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Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie - Yoko OGAWA

suivi de Un thé qui ne refroidit pas
deux récits traduits du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
un livre aux éditions Actes sud (collection poche Babel)
105 pages

1) Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie
titre original : "yugure no kyushokushitsu to ame no puru" (1991)

Le sujet
Fraîchement emménagée, une jeune femme reçoit la visite impromptue d'un homme accompagné de son fils de 3 ans et demi. Sur le pas de la porte, puis dans d'autres occasions peut-être hasardeuses, ils échangent des impressions sur la tristesse, ce qui motive celle-ci, les circonstances ou la réminiscence de la mémoire.

Le verbe
- Vous ne souffrez pas de détresse ?
Au moment où l'homme a prononcé ces mots, j'ai pensé qu'il devait appartenir à une secte. ces gens-là m'embarrassent à chaque fois, car ils choisissent souvent des jours où le temps est pourri et en plus ils viennent avec des enfants.
Mais ils ne dégageaient pas la même impression que les marchants de religion que j'avais rencontrés jusqu'alors. D'ailleurs il flottait autour d'eux une atmosphère particulière qui ne cadrait pas avec celle de n'importe quel représentant de commerce, fût-ce un vendeur de religion.
Tout d'abord, ils avaient les mains vides. (p.14)

2) Un thé qui ne refroidit pas
titre original : "Samenai kocha" (1990)

Le sujet
Lors de l'enterrement d'un ancien camarade de classe, une jeune femme retrouve un ami d'école. Celui-ci vit avec la bibliothécaire de leur ancienne école. Cette rencontre bouleverse ses habitudes. A leur contact, elle va entreprendre une remise en ordre dans ses affaires. Au point de se perdre peut-être.

Le verbe
Pendant ces dix dernières années, ce garçon n'avait été présent que dans mon souvenir. Il n'y a rien d'organique dans la mémoire. Et il est très difficile d'y effacer le souvenir d'une personne en particulier. Même si la mémoire est personnelle, il est impossible, volontairement, d'y mettre de l'ordre en brûlant ou en jetant certains souvenirs. C'est pourquoi, malgré sa mort, je m'en souvenais encore. L'obscurité de la nuit, les sanglots, le froissement des vêtements de deuil, tout cela était lié au froid. J'ai sorti un mouchoir de mon sac à main pour en couvrir mes lèvres glacées. (p.56)
Mon complément
Parler de Yoko Ogawa m'est difficile. Lire Ogawa me plonge comme en moi-même. Cela peut certainement sembler prétentieux. Ce n'est que la vérité.

Lire Ogawa, c'est comme se régaler d'une pâtisserie sophistiquée comme celles de Pierre Hermé :

impeccable à l'extérieur, paraissant si simple, mais pourtant travaillé en dedans, composé d'une matière fragile, de couches subtiles, qui font un ensemble harmonieux. Je suis donc accro aux friandises de Yoko, mon cerveau y puise ses endomorphines.

Dans le premier récit, l'homme repense aux années où il ne savait pas nager, et qu'il devait se débattre avec sa peur de l'eau. J'ai vécu cela moi aussi ! L'horreur, à l'état pur. Au point qu'encore aujourd'hui, alors que je sais nager, j'ai encore la trouille d'entrer dans une piscine, l'odeur de chlore qui m'assaille me révulse l'estomac, en me ramenant à cette époque où j'avais l'estomac souffrant durant toutes les séances de natation de mes années de primaire.

Dans le second récit, la femme se souvient de la mort, particulièrement du jour où elle fut envoyée à la pharmacie chercher un flacon d'alcool pour nettoyer le corps de son grand-père qui venait de mourir. Là, elle reste subjuguée par les maquettes de corps humains représentant le corps, les vaisseaux, les organes, le cerveau coupé en deux. Le fait de cotoyer ses amis qui lui semblent parfaits, recevant bien, servant un thé qui malgré le temps qui passe en leur compagnie ne refroidit même pas, elle prend conscience de son trouble. Elle se met à faire le "ménage". Elle retrouve même un livre emprunté à la bibliothèque 10 ans auparavant qu'elle n'avait pas rendu. Elle le rapporte, et apprend que tout à brûlé. Que son livre est le seul rescapé de cette époque.

Les deux récits symbolisent tout ce qui fait ressurgir l'inconscient. Les rencontres que font les personnages ressemblent à des fantômes, des êtres surgis de nulle part mais ayant une certaine intéraction avec la réalité. Après ses rencontres déterminantes, rien ne peut être "comme avant", nos personnages se réveillent, en quelque sorte, ou plongent dans une autre réalité. Difficile de conclure simplement, mais cela ne me déplait pas du tout ; au contraire, nous pouvons nous offrir notre propre version des épilogues, ce qui participe au mystère de la création de l'auteure.

2 commentaires:

Malice a dit…

Auteur lu il y a assez longtemps.
Univers étrange et envoutant voilà ce son mes impressions de lecture de cet auteur. J'ai lu Piscine, les abeilles et Grossesse et l'annulaire aussi.

Wictoria a dit…

je me promets de lire ce bouquin bientôt !

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