuliana, sa femme aimée qui ne lui pardonne pas de ne pas avoir su lui ramener son enfant ou la tête de son assassin. Errant parmi les ombres, Matteo rencontre un professeur qui a dessiné la carte des portes menant aux enfers. Il décide d'aller y chercher son fils, ayant comme guide un prêtre mourant.

C'est l'occasion pour Laurent Gaudé de faire parler son coeur, chargé de toutes les émotions agripées à nos âmes, chargé de tout le ressentiment, les craintes, les désillusions, les rancoeurs. Nos vies avancent sous le joug des secousses qui parcheminent notre destin : nos morts survivent tant que l'on ne les oublie pas, et leur passage dans le monde du néant n'en est que plus ralenti.
Tu es mort. C’est la première fois que je le dis. Tu es mort. Je le souffle à la terre et les arbres semblent frémir comme si ces mots les chatouillaient doucement. J’ai d’abord pensé que cette frontière n’existait pas. J’en étais la preuve. J’ai d’abord pensé que je ferais avec toi ce que tu avais fait avec moi. Cela me rendait fort. Je connaissais le secret pour aller chercher les morts. (p.239)
La vision des enfers, la spirale des âmes, m'a rappelé la vision de Bernard Weber dans Les Thanatonautes, sauf que pour Weber, il reste un espoir dans l'abîme.

Derrière la porte des enfers de Laurent Gaudé, l'innocent même est condamné au néant, il n'y a pas de rédemption possible. De nombreuses allusions à la mythologie, comme si ces histoires là avaient une certaine réalité, gravé dans le marbre des mémoires. Des images gothiques surgissent au long des pages comme dans un train fantôme effarant : goules, ombres impalpables et malfaisantes, grottes sulfureuses. Aucune de ses visions d'épouvante ne rebute le père porté par sa seule foi en sa force de vaincre.
Je rendis le papier à zio Mazerotti. Son bras cadavérique s'en saisit et, à ma grande surprise, avec lenteur, le déchira. "Ce qui est vide ici est plein là-bas, dit-il. Ce qui est déchiré ici est intact là-bas." (p.226)
Laurent Gaudé écrit ici ce qui existe peut-être dans nos esprits, mais qui n'existe pas là-bas, du moins, espérons-le.

8 commentaires:

Ondine a dit…

Une nouvelle lecture du mythe d'Orphée... ta critique m'a convaincue! Je note...

Wictoria a dit…

Ondine tu ne le regretteras pas, ce livre est une ode à la vie, au souvenir, à la puissance de l'amour filial aussi. Superbe.

Locuste Vocifer a dit…

J'en déserre des dents à peine, je m'étais assis dans un sympathique petit resto pour survoler la cinquantaine de pages qui me restaient à lire de ce fantastique ouvrage au rythme poignant... crème de zucchini et fromage bleu, faux filet et légumes sautés en accompagnement, je ne pus dissimuler grognements et sanglots, je crois même avoir vu ma mère parmi la spirale des ombres...

Je lis peu chère Wictoria, ce livre est tombé à point dans ma vie, comme si tu aurais su lire ma détresse, encore ma détresse à ne pas pouvoir m'adapter au monde qui m'entoure.

Merci Wictoria

Je reviens ici, sur blogger, sous un nouveau nom, une nouvelle adresse et je ne veux pas être linké, on m'a linché sous luzur...

Anjelica a dit…

Je l'ai noté, il me tente bien et les avis sont partagés ...

Wictoria a dit…

Cher Locuste, j'ai versé ma tendresse moi aussi ! on dit chialer par ici, le plus dur est de transformer un chialement en un grognement étouffé dans un mouchoir de saison (rhumet etc...) un livre qui me fais rire ou pleurer est un livre réussi pour moi !

Wictoria a dit…

ré édition de mon commentaire corrigé :

je te le conseille Anjelica
ce livre m'a changée. De plus la structure est étonnante : un va-et-vient entre le récit du père qui descend aux enfers et celui du fils revenu...
Prodigieux !
06/10/08 21:59

Anonyme a dit…

Il est génial et un peu vuelgaire tout de même !

Anonyme a dit…

Ma fois !
Livre surprenant et touchnt !
Rien à dire ..
Peut être un surplus de personnage dont je dirai "inutiles" etqui embrouillent le lecteur.

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