Website Ribbon Diagonal Banner Web Design Webmaster Tool Des Livres et des Heures: octobre 2008
Pourtant je sais que les livres sont faits pour unir les hommes par-delà la mort et nous défendre contre l'ennui le plus implacable de toute vie, l'oubli. (Stefan Zweig)

30 octobre 2008

Le bonheur de la nuit

d'Hélène Bessette (1918-2000)

Un livre écrit entre 1968 et 1969 (Hélène avait 30 ans), publié en 2006 grâce à la collection Laure Limongi aux éditions Léo Scheer.

240 pages

Le sujet :
Un homme dans son château (Nata) quitte sa femme qu'il bat. Il hésite entre Doudou et Chérie. C'est la valse des jupons devant les amis, les domestiques qui en perdent le latin (qu'ils n'ont du reste jamais appris).

Le verbe :
p 59
Substitution de personne.
Mieux. Substitution de famille.
En l'espace d'un jour et de sa nuit.
Crime moral. Délit non enregistré.
- comme beaucoup d'autres et par voie de conséquence non punissable comme beaucoup d'autres-
Au bord du punissable.
On a donc le droit.
Mon complément :
Je dirai peu de ce livre, de peur de dire mal, de ne pas dire assez bien. Comment, me direz-vous, avoir découvert ce livre ? En lisant le magazine littéraire dans un numéro de 2006. (j'y étais alors abonnée). J'ai eu le coup de foudre pour le femme dépeinte dans l'article. Je me suis précipitée sur le livre disponible en libraire, le seul titre encore disponible. Hélène vit avec moi, en moi. Les artistes ont cette chance de rester immortels, tout de même. Quel destin !

Dire (quand même) que ce livre n'existe pas comme un autre : c'est un hybride, une chose entre le poème et le théâtre : courtes phrases, apartés, parenthèses, drame en coulisse ou sur scène. Tout y est. Tout est d'une incroyable modernité. Hélène avait l'âge de ma grand-mère. Je l'adopte.

PS. si vous aimez les romans et seulement eux, si vous aimez les phrases de plusieurs lignes, ne lisez pas Bessette (voir l'extrait ci-dessus : tout le livre est dans le même style), mais vous auriez tort de ne pas essayer...

Sur ce lien, un site consacré à Hélène Bessette (LN B7)

Voyages

de Stefan Zweig (1881-1942)

Un livre rassemblant des articles écrits pour des revues ou journaux entre 1902 et 1937.
Titre original : "Auf reisen"

183 pages

Le sujet :

Stefan Zweig écrit ses voyages, décrit ses joies, ses peines, ses émotions, ses regrets. Avec toujours la bonté d'être un voyageur de l'humanité sur cette petite planète parfois folle...

Le verbe :
p 59
Regarde-les donc bien, ces apatrides, toi qui as la chance de savoir où sont ta maison et ton pays, toi qui à ton retour de voyage trouves ta chambre et ton lits prêts, qui as autour de toi les livres que tu aimes et les ustensiles auxquels tu es habitué. Regarde-les bien, ces déracinés, toi qui as la chance de savoir de quoi tu vis et pour qui, afin de comprendre avec humilité à quel point le hasard t'a favorisé par rapport aux autres. Regarde-les bien, ces hommes entassés à l'arrière du bateau et va vers eux, parle-leur, car cette simple démarche, aller vers eux, est déjà une consolation ; et tandis que tu leur adresses la parole dans leur langue, ils aspirent inconsciemment une bouffée de l'air de leur pays natal et leurs yeux s'éclairent et deviennent éloquent.

Mon complément :
Stefan Zweig. Je le retrouve, je l'avais un peu perdu de vue, mais lui ne m'avait jamais abandonnée, il était tapi quelque part par là, dans un endroit obscur, que l'on nomme le coeur. Ceci est un court petit bouquin : récits inégaux, certains curieux, d'autres moins intéressants. Mais toujours, toujours, le style ! La classe quoi.

24 octobre 2008

De l'autre côté du miroir

de Lewis Carroll


Un livre édité en 1872 sous le titre "Through the Looking-Glass"

Mon livre présente l'édition de Jean Gattégno (préface et notes), les illustrations sont de Sir John Tenniel.


Le sujet :

Dans son salon, Alice joue avec ses petites chattes Dinah la blanche et Kitty la noire. Elle regarde dans le miroir et imagine comment est la maison qui se trouve de l'autre côté : la pièce semble identique, cependant tout est à l'envers. Et derrière la porte ? A quoi ressemble le jardin ? Allons voir...

Le verbe :
p 189
Entends-tu la neige contre les vitres, Kitty ? Quel joli bruit elle fait ! On dirait qu'il y a quelqu'un dehors qui embrasse la fenêtre tout partout. Je me demande si la neige aime vraiment les champs et les arbres, pour qu'elle les embrasse si doucement ?

p 193
Un instant plus tard, Alice avait traversé le verre et avait sauté légèrement dans la pièce du Miroir. Avant de faire quoi que ce fût d'autre, elle regarda s'il y avait du feu dans la cheminée, et elle fut ravie de voir qu'il y avait un vrai feu qui flambait aussi fort que celui qu'elle avait laissé derrière elle. "De sorte que j'aurai aussi chaud ici que dans notre salon, pensa Alice ; plus chaud même, parce qu'il n'y aura personne ici pour me gronder si je m'approche du feu. Oh ! comme ce sera drôle, lorsque mes parents me verront à travers le Miroir ey qu'ils ne pourront pas m'attraper !"

Mon complément :
Encore une fois, Alice rêve et décide de traverser le miroir de son salon.

De l'autre côté, elle s'aventure dans un monde merveilleux d'étrangetés et d'absurdités. Animaux, conversations, comportements, Alice ne reconnaît rien des choses auxquelles elle est habituée.

Carroll précisera que la petite fille avance dans l'histoire comme dans un jeu d'échecs. Je n'ai pas vérifié, j'avoue même avoir vite perdu la visualisation de l'itinéraire d'Alice sur son échiquier imaginaire, et ceci ne m'a pas empêché d'admirer avec quel panache, Lewis Carroll suit le fil de son récit.

N'oublions pas que Lewis Carroll, ou plutôt Charles Lutwidge Dodgson, a inventé des histoires pour des enfants, au cours de promenades. Ce n'est que plus tard, qu'il les rédigea. Je salue la richesse de son invention.


Illustrations de Tiennel venant de ce site.

Et toujours, une référence pour découvri l'oeuvre de Charles Lutwidge Dodgson (auteur, photographe) au travers de la chasse au snark présentée par Holly G.


lecture victorienne

Alice au pays des merveilles

de Lewis Carroll


Un livre édité en 1865 sous le titre "Alice’s adventures in Wonderland"

Mon livre présente l'édition de Jean Gattégno (préface et notes), les illustrations sont de Sir John Tenniel.


Le sujet :

Alice somnole auprès de sa grande soeur. Son rêve l'emmène à la poursuite d'un lapin blanc pressé, au milieu d'un peuple de cartes à jouer, à la rencontre de multiples créatures animales, le tout évoluant dans un monde de folie.

Le verbe :
p 107
Et cette fois, il disparut très lentement, en commençant par le bout de la queue et en finissant par le sourire, qui resta un bon bout de temps quand tout le reste eut disparu.
"Ma parole ! pensa Alice, j'ai souvent vu un chat sans un sourire, mais jamais un sourire sans chat !... C'est la chose la plus curieuse que j'aie jamais vue de ma vie !"
Mon complément :

Comme tout le monde, je connaissais l'histoire d'Alice, sans jamais l'avoir lu dans sa version d'origine.

Je suis tombée sous le charme de Lewis Carroll, que je connaissais de nom et au travers du miroir de la chasse au Snark de mon amie Holly G.

Tout d'abord : un style, un souffle, un rythme.
Le monde d'un écrivain n'existe pas tant que l'on n'y entre pas par le coeur. Aucune critique, aucun avis, ne pourra remplacer l'émotion découverte, une sorte de temps à part : où que l'on soit, l'univers s'arrange un peu, se grise, et nous nous retrouvons au milieu de nulle part, ou plutôt dans un endroit à soi, un monde parlant à l'enfant qui réside encore dans ce corps que l'on est devenu.

Un monde où il fait beau revenir de temps en temps.

En 12 chapitres, nous suivons Alice dans un monde absurde, et parfois, proche de ce monde qui est le notre.

Pour créer son personnage d'Alice, Lewis Carroll s'est inspiré d'une véritable petite fille Alice Liddell :

Illustrations et photo d'Alice Liddell venant de ce site.


Alice est bien entendu, un personnage qui inspira, qui inspire encore de nombreux artistes. J'ai la chance d'avoir chez moi, une photo de Louise (Art&ghosts), un précieux cadeau de ma chère Holly G. qui est, en quelque sorte, ma fée à moi...


Alice par Louise


lecture victorienne

20 octobre 2008

Le fiancé de la lune

d'Eric Genetet


123 pages. Un livre "rentrée littéraire 2008", aux éditions Héloïse d'Ormesson.

Le sujet :

Arno Reyes gagne sa vie en faisant le singe. Sans attache, sauf celles de sa mémoire. Il rencontre une chanteuse au visage de lune et aux cheveux roses : Giannina, sa princesse. Pour elle, il est prêt à tout, même à devenir père. Pour combien de temps ?

Le verbe :
p 18
J'ai quitté la table et composé mon propre numéro. Une seule sonnerie suffisait. Si elle ne masquait pas ses appels, son numéro s'était affiché dans ma poche, sur l'écran de mon propre portable en mode silence. Un appel en absence de sa présence.

Mon complément :
Un livre cadeau !!!!

J'ai reçu ce livre grâce au site "Chez les filles" et les éditions Héloïse d'Ormesson. Néanmoins, je tiens à faire remarquer que c'est ma première excursion dans le monde éditorial, et que cette confiance m'honore, tout simplement. Moi qui suit une dilettante.

Je vais écrire ici en toute honnêteté, évidemment.

Tout d'abord, un aparté : la couverture ; j'aime les couleurs, la scène. J'aime ce qui ressemble à un café, une brasserie. Je trouve ses endroits vivants, ce sont les poumons de la vie, surtout depuis qu'on n'y fume plus (évidemment, je suis pour !). Le café est le lieu du dernier recours en cas de solitude avérée, essentiel.

Zacharie, Zac, part sur la lune avec une boite de souvenirs genre "le fabuleux destin d'Amélie Poulain (je ne m'étendrai pas sur ce film que je trouve pathétique, voire abscons, mais je suis certainement la seule...passons). Flashback, par petites touches impressionnistes sur son père : Armo, le singe volant, le saltimbanque, le pierrot lunaire, le fou. Arno tombe "en amour" auprès de sa belle, il ambitionne une vie romantique, imagine un fabuleux destin, enfin. Il a 40 ans. Il est temps. L'enfant paraît et il n'y a plus que lui. La princesse s'étiole comme une étoile filante, l'amour ne suffit plus, le temps mange, le temps ronge, gangrène du songe. La princesse est malade, elle ne dort pas sur un petit pois mais ne fait plus de beaux rêves. Il semble qu'elle est en train de filer d'un mauvais coton. Tisseuse de désespoir qui s'habille de mort. Y a-t-il une vie après ? Y a-t-il des matins dansant pour ceux qui pleurent dans l'infini ? Arno l'espère, Zac ira au bout de ses rêves.

Franchement, ce livre est trop court ! Petites touches incisives comme des traits de scalpel sur la peau de l'ego. Qui sommes-nous dans notre individualité ? De combien de pas est-il permis d'avancer sur le territoire d'autrui ? Combien de mètres ? Combien de mots ? Combien de jours à partager avec l'autre avant d'être rassasié ? Avant d'être saturé ? Avant d'avoir envie de prendre l'air ?
Doit-on se perdre pour enfin se manquer ? Peut-on supporter de vivre pour autre chose que pour soi-même ? Tant de questions sans réponse préformatée. Un livre cependant lumineux, comme un clair de lune : mystérieux et proche, inaccessible, sauf...en littérature.

L'auteur, pose des questions à la manière du petit prince : quelque part, quelqu'un sait que la rose existe, et elle attend, indéfiniment.

A lire : ici, chez François, une interview d'Eric Genetet, qui, comme toutes les mandorisations, n'est pas piquée des verres (de Champagne, évidemment !)

18 octobre 2008

Dans l'abîme du temps

Une nouvelle éditée dans ce livre :
de Howard Phillips Lovecraft

96 pages
Une nouvelle fantastique éditée en 1935 sous le titre "The shadow of time".

Le sujet :

Un homme s'évanouit en donnant un cours à l'université. Lorsqu'il reprend conscience, il semble être différent et sa famille le tient à distance. Cinq ans après les faits, il semble avoir repris "ses esprits", et finit par comprendre que durant ce laps de temps, il a été enlevé par une ancienne race humaine capable de se projeter dans le passé, l'avenir et même l'univers. Il comprend aussi que durant ce temps, il a vécu à leur époque, s'adaptant progressivement à son nouveau corps monstrueux, avant de pouvoir réintégrer le sien.

Le verbe :
p 197
Avant même que mon moi éveillé n'ait étudié les cas analogues au mien ou les anciens mythes, d'où assurément naquirent les rêves, j'appris que les entités qui m'entouraient étaient la race la plus évoluée du monde, qu'elle avait conquis le temps et envoyé des esprits en exploration dans toutes les époques. Je sus aussi que j'avais été exilé de mon temps tandis qu'un autre y occupait mon corps et que certaines de ces étranges formes abritaient des esprits pareillement capturés.

Mon complément :
Je préfère cette seconde nouvelle à la précédente, pour son originalité et aussi, parce que je me suis sentie plus proche de ce pauvre bougre à qui il arrive une fantastique histoire. En effet, les scientifiques éperdus de l'expédition en Antartique avaient pour moi quelque chose de malsain et même, un comportement incohérent : car franchement, après avoir découvert mes camarades décimés, j'aurais plutôt eu envie de prendre la poudre d'escampette plutôt que de me mettre à explorer l'ideuse cité. Enfin, c'est ainsi.

Dans ce récit, le narrateur est Nathaniel Wingate Peaslee, économiste politique qui après son aventure d'amnésie, devient psychologue. Un jour, il a l'occasion de partir en expédition avec Dyer, le même que dans les montagnes hallucinées.

Aparté : je note que H.P. Lovecraft aime beaucoup réintroduire des personnages, créatures ou objets, les invitant d'un livre à l'autre, un peu comme s'ils se retrouvaient dans un club entre amis, les pièces principales de sa propre mythologie.
p 223
Pourtant je cheminais toujours, comme vers quelque rendez-vous fantastique - harcelé de plus en plus par les chimères déconcertantes, les compulsions et les pseudo-souvenirs. Je songeais à certains des profils possibles des rangées de pierres telles que mon fils les avait vues en vol, et je m'étonnais qu'elles puissent paraître à la fois si redoutables et si familières. Quelque chose tâtonnait et cognait autour du loquet de ma mémoire, tandis qu'une force inconnue cherchait à maintenir le portail fermé.

L'expédition sur les terres australes lui permettent de retrouver le lieu d'exil dans lequel il vécu pendant ses années d'amnésie sous sa forme monstrueuse et conique. La découverte des premières immenses pierres dégagées du sable m'a fortement rappelé le film "2001, Odyssée de l'espace" et la référence au monolithe noir :
p 218
M'aventurant un peu plus loin que d'habitude, je rencontrai une grande pierre qui paraissait sensiblement différente de celles que j'avais djà vue. Elle était presque entièrement recouverte mais, me penchant, je retirais le sable avec mes mains puis examinai soigneusement l'objet en ajoutant au clair de lune la lumière de ma torche électrique.

Au final, voilà un abîme du temps où je vais encore me perdre longtemps !

Nota Bene :
Dans le même genre de livre original, MON livre culte, lu il y a plus de 30 ans, et qui m'a fait une forte impression : c'est Le gouffre de la Lune d'Abraham Merritt. Un livre dans lequel il faudrait que je me replonge aussi, histoire de voir si je suis toujours sous le charme...

17 octobre 2008

Les Montagnes hallucinées

de Howard Phillips Lovecraft

155 pages

Une nouvelle fantastique éditée en 1931 sous le titre "At the Mountains of Madness". Un titre autrement plus réaliste que la traduction qui en a été faite (ou alors, il aurait fallu écrire : "les montagnes hallucinantes"...)

Le sujet :
Une expédition scientifique de l'université Miskatonic s'aventure sur l'Antartique. Une partie de l'expédition trouve les traces d'une gigantesque et très ancienne cité semblant abandonnée, ainsi que des êtres étranges, inhumains, à la tête en forme d'étoile et dont le corps semble d'une résistance assez robuste. Certains des corps trouvés semblent parfaitement conservés : sont-ils morts ou seulement endormis ? Quelque chose est-il capable de les réveiller ?

Le verbe :
p 13
Quelque chose dans ce décor me rappela les étranges et troublantes peintures asiatiques de Nicholas Roerich, et les descriptions plus étranges encore et plus inquiétantes du légendaire plateau maléfique de Leng, qui apparaît dans le redoutable Necronomicon d'Abdul Alhazred, l'Arabe fou.

Nicholas Roerich

Mon complément :
Un livre conseillé par mon Antony. Il y avait bien longtemps que je n'avais pas lu de science-fiction, recommencer ce genre par un livre qui nous transporte sur terre au lieu des confins de l'espace est une autre sorte de voyage intersidéral !

Un peu plus sur l'histoire. Bien évidemment, les créatures ne sont pas toutes mortes, et après avoir entrepris la dissection de celles en mauvais état, tous les hommes sont à leur tour, tués, voir victimes de vivissection !
Alertés par le silence de leur camarades et parvenus sur les lieux du drame, le reste de l'expédition : le professeur Dyer et l'étudiant Danforth, découvrent le sort épouvantable de leurs compagnons. Après une rapide exploration dans ces terribles montagnes, ils repartent vers la civilisation, tâchant de ne rien divulguer de leur découverte, d'autant que Danforth est devenu fou après avoir vu une créature qui semblait les poursuivre (hallucination ?), et dont il refuse de parler. Dyer finit par révéler à la communauté scientifique, et la nouvelle est son témoignage, la vérité sur les monstruosités dont son expédition a été témoin, afin qu'aucune nouvelle expédition ne tente de suivre ses traces.

J'avoue avoir été un peu déçue par cette nouvelle qui offre de trop nombreuses répétitions : nous ne comptons plus le nombre de fois où l'on mentionne les peintures asiatiques de Roerich, le Necronomicon et son auteur fou, les murs décadents, les montagnes maudites, "Les Aventures d'Arthur Gordon Pym", le livre de Poe, etc...
Je pense que cette répétition était néanmoins utile à l'époque, lorsque la nouvelle était éditée sous une forme épisodique : les rappels étaient alors sans doute un peu moins évidents, voire utiles.

Attention, je ne nie pas le style de Lovecraft qui trouve d'amusantes tournures :
p 93
Ces masses visqueuses étaient certainement ce qu'Abdul Alhazred appelle à mots couverts les "shoggoths" dans son effroyable Necronomicon, bien que même cet arabe fou n'ait jamais évoqué leur existence sur Terre, si ce n'est dans les rêves des mâcheurs de certain alcaloïde végétal.
Au contraire, c'est parce que j'admire e trouve
Ce récit est bien, à certains endroits, extraordinaire, de par la richesse des visions qui nous emprtent dans un monde suggéré, un monde fantastique qui, pour une fois, n'est pas au-delà de la terre mais en elle.

Nous savons que Howard Phillips Lovecraft pressentait que la technique asservirait l'homme avant de le détruire ; l'écrivain en lui en a profité pour véhiculer dans ce conte macabre (quoique rien ne soit explicitement décrit !) un des pouvoirs les plus puissants de l'humanité : l'imagination.

A voir, une inquiétant curiosité :

Sur ce lien, l'oeuvre de mon fantastique ami Alex !

10 octobre 2008

La ferme africaine

de Karen Blixen


Un livre édité en 1937 sous le titre "Den Afrikanske Farm" (506 pages).

Le sujet :
Karen Blixen a vécu 17 ans en Afrique, au Kenya (de 1914 à 1931) ; elle y possédait une ferme et y cultivait le café dans les hauteurs : les Ngong Hills. Ruinée, elle fut obligée de vendre sa propriété et revint au Danemark, où elle écrivit, entre autres, ce récit. Un livre magique !

Le verbe :
p 30.
J’ai maintes fois vu des girafes arpenter la plaine, avec leur grâce incomparable, quasi végétative, comme s’il ne s’agissait pas d’un troupeau d’animaux, mais d’une famille de rares fleurs colossales, tachetées et montées sur de hautes tiges.
p 396
Adieu, adieu. Je vous souhaite de mourir en route, mais de mourir toutes les deux, pour que l'une de vos nobles petites têtes qui se découpent maintenant par-dessus le bord de la caisse dans le ciel bleu de Mombassa ne se retrouve pas seule, à regarder de droite à gauche, à Hambourg, où nul ne sait rien de l'Afrique.
(Vous l'aurez compris, j'aime beaucoup -beaucoup- les girafes -en liberté !-).

Mon complément :
Ce livre n'est pas un roman (et n'est pas tout à fait semblable au film Out of Africa). Tout d'abord, ne vous attendez pas à y découvrir ses histoires de "coeur", car nulle mention de son mari ou de Denys Finch-Hatton en tant qu'amant (du coup je me demande : l'a t'il été ?), mais il est tout de même question de ce dernier à partir de la page 200 (sur 506).

Même si j'aurais préféré un récit chronologique que, personnellement, je trouve plus agréable à suivre, Karen Blixen passe en revue chaque souvenir qui lui tient à coeur, sautant d'une époque à une autre. Il en résulte une succession d'histoires indépendantes, reliées entre elles par le fil de sa mémoire. Chaque souvenir se comporte comme une perle que Karen enfile le long d'un collier imaginaire, le bijou de son destin. Considérant que les chapitres sont rassemblés de manière thématique, ceci entraîne le retour de certains souvenirs à plusieurs endroits, sans toutefois être agaçant, cela ressemble au monologue que tiendrait une vieille dame au coin d'un feu.

L'impression d'ensemble est très puissante ; pour tout dire, j'ai eu un grand plaisir à dévorer ce livre, tel un fauve. Ce qui se détache : la passion, l'amour de Karen pour l'Afrique et les Africains, ses chevaux, ses chiens (des lévriers irlandais), la nature, les animaux, les plantes, les fleurs etc...
Avant de quitter l'Afrique, elle a vendu tout ce qu'elle possédait, la vaisselle, les meubles danois qu'elle avait apporté, comme si elle avait voulu repartir de zéro et ne conserver du passé que ses réminiscences.

J'ai regretté que ce livre ne nous fasse rien savoir de sa vie intime : sa vie de femme, on sait qu'elle est mariée puisqu'elle évoque son mari (sans le nommer d'ailleurs) : il reste donc semblable à une ombre insignifiante. Karen, qui arrive en Afrique dans la trentaine, et en repart vers la cinquantaine, semble avoir eu une vie de nonne. Cela me laisse perplexe.

Evidemment, j'aime beaucoup le style de Karen, mélange de sauvagerie et de précision, un chaud froid qui me ressemble.
P 70
J’écrivais dans la salle à manger au milieu des multiples feuilles qui jonchaient la table, car il me fallait aussi régler les comptes et les budgets, et répondre aux petites notes désespérées du contremaître. Mes gens me demandaient ce que je faisais, et quand ils apprirent que j’essayais d’écrire un livre, ils virent cela comme une ultime tentative de nous tirer d’affaire, et ils me demandèrent souvent comment j’avançais. Ils entraient et me contemplaient longuement, leurs têtes sombres se fondaient si bien avec les panneaux foncés de la salle à manger que, le soir, j’avais l’impression d’avoir pour seule compagnie de longues robes blanches suspendues au mur.
Pour en savoir plus, et comme recommandé dans la préface par le traducteur Alain Gnaedig, il me reste à découvrir ses Lettres d'Afrique. Je vais prospecter pour me le procurer sans délai, car je suis tombée sous le charme de cette femme, de ce que fut sa vie et la ferme africaine ne dévoile pas tout de la dame.


Et voici, un extrait qui va longtemps m'accompagner, puisque je l'ai écrit sur mon carnet d'écriture...

J'ai trouvé des photos de la ferme africaine à Ngong sur un site personnel (en anglais) mais vu le copyright, je n'ose les insérer ici même. Vous pouvez donc découvrir sur ce lien cette magnifique propriété, n'hésitez pas à cliquer sur les nombreux liens du bas de page de ce site, il y a pas mal d'autres photos.

06 octobre 2008

Dalva

de Jim Harrison


Un livre écrit en 1987 (1989 pour la traduction française)
555 pages.


Note de Wictoria : je tiens à préciser que la couverture du livre ci-dessous ne représente pas Dalva, qui, bien qu'ayant du sang indien, n'a pas ce look...

Le sujet :
Santa Monica, 1986. Parce qu’elle est menacée de mort pour avoir pris la défense d'un jeune garçon violé, Dalva décide de quitter Santa Monica pour le Nebraska, berceau de sa famille.
Son proche départ est l’occasion pour elle de se mettre à écrire une sorte de journal testament destiné à ce fils qu'elle a dû abandonner dès sa naissance.

Le verbe :
P 179 (journal de Dalva)
Cette nuit là, j’ai dû me réveiller et me rendormir une bonne centaine de fois, l’oreille tendue vers le grincement des palmes agitées par le vent, vers les bruits de la fête, les éclaboussures des gens qui sautaient dans la piscine, les cris brouillés que l’humidité et les murs estompaient jusqu’à ce que tous les mots et les rêves du monde deviennent ronds.

Mon complément :
Jim Harrison est un monstre, un gargantua des histoires. On lit Jim Harrison comme on suit le fil imaginaire d’une spirale. Nous sommes happés, ficelés, fourrés comme des coqs en pâte, ventrus comme une barbapapa : le premier mot traîne à sa suite une ribambelle de sensations, sentiments, souvenirs, dans un gigantesque pêle-mêle qui ne nous étrangle jamais, même s’il est difficile de trouver un moment pour respirer.

Dalva abandonne son fils à sa naissance, elle a 16 ans. A 45 ans, elle décide de le retrouver.
P 91 (journal de Dalva)
J’ai serré quelques instants le bébé dans mes bras, puis je l’ai embrassé pour lui dire au revoir. J’ai voulu lui donner le collier de Duane, mais je savais que ce bijou se perdrait en route ou deviendrait l’objet de malentendus.

Michael a pris une année sabbatique dans le but d'écrire une thèse sur l'histoire du Nebraska, qui, l'espère t-il, lui apportera la gloire, ou du moins, une chaire à l'université et implore Dalva de lui laisser étudier les journaux "secrets" de ses arrière-grand-père et grand-père, des hommes exceptionnels qui ont vécu aux côtés des indiens.
p 194 (journal de Michael)
Nous découvrons souvent que nous ne sommes pas tout à fait ce que nous croyons être. L’adolescent colle son nez à la vitre d’une Cadillac flambant neuve, et l’homme qu’il porte en lui ne s’en remettra jamais. Ce type se qualifie volontiers d’historien, c'est-à-dire qu’il étudie les traces des habitudes de l’humanité, les guerres, les famines, la politique, ce combustible qu’est la cupidité. Ce que nous sommes, nos actes et nos réalisations pèsent aussi lourd et le plus souvent aussi discrètement que la gravité qui nous rive au sol. La tâche de l’historien consiste à étudier cette gravité invisible, à choisir des échantillons représentatifs du passé pour les examiner à la lumière du présent.
A travers chacun des journaux de ce roman (celui de Dalva, de Michael et des aïeuls, c'est vachement bien fichu), c’est l’histoire de l'Amérique et de l'éradication des indiens qui est au coeur du processus d'écriture. Le personnage de Dalva est la pièce maîtresse, le fil conducteur, qui mène à une autre dimension humaine : la mémoire.

Je dirais qu'il n'y a rien de trop dans ce roman, sauf peut-être quand Jim Harrison s'enflamme pour la vie sexuelle de nos héros : les femmes sont globalement insatisfaites, les hommes ne pensent qu'à ça. Fantasmes et clichés un peu énervants car je n'aime pas tenir le rôle du "voyeur" et, si je m'amuse des petites scènes corps à corps nus que JH nous concocte, je trouve le trait un peu forcé.

Difficile de dire combien ce roman est beau : émotions, nature, flore et faune, bisons et chevaux, voilà une lecture passionnée d'une histoire passionnante avec laquelle je viens d'avoir rendez-vous, un livre que l'on ne désire pas achever. Quitter Dalva c'est un peu se quitter soi-même.

Déjà lu de Jim Harrison : Sundog (Faux Soleil), ma critique ici.



Un site sur l'auteur en français : ici