index des auteurs

Le voyage dans le passé - Stefan ZWEIG

Le Voyage dans le passé / Widerstand der Wirklichkeit< Grasset, édition bilingue, octobre 2008 100 pages en français.
Une nouvelle qui aurait été terminée en 1929, parue sous le titre "Widerstand der Wirklichkeit" (que l'on pourrait traduire par "Résistance à la réalité", Zweig a désiré le titre "Le voyage dans le passé" pour la version française et les éditeurs ont conservé).

Le sujet
Allemagne. Un homme et une femme amoureux séparés par la guerre en 1914 se retrouvent au bout de 10 ans. L'amour qu'ils ont éprouvé l'un pour l'autre existe encore, leur empressement à se revoir n'est pas feint, mais sous quelle forme existe-t-il ?

Le verbe
Chaque jour consumé dans le travail déposait quelques petites poussières de cendre sur son souvenir ; il rougeoyait encore, comme des braises sous le gril, mais finalement, la couche grise ne cessait de s'épaissir.
Mon complément
Mon amie Céline ne pouvait tomber mieux que de m'offrir cet auteur que j'admire et dont j'avais bien l'intention de lire le dernier opus sans tarder (je l'ai même tenu entre mes mains en librairie, je l'ai reposé en me disant que je reviendrais un autre jour...).

L'histoire maintenant. D'elle nous ne saurons rien que la voix que Zweig nous laisse entendre à travers la pensée de l'homme : Louis. Nous ne saurons même pas son prénom. Nous saurons que c'est une femme aimante, tour à tour enthousiaste et chaleureuse, puis prudente et inquiète.

De lui, nous saurons tout de son long voyage dans le passé de son amour. Envoyé pour 2 ans au Mexique pour exploiter du minerai, ils s'écrivent chaque jour, mais au moment du retour, il lui est impossible de quitter le pays : la guerre vient de se déclarer en Europe. Ils se perdent de vue, plus de lettres... Lorsque la guerre s'achève, il retrouve sa trace et ils reprennent leur correspondance. Entre temps, il s'est marié, a eu 2 enfants. Son mari a elle est mort, son petit garçon a survécu à la guerre.
Et du passé, de cet incendie de sa jeunesse, dans lequel ses nuits, ses journées s'étaient douloureusement consumées, ne parvenait plus qu'une lueur, une silencieuse et bonne lumière d'amitié, sans exigence ni péril.
Lorsque l'occasion se présente de retourner en Europe, il décide de la revoir. Dans le train qui les emporte vers leur destination, il se souvient de sa lente fusion émotionnelle envers l'épouse de son employeur. Il se souvient aussi de son ascension sociale : pauvre, il devint professeur avant de se voir confier l'entreprise au Mexique, lui assurant ainsi une notoriété.

Maintenant que reste-t-il de ses sentiments ? Il veut croire à la réalisation de son amour : il la veut enfin pour lui, sans compromis, sans honte.
Être loin, être seul avec elle, l'unique, enveloppés par l'obscurité, sous un toit, sentir sa respiration, se noyer dans son regard pour la première fois depuis dix ans sans être épié, sans être dérangé, jouir pleinement de cet isolement, qu'il avait imaginé dans d'innombrables rêves et qui étaient déjà presque charriés au loin par cette vague humaine, tourbillonnement, faite de cris et de pas, qui ne cessait de se renouveler.
Mais leurs retrouvailles se passent dans une ville où manifestent des fascistes, il ressent la haine, il se sent mal à l'aise, dans le même temps, il comprend la distance qui s'est creusée entre eux. Elle lui dit qu'elle a vieilli, je pense qu'elle ne se voit pas du tout coucher avec lui, elle a honte, peut-être honte de son corps, elle ne désire pas du tout se montrer nue (mais Zweig n'en parle pas). Elle s'efforce de se montrer cordiale et attentionnée, mais pour elle, il n'y a plus d'effusion possible. Il le comprend enfin.
Ils ne croisaient personne, seules leurs ombres glissaient en silence devant eux. Et chaque fois qu'un réverbère éclairait leurs silhouettes à l'oblique, leurs ombres se mêlaient, comme si elles s'embrassaient ; elles s'allongeaient, comme aspirées l'une vers l'autre, deux corps formant une même silhouette, se détachaient encore, pour s'étreindre à nouveau, tandis qu'eux-mêmes marchaient, las et distants.
Il comprend enfin que le temps a passé, que le présent lui révèle qu'il est inutile de ranimer ce qui est mort.

Et comme d'habitude, je suis sous l'émotion du style de Stefan Zweig, comme me disait un ancien lecteur de mon blog : Zweig, TON auteur. J'en rougissais devant mon écran, comme quoi je suis un peu fofolle quand même. Lorsque je me suis rendue compte que je n'étais pas la seule à aimer Zweig, que d'autres avaient même lu toute sa production, j'en ai éprouvé une sorte de "jalousie", comme s'il m'appartenait, c'est idiot je sais, mais c'est un constat de mon état d'esprit, rien de plus.

Je suis donc encore intimidée à l'idée d'avoir pu lire cette petite nouvelle, d'avoir rejoint MON auteur grâce au voyage dans le passé, même si j'ai trouvé le récit un peu trop court à mon goût car j'aurais bien aimé lire la version de cette histoire du point de vue de la dame...

5 commentaires:

Florinette a dit…

Mmmmm je sens déjà que ce livre va beaucoup me plaire !
Bon mercredi Wictoria !

dasola a dit…

Bonsoir, je suis d'accord qu'avoir le même récit du côté de la femme aurait été intéressant si ce n'est que quand elle le rencontre, elle est déjà mariée et mère de famille. Elle mène une vie rangée. Elle doit mener une vie un peu terne. C'est lui qui s'en va et qui revient. Elle n'a pas quitté l'Allemagne. Elle n'a fait que l'attendre et c'est tout. Belle et courte nouvelle à lire. Le texte allemand à la suite est une bonne idée. (Billet du 17/12/08) Bonne soirée.

Anna Blume a dit…

C'est encore un texte fabuleux de Sweig. Il faut le lire !

Karine :) a dit…

Il m'a beaucoup plu, ce livre...mais bon quand c'est Zweig, je suis vendue d'avance!

Malice a dit…

Je viens de terminer cette nouvelle. Je n'ai pas été aussi sous le charme que toi. En tout cas,ton billet est très touchant :-)

Enregistrer un commentaire

les commentaires sont les bienvenus s'ils concernent le livre commenté ; j'ai activé la vérification des mots (désolée mais je reçois vraiment trop de "spam") ainsi que la modération des commentaires avant leur publication sur le site.