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L'homme pressé - Paul MORAND

Un livre écrit en 1941.
Mon édition : L'imaginaire Gallimard, 2005
332 pages

Le sujet
Pierre Niox, 35 ans, est antiquaire, spécialiste de l'art mérovingien. Il n’arrête pas une minute, a toujours une longueur d’avance, en un mot, il trouve que la vie est bien lente pour lui. Il est si pressé en toutes choses, qu'il en est insupportable. Placide, son ami de toujours finit par le laisser tomber, ainsi que Chantepie, son valet de chambre. Un jour, il rencontre Hedwige, une jeune femme originaire de la Martinique, la fille de M. de Boirosé à qui il a racheté une magnifique chartreuse du XIème siècle, juste avant que celui-ci ne rende l'âme.
Pierre finit par épouser Hedwige, promettant de devenir raisonnable. Mais son impatience revient au galop : il oblige sa femme à faire une radio rien que pour apercevoir les contours de son enfant à naître. Ensuite, il exige qu'elle accouche 2 mois en avance. C'est en trop. Hedwige repart auprès de sa mère et de ses soeurs vivre le reste de sa grossesse. Et Pierre oublie l'absence de sa femme chérie dans le voyage. Un jour, il a une crise cardiaque. Le premier coup de semonce de la vie. Le premier coup de gong qui sonne l'heure de sa mort toute proche.

Le verbe
Pierre attend toujours et le temps s'écoule. On parle du temps qui s'écoule, comme s'il descendait d'une source et comme si cette source était située quelque part en amont. Quand Pierre lève la tête, on dirait qu'il cherche la fontaine qui marque le commencement de ce grand fleuve.
" Ce doit être une source d'eau salée, soupire-t-il, gonflée de toutes les larmes de ceux qui ont attendu." (p.222)

Mon complément
Quelle classe ! Quelle style ! Après les contes à dormir debout de Nathalie Rheims, me voilà plongée dans le bain que je préfère : les bons mots, là où il faut. C'est à dire, tout partout. Je découvre Paul Morand, cela ne m'étonne pas qu'il ait été élu à l'académie française. Paul Morand est dans l'administration au moment de la défaite de 1940 et se retrouve à la retraite d'office par le gouvernement de Vichy. Il publie, entre autres ce livre en 1941. Aucun indice de sa propre vie dans ce roman, mais il est toutefois question de Regencrantz, un médecin juif polonais qui peine à trouver un pays d'asile.

Maintenant, le livre. L'homme pressé, c'est moi. Autant dire que j'ai un faible pour lui et que je lui trouve bien des excuses. Il est même assez souvent comique.
On apporta le café, avec des morceaux de sucre hygiéniquement enveloppés. Pierre les jeta dans la tasse, sans les dépiauter.
- Vous êtes vraiment impossible, mon amour ! On dirait que les choses ne vous appartiennent pas, que vous les volez.
- Puisque la cellophane finira par flotter d'elle-même ! (p.198)
Un véritable coup de coeur pour cet homme pressé qui a une âme. Quoiqu'en pense son entourage, il a conscience de son état, mais ne peut s'empêcher, c'est une sorte de malade, incapable de se prendre en charge (cf à la fin de la page 94, et aussi en page 99 au restaurant avec les deux soeurs). Personne ne l'aide réellement au fond. Même sa femme l'abandonne. Du coup, il s'en éloigne, au point de n'oser entrer dans la chambre où sa fille vient de naître (séquence émotion pour Wictoria la larme à l'oeil...).

Pierre se rend compte à quel point il gâche son temps mais il sait encore s’émouvoir de la prononciation d’une lettre dans la bouche de celle qui lui fait battre le cœur. Pierre voit dans la même journée partir son ami et associé. Il s’interroge (p.117) ce qui prouve qu’il n’est pas si dupe de son état. Un livre, découvert, je ne sais comment et acheté en 2006. Des fois, le hasard fait bien les choses.

A noter : il existe une adaptation au cinéma, un film d'Edouard Molinaro, avec Delon.

2 commentaires:

Daniel Fattore a dit…

Je prends note: il n'est pas évident de trouver des romans de Paul Morand par les temps qui courent... sans parler des textes des autres membres du groupe des Hussards (Roger Nimier, Jacques Chardonne, Antoine Blondin, etc.)

Philippe Viger a dit…

Je crois que l'on découvre aujourd'hui un peu par hasard Paul Morand. Je connaissais bien sur le "mondain" international, mais pas son œuvre.Écriture brillante, rapide, tout en précision., cet "homme pressé" est un très beau livre. Cela ne retire rien cependant au caractère toujours ambiguë de la pensée de Morand, qui lui même n' a pas hésité pour sauver l’immense fortune de sa femme, nazi convaincue, à se faire nommer ambassadeur de Vichy à Bucarest en 1943. Cet auteur brillant que je lis avec plaisir, me posera toujours un cas de conscience.

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