Ce livre n'est pas un roman (
et n'est pas tout à fait semblable au film Out of Africa). Tout d'abord, ne vous attendez pas à y découvrir ses histoires de "coeur", car nulle mention de son mari ou de Denys Finch-Hatton
en tant qu'amant (
du coup je me demande : l'a t'il été ?), mais il est tout de même question de ce dernier à partir de la page 200 (sur 506).
Même si j'aurais préféré un récit chronologique que, personnellement, je trouve plus agréable à suivre, Karen Blixen passe en revue chaque souvenir qui lui tient à coeur, sautant d'une époque à une autre. Il en résulte une succession d'histoires indépendantes, reliées entre elles par le fil de sa mémoire. Chaque souvenir se comporte comme une perle que Karen enfile le long d'un collier imaginaire, le bijou de son destin. Considérant que les chapitres sont rassemblés de manière thématique, ceci entraîne le retour de certains souvenirs à plusieurs endroits, sans toutefois être agaçant, cela ressemble au monologue que tiendrait une vieille dame au coin d'un feu.
L'impression d'ensemble est très puissante ; pour tout dire, j'ai eu un grand plaisir à dévorer ce livre, tel un fauve. Ce qui se détache : la passion, l'amour de Karen pour l'Afrique et les Africains, ses chevaux, ses chiens (
des lévriers irlandais), la nature, les animaux, les plantes, les fleurs etc...
Avant de quitter l'Afrique, elle a vendu tout ce qu'elle possédait, la vaisselle, les meubles danois qu'elle avait apporté, comme si elle avait voulu repartir de zéro et ne conserver du passé que ses réminiscences.
J'ai regretté que ce livre ne nous fasse rien savoir de sa vie
intime : sa vie de femme, on sait qu'elle est mariée puisqu'elle évoque son mari (
sans le nommer d'ailleurs) : il reste donc semblable à une ombre insignifiante. Karen, qui arrive en Afrique dans la trentaine, et en repart vers la cinquantaine, semble avoir eu une vie de nonne. Cela me laisse perplexe.
Evidemment, j'aime beaucoup le style de Karen, mélange de sauvagerie et de précision, un chaud froid qui me ressemble.
P 70
J’écrivais dans la salle à manger au milieu des multiples feuilles qui jonchaient la table, car il me fallait aussi régler les comptes et les budgets, et répondre aux petites notes désespérées du contremaître. Mes gens me demandaient ce que je faisais, et quand ils apprirent que j’essayais d’écrire un livre, ils virent cela comme une ultime tentative de nous tirer d’affaire, et ils me demandèrent souvent comment j’avançais. Ils entraient et me contemplaient longuement, leurs têtes sombres se fondaient si bien avec les panneaux foncés de la salle à manger que, le soir, j’avais l’impression d’avoir pour seule compagnie de longues robes blanches suspendues au mur.
Pour en savoir plus, et comme recommandé dans la préface par le traducteur Alain Gnaedig, il me reste à découvrir ses
Lettres d'Afrique. Je vais prospecter pour me le procurer sans délai, car je suis tombée sous le charme de cette femme, de ce que fut sa vie et la ferme africaine ne dévoile pas tout de la dame.
Et voici, un extrait qui va longtemps m'accompagner, puisque je l'ai écrit sur mon carnet d'écriture...

J'ai trouvé des photos de la ferme africaine à Ngong sur un site personnel (
en anglais) mais vu le copyright, je n'ose les insérer ici même. Vous pouvez donc
découvrir sur ce lien cette magnifique propriété, n'hésitez pas à cliquer sur les nombreux liens du bas de page de ce site, il y a pas mal d'autres photos.