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Le rapport Gabriel - Jean d'ORMESSON

Un livre édité en 1999 aux éditions Gallimard
426 pages

Le sujet
Dieu est en pétard contre les hommes. Il décide d’en finir avec ses créatures et pour cela d’arrêter le temps. Gabriel s’y oppose. Dieu l’envoie auprès des hommes et des merveilles de la Terre, et lui demande de revenir avec un rapport qui pourrait le convaincre de ne pas les anéantir. Gabriel atterrit auprès du narrateur, Jean d’Ormesson lui-même, censé lui démontrer que l’humanité vaut la peine d’être sauvée.

Le verbe
J’ai cessé d’espérer. L’orgueil, le plaisir, le mal ont pour eux des charmes que je ne peux plus combattre. Je n’ai aucune intention de les abandonner à un mal que je n’ai pas vaincu pour rien. Je me propose d’arrêter le temps et de détruire le monde pour supprimer du même coup et les hommes et le mal. (p.31)

Les hommes sont aussi passagers que l’histoire, que leurs croyances successives, que leurs sociétés, que leurs empires, que leurs maisons et leurs vêtements : ils sont un miracle qui ne durera pas, une merveille évanescente. Ils brillent quelques millions d’années, et puis ils disparaissent. Ils étaient des agnathes, des reptiles, des primates. Ils seront des machines et des robots. Ils étaient des monstres : ils seront des monstres. (p.43)
Mon complément
Impression mitigée. Jean d'Ormesson est un homme que j'admire beaucoup, j'adore le voir à la télé : j'aime l'entendre et je l'écoute avec déférence, pour autant, je trouve que ces livres manquent un peu de suspens. Jean D’Ormesson a certes une belle écriture, je veux dire que ce qu’il écrit est recherché, sobre, percutant, mais que l’histoire en elle-même est lassante. Peut-être parce qu’elle est un peu trop centré sur l’auteur lui-même, que ce livre est une occasion de plus d’être une sorte de biographie de l’auteur (mais pas du tout un roman comme il est annoncé sur la couverture). C'est un patchwork cousu de fil blanc (les anges !) : des bribes d’instants passés côtoient le présent, on a vraiment l’impression de plonger la tête dans une bassine remplie de pensines comme dans le bureau d'Albus Dumbledore, mais sans surprise.

Dieu ordonne donc à son archange d'aller voir de plus près (en voilà une belle fiction !) :
Va, une nouvelle fois, à la rencontre des hommes. Observe ce qu’ils font. Et puis reviens me voir, ton rapport sous le bras. (p.50)
J'ai trouvé pénible, pour ne pas dire agaçant le chapelet d’adjectifs tels que "précieux", "délicieux", "merveilleux", ce qui donne l'impression qu'avec d'Ormesson tout le monde, même les personnages les plus vils, ont l'air d'enfants de coeur, ou sont en train de commander leur thé de Cinq heures, comme il se doit. Je n'ai pas aimé les passages non traduits, en latin et autres, ce qui gâche vraiment la lecture.

J'ai bien aimé ce passage où Jean d’Ormesson se souvient du chauffeur de son père, disparu pendant la guerre, peut-être dans une abomination.
Qu’est-il devenu après nous dans les tourmentes de l’histoire ? Tombé dans les neiges de Russie ? Enterré dans les sables de Tobrouk ou de Marsa-Matrouh ? Poignardé peut-être par un français dans le métro de Paris ? Ecrasé sous les bombes à Hambourg ou à Dresde en 1944 ou en 1945 ? Pris dans les décombres de Berlin à la chute de ce IIIè Reich qui devait durer mille ans ? Décapité à la hache par les bourreaux de Hitler comme le jeune Conrad von Hohenfels dans le roman de Fred Uhlman, "L’Ami retrouvé" ? Que cette page soit pour lui comme quelques fleurs sur sa tombe. (p.69)
Il est aussi question du "machin", on ne sait pas trop ce que c’est : l’Unesco ? Ce n’est pas très clair, un romancier se doit d'être compréhensible.

Et comme d'Ormesson est une véritable encyclopédie, on parcourt les continents, sauf l'Afrique si je ne m'abuse. On navigue vers Venise, on aperçoit des tableaux de maîtres, comme celui-ci :
Présentation de Marie au Temple
-Le Titien, 1534-
Une belle lecture mais pas un roman à proprement parler, plutôt un condensé de souvenirs.

2 commentaires:

Lune de pluie a dit…

J'ai lu son dernier livre. Sensation tour à tour d'intérêt, de fatuité, etc...

Eeguab a dit…

Derrière l'histrion télévisuel,le moije fat et gâté,le matamore catégorie distingué,le gros vendeur,se cache à mon avis un très grand écrivain,styliste et cultivé,ce qui n'est pas forcément un défaut.J'ai beaucoup lu Jeannot et j'ai compris qu'on peut être riche, célèbre, aristocrate et... avoir du talent.C'est pas comme dans un film de Chabrol,le notaire notable fortuné n'a pas touours assassiné la petite fille.

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