Website Ribbon Diagonal Banner Web Design Webmaster Tool Des Livres et des Heures: juin 2008
Pourtant je sais que les livres sont faits pour unir les hommes par-delà la mort et nous défendre contre l'ennui le plus implacable de toute vie, l'oubli. (Stefan Zweig)

26 juin 2008

Tout à l'ego

de Tonino Benacquista

© Tonino Benacquista, Gallimard 1999

L'histoire :
10 nouvelles constituent ce livre.

1) La boite noire
Pendant son coma, un homme parle et l'infirmière qui le veille note tout sur un calepin. A son réveil, elle lui offre le carnet comme cadeau.

2) La volière
Avant de mourir, l'oncle d'un homme annonce qu'il veut être enterré près de la volière. Voilà le neveu qui se met à enquêter avec conviction pour trouver à son seul parent le lit du dernier repos.

3) Un temps de blues
De la pluie, un bar, un verre de whisky, un juke-box, un homme fait une pause, à moins que ce ne soit un rêve.

4) Transfert
Un homme, persuadé par sa femme qu'il a besoin d'une analyse, finit par tomber amoureux d'une autre.

5) La pétition
Un journaliste sur le point de rencontrer Harrison Ford est embarqué dans une histoire de pétition pour sauver un prisonnier politique.

6) Le 14 juillet entre 22 et 23 heures
Un homme est interrogé par la police, visiblement longtemps après les faits, mais nous ne savons pas combien de temps après... Incapable de se souvenir de ce qu'il a fait si longtemps après, accablé par l'absurdité de cette situation, il finit par se laisser accuser.

7) Bobinages
Le magnétoscope est une source de joies pour toute la famille, un jour c'est le drame : une cassette y reste bloquée. Le père tarde à le faire réparer, car une cassette porno est dans le lecteur.

8) Si par un jour d'été un sédentaire
Un papparazzo tombe fou amoureux d'une call-girl de luxe. Son rêve serait de l'emmener en vacances, de gré ou de force.

9) Opportune
Un mari volage décide de trouver une maîtresse portant le même prénom que son épouse : Opportune, il passe une annonce. Devinez qui va se pointer au rendez-vous ?

10) QI
Un jeune garçon doté d'un QI de 148 se prend pour Dieu et décide de régler les embarras de son entourage, mais il se sent bien seul à faire la justice.

Extrait choisi :
Ecraser les souvenirs qui nous encombrent est la garantie même de notre santé mentale.
(de la Boite noire)
Mon avis :
Des histoires très inégales pour ce recueil, il y en a même une que j'ai zappée (La pétition). Mention TB pour La boite noire (un film en a été tiré avec José Garcia, excellent), La volière et Bobinages : de beaux bijoux subtils. Ce qui me fait dire que cet auteur est un type intéressant. Pour les autres histoires, je n'ai pas trop aimé : ni les sujets, ni le style.

Sinon, il y a quelques semaines, j'avais tenté de lire Saga, un roman chaudement recommandé par Des Murmures. Je suis allée jusqu'à une trentaine de pages avant de l'abandonner (d'ennui). Un de mes collègue insiste pour que je lise Malavita. Je vais y réfléchir, mais pour le moment, je préfère me laisser tenter par La Maldonne des sleepings, un polar dont le titre me botte.

A suivre...

25 juin 2008

Grâce et dénuement

de Alice Ferney

© Actes Sud, 1997

L'histoire :
Esther, une libraire, repère une famille de gitans installée sur un potager abandonné. La mère, la vieille Angeline, ses 5 fils, les 4 belles-filles et les enfants vivent sur ce mauvais terrain de boue et d'ennui. Patiemment, elle s'incruste et vient chaque mercredi matin faire la lecture aux enfants. Bientôt, elle est acceptée dans cette famille atypique et les encourage à inscrire la plus âgée des enfants à l'école malgré leur crainte des Gadjé, les "blancs sédentaires".

Extraits :
p.83
Le songe est une autre manière de vie et la part de rêve que peut accepter l'esprit est grande.

p.203
...je vais vous raconter une histoire triste qui se finit bien, dit-elle. Elle est arrivée à une petite fille qui était sourde-muette et aveugle. Cette petite fille s'appelait Hélène Keller, dit Esther en vérifiant que les enfants étaient bien installés. Ils ne bougeaient plus. Elle raconta le silence absolu et la nuit noire qui avaient enveloppé Hélène.

p.267
Tu as donné beaucoup de temps, dit Angeline. Elle se redressa contre l'oreiller, et comme Esther avançait son bras pour l'aider, la vieille dit : Laisse ! Je suis pas si faible (mais Esther vit bien qu'elle l'était). La vieille repris ce fil de mots qu'elle ne lâchait plus. Le temps, dit-elle, c'est le plus précieux, et à côté le reste c'est presque rien. Elle dit : La seule chose qui manque, qui est comptée et cruelle, c'est le temps.

p.271
Ce qu'on garde pour soi meurt, ce qu'on donne prend racine et se développe.
Mon avis :
Superbe livre que m'a prêté une amie. Je ne connaissais pas Alice Ferney, je la découvre, plume sensible et attachante, comme un murmure, un souffle. Dans ce récit, nous découvrons avec Esther le monde des gitans, leur misérable existence dans des caravanes aux 4 vents, des hardes en guise d'habillement, un bain dans l'eau de vaisselle tous les 15 jours. Malgré ce dénuement, ils ne se plaignent pas, leurs seuls soucis : trouver de quoi se chauffer et de quoi manger. La mort même, est une besogneuse qu'aucune prière ne fait reculer. On ne lutte pas avec le destin. Dieu veille, même s'il a depuis longtemps les yeux crevés.

Nous suivons Esther qui s'invite, avec opiniâtreté, dans leur cercle, les encourage à accepter une vie meilleure pour les enfants qu'elle initie à la connaissance en leur lisant des histoires, les invitant par là-même à être, non plus des victimes, mais des acteurs de leur destin.

L'éducation est le chemin vers la liberté. C'est le fil conducteur de ce roman, ce moment de grâce. Bouleversant.

A noter :
A la fin, le livre offre une table des citations de toutes les histoires dont il est fait mention. A mon grand dam, il y manque (injustement) la référence suivante :

- L'histoire d'Helen Keller, de Lorena Alice Hickok

Un livre que j'ai moi-même eu la chance de lire très jeune, qui m'avait fortement impressionné. Il m'accompagne encore.

En photo : la véritable Helen Keller et son institutrice, 1888.

19 juin 2008

Le livre de l'air et des ombres

MICHAEL GRUBER
de Michael Gruber
© Michael Gruber, 2007 the Book of Air and Shadows
© le cherche midi, 2008

L'histoire :
Crossetti, un modeste assistant dans une librairie, découvre dans la reliure d'un livre ancien trois manuscrits dont un crypté. Il accepte de vendre un des manuscrits, soi-disant écrit par Shakespeare, à Andrew Bulstrode, un universitaire fondu du dramaturge anglais.
Crossetti garde les deux autres lettres et, après enquête, car le bonhomme n'est pas trop bête, il s'avère être sur une piste sérieuse : Shakespeare aurait écrit une pièce de théâtre restée cachée. Seul un émissaire, Bracegirdle, mi-espion mi-héros, auteur des deux lettres restantes a la clef. Très vite, Bulstrode s'en remet à Jake Miskin, un avocat spécialisé dans les droits de la propriété intellectuelle relative aux œuvres littéraires, mais il est retrouvé sans vie. La chasse est ouverte. Qui désire, à tout prix, mettre la main sur le trésor : la pièce de théâtre inconnue ?

Extrait :
Il affirmait qu'il y a trois types d'histoire : tout d'abord ce qui s'est réellement produit, et qui est à jamais perdu ; ensuite, ce que la plupart des gens croyaient s'être produit, et que nous pouvons retrouver au pris d'un effort assidu ; enfin, ce que les gens au pouvoir voulaient que les générations futures croient qu'il s'était produit, ce qui constitue quatre-vingt-dix pour cent de l'histoire dans les livres.

Mon avis :
C'est le second livre où il est question du mystère Shakespeare, le premier étant dans l'affaire Jane Eyre. Bon, je dois avouer que je n'ai jamais lu cet auteur, oui, je le connais bien sûr, ne serai-ce que grâce aux films de Kenneth Branagh. Et bien, je vous assure que ma curiosité est piquée et que je me fais la promesse de lire très prochainement cet auteur qu'ADORE ma grande amie Isabelle (je vais lui demander par quoi commencer).

Sinon, le livre. C'est un super roman que m'a offert ma soeur pour mon anniversaire. Elle ne pouvait pas mieux tomber : des livres anciens, un message chiffré, une enquête sans policier, c'est peut-être le plus dur à croire, car enfin, nous avons affaire à de simples anonymes qui, par des coups de hasard, tombent sur l'indice attendu...
Cela dit, le plaisir de la lecture est toujours intact, et c'est tout de même l'essentiel.

Un livre assez ardu concernant la partie du déchiffrement, mais l'auteur y met tout son coeur.

A noter, la structure du roman : de courts chapitres qui donnent la parole à :
- Jake Miskin qui relate les évènements,
- Bracegirdle dont on lit les lettres qu'il écrit à sa femme, dans lesquelles on découvre la vie en 1642,
- et enfin des chapitres sur le mode subjectif où l'on suit les aventures de Crossetti, le sympathique assistant-libraire qui rêve d'être réalisateur et qui imagine sa vie dans des plans cinématographiques.

La fiche de ce livre chez l'éditeur

18 juin 2008

Fatal Fengshui

Nury Vittachi
de Nury Vittachi
© The Feng Shui Detective's Casebook, 2003
© Editions Philippe Piquier, 2005


L'histoire :
9 histoires composent ce livre (une histoire par enquête) dont le fil conducteur est le suivant : maître Wong entreprend la tournée des collaborateurs du conseil d'administration de son principal employeur et mécène M. Pun. Aidé de sa jeune assistance, la toujours délurée Joyce McQuinnie, et parfois de ses amis membres du comité consultatif du Syndicat des professions de la voyance : Madame Xu (pour le voyage à Manille) et Dilip Kenneth Sinha (pour Hyderabad -Inde-), C.F. Wong va devoir mettre en oeuvre toute sa sagacité et ses savants calculs de Fengshui pour déjouer les crapules, meurtriers, voleurs de tout poil.

Extrait :
- Et bien le fengshui nous aide à recréer cet environnement. C'est pour cela que le vert est une couleur relaxante. Et qu'on se sent mieux avec une montagne derrière soi et de l'eau devant. Etc., etc. Le fengshui fait de ta maison une réplique de cette maison idéale qui est enfouie tout au fond de ta tête.

Mon avis :
Ceci est mon 2ème roman de cet auteur découvert récemment avec "Le maître de Fengshui perd le nord". J'y ai retrouvé les mêmes personnages absolument et sincérement attachants : CF Wong, le maître de FS de 56 ans, ronchon, célibataire, craignant les femmes, uniquement intéressé par les rentrées d'argent et la rédaction de ses "bribes de sagesse orientale", et sa petite stagiaire Joyce, 18 ans, tellement fière de travailler, sa propension à tomber souvent amoureuse du dernier venu, surtout s'il est mignon et bien musclé. Leurs réflexions, leurs différences : lui, un peu dépassé par les choses modernes (les mails, les spams, etc...), elle, très en avance (heureusement qu'elle est là parfois !) font un cocktail réussi : ces deux là forment un duo digne d'un roman. Ah ! mais ils sont dans un roman.

Cette fois, nous voyageons un peu plus et quittons Singapour, leur lieu de résidence habituelle, pour l'Australie, l'Inde, Bangkok, Manille, etc...

Il me reste encore un tome à lire (le 3ème) : "Shanghai fengshui" et j'aurai lu la totale de cet auteur qui fait sortir des enquêtes ordinaires, qui donne plein d'indices de fenshui (ce sont de vrais indices) et, cerise sur le gâteau : un auteur plein d'humour (je donne une mention spéciale pour la traduction de Julie Sibony) et, je pense, un auteur qui ne se prend pas au sérieux.

Pour la route, un autre extrait :
Brin d'Herbe, sois toujours plus intelligent que les gens ne pensent. Le meilleur moyen est de te montrer plus idiot que tu ne l'es.
Cela est encore plus vrai lorsqu'il y a un danger. Si l'on devait élire le plus bel arbre de la forêt, le juge choisirait le plus grand. Mais quand arrive le bucheron, les grands arbres regrettent de ne pouvoir courber la tête.
(quelques bribes de sagesse orientale par C.F.Wong, alinéa 31)

09 juin 2008

Je me livre

Invitée par Lou, je me livre... au sujet de mes habitudes de lecture, mes réponses sont brèves, c'est étudié pour:)
  • Où et quand ?
Dans le bus, le RER, et sur le quai lorsque j'attends ma corrrespondance, 5 jours par semaine, ayant 3 heures de transport quotidien à assumer. Mais aussi en des endroits plus classiques et calmes comme mon lit, mon canapé, enfin, et je garde le meilleur pour la fin : le soir, quand les enfants sont couchés, dans un bain hyper chaud, même si c'est mauvais pour ma circulation... c'est si bon !

  • Comment je choisis mes lectures ?

Je regarde ce que j’ai dans ma PAL, et je prends en fonction de mon humeur. Il m’arrive aussi d’abandonner un livre si l’on m’en prête un que j’ai grande envie de lire car je préfère le rendre dans un délai raisonnable, et si je le pose sur ma PAL, je risque de l'oublier !

Pour agrémenter ma PAL, rien que du banal : des livres reçus en cadeau, des livres achetés suite à des coups de coeur trouvés au hasard en librairie ou recommandés sur les blogs que je lis. Et très récemment, des contacts directs avec des auteurs dont j’aime la sensibilité et dont je veux parcourir les œuvres.

  • Quel style de lecture ?

Plutôt des romans comme ceux de Paul Auster, Jim Harrison, des policiers historiques ou contemporains (mais jamais de livres trop gores), des énigmes ésotériques, et...des poésies !

  • Qu'est-ce que j'attends de mes lectures ?

Qu’elles m’occupent l’esprit, qu’elles me rapprochent, en quelque sorte, des amis qui me les ont conseillées, je trouve ce « partage » très important.

  • Mes petites manies ?

Prendre des notes au cours de ma lecture dans le but de rédiger mon « rapport » sur mon blog. Lire est donc pour moi, indissociable de l’écriture.

08 juin 2008

Un majestueux fossile littéraire

de Mark Twain

© Mark Twain 1947
© Folio 2007 : trois nouvelles extraites du recueil Un pari de milliardaire et autres nouvelles

Les histoires :

1) Un pari de milliardaire
A la suite d'un pari entre deux frères, un homme sans ressources, mais non dénué d'intelligence, se retrouve nanti d'un billet d'un million de livres (sterling). L'un des frères a parié qu'il n'oserait pas s'en servir, l'autre au contraire affirme qu'il s'en sortira et ils le laissent durant un mois à son destin...

Extrait :
Malgré tout, je n'avais pas complétement renoncé à mes vieux vêtements, et, de temps à autre, je sortais dans mon piteux accoutrement des premiers jours faire des emplettes et encourir les rebuffades des marchants. Je me payais alors le plaisir d'estomaquer mon monde avec mon billet d'un million.

Mon avis :
Assurément ma nouvelle préférée, j'y découvre toute la démesure et la subtitlité de M.Twain que je n'avais jamais lu !

2) La télégraphie mentale
Un homme relate des exemples de télépathie : étranges circonstances qui ne peuvent être fortuites, mais certainement dues à la connexion de deux esprits par delà les distances.

Extrait :
Je décachetai la lettre, et montrai l'exactitude de ce que j'avais annoncé. La lettre de Mr Wright contenait tout ce que contenait la mienne, écrite le même jour ; seulement cette dernière était restée dans mon bureau, depuis une semaine, depuis le 2 mars.
Mon avis :
Cette nouvelle m'a immédiatement rappelé le Carnet rouge de Paul Auster. D'incroyables histoires de hasard dont on ne sait réellement si elles sont vraies ou inventées. Qu'importe, on veut y croire !

3) Un majestueux fossile littéraire
Il s'agit des réflexions d'un lecteur qui lit un très vieux dictionnaire médical, et qui ne s'étonne guère que les pauvres patients tourmentés n'aient passé de vie à trépas après moults saignées et ingurgitations de toutes eaux (immondes et mauséabondes...).

Extrait :
"L'usage constant du lait est néfaste aux dents ; il en cause la carie et déchausse les gencives." Cependant, de nos jours, les bébés en usent couramment sans aucun préjudice. L'auteur ajoute qu'il faut se rincer la bouche avec du vin avant de se risquer à boire du lait. Or, en songeant aux immondes décoctions que les gens de cette époque s'introduisaient dans l'estomac sous forme de médecines, n'est-on pas en droit d'admirer qu'ils aient eu si peur du lait ?
Mon avis :
Cette dernière nouvelle est assurément la plus amusante, malgré les horribles exemples de "soins" conseillés pour soigner qui d'un vertiges, qui d'une brûlure...

Globalement, j'ai bien aimé la lecture de ces nouvelles, et découvrir ainsi le talent de Mark Twain chez lequel je détecte une sacrée dose d'humour non dépourvue d'intelligence.
Ici, l'avis de Lou "My lou book", qui explique tout plein de choses même si elle n'a pas trop apprécié cette lecture :)

05 juin 2008

Auprès de moi toujours

de Kazuo Ishiguro
Kazuo Ishiguro

© Kazuo Ishiguro, 2005 "Never let me go" (Ne me laisse pas partir)
© Edition des Deux Terres, 2006, traduction par Anne Rabinovitch

Laissez-moi crever la bulle de mystère qui entoure ce roman. Car si je ne le fais pas, vous pourriez être, comme moi, rebuté par le démarrage de ce roman qui m'a mis fortement troublée, au point qu'il a fallu que je l'abandonne. Et puis j'y suis retournée, mue par un sentiment d'urgence. Impossible à expliquer.

L'histoire :
Nous sommes en Angleterre, fin du XXème siècle. Pourtant les personnages principaux sont fictifs, je veux dire leur nature, car il s'agit de clones, d'organismes génétiquement modifiés, de réplicants, comme dans Blade runner, vous voyez, sauf que là, ils ne sont pas fabriqués pour s'occuper de tâches en milieu hostile, non, ils servent de réservoir à organes, un peu dans le genre de cet autre film de fiction : The Island (que je recommande !).

Kath, Ruth et Tommy sont des clones dont le destin est de devenir des accompagnants puis des donneurs (d'organes). Leur destin est donc tout tracé, sauf qu'ils vont être élevés dans un endroit spécial : Hailsham, où ils apprennent à créer, à penser, à imaginer, où ils vont peut-être prouver qu'ils ont une âme, bien à eux, et ce malgré leur origines douteuses...

Extraits :
p 131
On vous a informés, mais aucun de vous ne comprend vraiment, et j’ose dire que certaines personnes sont très heureuses de s’en tenir là. Ce n’est pas mon cas. Si vous voulez mener une vie décente, alors vous devez être mis au courant, et comme il faut. Aucun de vous n’ira en Amérique, aucun de vous ne sera star de cinéma. Et aucun de vous ne travaillera dans les supermarchés, comme j’ai entendu certains d’entre vous l’envisager l’autre jour. Vos vies sont toutes tracées. Vous allez devenir des adultes, et avant de devenir vieux, avant même d’atteindre un âge moyen, vous allez commencer à donner vos organes vitaux. C’est pour cela que chacun d’entre vous a été créé.

p 188
Je songe à ma pile de vieux livres de poche aux pages tremblotantes, comme si elles avaient autrefois fait partie de la mer.

p 217
Puisque chacun d’entre nous avait été copié à un moment donné sur une personne normale, il devait exister pour chacun de nous, quelque part là-bas, un modèle qui vivait sa vie. Cela signifiait, du moins en théorie, que vous pouviez trouver la personne à partir de laquelle vous aviez été fabriqué. C’est pourquoi quand vous étiez vous-même dehors – dans les villes, les centres commerciaux, les restaurants de routiers-, vous essayiez de repérer les « possibles » -les gens qui auraient pu être vos modèles et ceux de vos amis.

p 433 (Tommy et Kath)
« Je pense toujours à cette rivière quelque part, avec cette eau qui coule vraiment vite. Et tous ces gens dans l’eau, qui essaient de se raccrocher les uns aux autres, qui s’accrochent aussi fort qu’ils peuvent, mais à la fin c’est trop difficile. Le courant est trop puissant. Ils doivent lâcher prise, se laisser emporter chacun de son côté. Je pense que c’est ce qui nous arrive, à nous. C’est dommage, Kath, parce que nous nous sommes aimés toute notre vie. Mais à la fin, nous ne pouvons pas rester ensemble pour toujours.


Mon avis :
Admirable roman (encore un !). Décidément, je suis sous le charme des auteurs japonais ces derniers temps.
Ce livre a été posé dans ma main en avril par Lamousme à Neverland, lieu de toutes les magies par excellence ! Quand j'ai désiré en savoir plus, elle a pris son air mystérieux et m' a dit "tu verras, je ne peux rien te dire..." Brrrr de quoi m'effrayer.

Comme expliqué plus haut, j'ai, dans un premier temps, abandonné la lecture au bout de 50 pages, j'étais trop sous une désagréable influence, j'avais beau lire fébrilement un peu au hasard dans le livre, je ne comprenais pas exactement ce qu'étaient les "dons". Je viens de le recommencer il y a deux jours. Sans regret.

Le roman est calqué sur le récit de Kath qui fait se succéder, je devrais dire s'entremêler, les souvenirs de Hailsham (l'école où elle vécu de 6 à 16 ans), des Cottages (l'endroit où elle vécut de 16 à 18 ans environ), et sa vie d'accompagnante. Cet incessant retour en arrière déroute largement, et transforme le récit de Kate est une sorte de puzzle dont l'image finale n'est révélée qu'à la fin.

Au final, nous ne saurons pas comment sont fabriqués les clones, ni qui en est le maître d'ouvrage (déformation professionnelle...). L'état ? Une entreprise privée ? Là n'est pas la question je suppose. Les enfants d'Hailsham ne pensent jamais aux "parents" et pour cause...ils ignorent ce que c'est. Leurs seuls modèles "adultes" sont leurs gardiens (leurs prof) vers qui ils peuvent reporter leur affection. Car les clones peuvent aimer.

Dans ce roman, nous restons à la frontière de l'utile et nous ne saurons que l'essentiel. Les clones sont des êtres stériles fabriqués dans le seul but d'accompagner les donneurs qu'ils seront à leur tour. Après 1, 2, 3 ou 4 dons, ils "termineront" vers la trentaine (un peu comme dans la série de l'Age de cristal). Nous ne saurons pas quels organes sont prélevés, nous savons seulement qu'ils souffrent de leurs opérations et de leurs cicatrices, comme les humains. Leur vie de donneurs se déroule dans des maisons de repos ou des hôpitaux, dépourvus de charme, plutôt fonctionnels et sans confort où ils reçoivent la visite de leur accompagnant. Comme celui-ci a plusieurs "malades" à visiter, il passe son temps sur les routes, de longues routes incroyables qui semblent traverser de grands espaces vides, qui bordent des champs à perte de vue. Ils se réchauffent, comme Kath, les mains autour d'un café dans une station service qui est comme un havre de réflexion. Je vois d'ici le tableau genre Hopper :
Etrange récit fantastique qui porte un regard sur notre humanité, un regard inspiré qui fait tomber des mots délicats devant nos yeux desquels finissent par s'enfuir quelques larmes bien senties. Des donneurs qui me semblent des plus qu'humains, à la manière de Theodore Sturgeon.

01 juin 2008

Poèmes du thé

Un livre de ma sélection :

Sen no Rikyu
Poèmes de Sen no Rikyu (1522-1595, maître de thé japonais)

Fascicule de Bertrand Petit (pour les choix de poésies) et Keiko Yokoyama (pour les calligraphies)
© Editions Alternatives, 2005

L'histoire :
Recueil de poèmes japonais autour du thé.

Extrait :
Une simple bouilloire suffit à pratiquer la cérémonie du thé
Qu'il est sot de posséder de nombreux ustensiles !
Mon avis :
Un beau livre aux pages glacées pour ce breuvage bouillant. Mais oublions que le thé puisse être une boisson. Le thé est un art, le boire son expression vivante. Avec ces poèmes présentés en japonais et en français, illustrés de calligraphies, nous pénétrons dans l'univers clos des salons, nous observons les instruments pour le thé, les murs dans la pénombre, les fleurs esquissées, le bon sens également. Voilà un petit livre qui fleure bon la zen attitude, par petite touche, le soir au couché, sentir l'odeur de l'instant. Comme s'il était exceptionnel.