index des auteurs

Augustus Carp - Sir Henry Howard BASHFORD


Le livre
  • Titre de couverture : Augustus Carp (Augustus Carp Esq. par lui-même ou L'autobiographie d'un authentique honnête homme)
  • Titre original : Augustus Carp Esq. by himself
  • 1924
  • Traduit de l'anglais par Éric Weissberge
  • Préface par Anthony Burgess
  • Editeur : Phébus / Libretto
  • 210 pages
Le sujet
Angleterre, début du XXème siècle. Augustus Carp est l'antithèse de ce que l'on pourrait considérer comme un parfait gentilhomme : prétentieux, fat, suffisant, phallocrate, aucun adjectif ne manque à son actif d'homme à claquer, pour le plus grand plaisir du lecteur puisque notre héros a décidé de nous confier rien moins que sa brillante autobiographie.

Le verbe
Mais nous n'étions pas confinés à des distractions terrestres au bord de la mer et nous adonnions fréquemment, pendant peut-être un quart d'heure, à la pratique délicieuse de l'immersion pédestre. Le développement intégral de l'art natatoire nous était, bien sûr, totalement interdit pour raisons médicales ; nous trouvions néanmoins cette occupation fort hilarante et même des plus excitantes. Et je me souviens qu'au moins en deux occasions, par inadvertance passagère, nos pantalons retroussés furent partiellement submergés. Une vive retraite à la maison, toutefois, ainsi qu'une tasse de lait chaud et un prompt alitement suffirent dans chaque cas à nous prémunir contre toute suite fâcheuse. (p.63 - où, pour éviter d'attraper un rhume, Augustus Carp et son père courent se mettre au lit après avoir pris un bain de pieds !
Mon complément
Un livre trouvé par hasard dans la librairie Delamain. Je n'avais jamais entendu parler de ce livre, dans ce cas là, qu'est-ce qui motive ? Le titre ? Assurément. Le nom de l'auteur ? Inconnu. La couverture ? Nenni. Allons avoue ! Ce livre est mince, oui, mais aussi, je lis en 4ème de couverture l'expression "Tout à fait réjouissant." Et c'est ce qui me fait l'emporter.

Depuis les pièces de théâtre de Molière, je n'ai jamais lu un livre de ce genre : où le héros est une sorte de Tartuffe, bourré de principes, engoncé dans une vertigineuse capacité à ne rien faire d'héroïque. Je confirme, c'est une histoire tout à fait réjouissante, qui m'a d'ailleurs fait rire à maintes reprises.

L'auteur est d'une imagination sans bornes pour ce qui consiste à faire passer notre héros pour un balourd, au propre comme au figuré puisque ce cher Augustus est légèrement enveloppé. En tout cas, pour un gars à qui il faudra bien tôt ou tard donner une belle leçon.

Augustus Carp est un énergumène qui s'évertue à réprimer les besoins de ses semblables qui désirent boire, fumer, danser : le soir venu, il passe son temps à distribuer des tacts et distiller le voeu d'abstinence. Il est une sorte d'oeuvre condensée de ce que je supporte pas : imbu de lui même, il traite sa mère comme une "bonne à tout faire" et ne semble respecter que ses propres béatitudes. Le contraire du personnage de John Irving dans Une prière pour Owen. Je me suis bien amusée lorsqu'il se prend une cuite mémorable avec l'aide de la régalade portugaise (du Porto) fournie en belle quantité par une implacable Nemesis. Car bien sûr, il y a un retour de bâton, sinon le comique serait beaucoup moins réussi.

Mention spéciale et particulière au traducteur qui nous plonge avec délices dans cette superbe pantalonnade en utilisant tout ce qu'il faut pour nous faire oublier notre incapacité à lire en VO ; pour ma part, je n'ai pas vu de maladroites répétitions (que je traque sans pitié).

Mon passage préféré, qui m'a presque fait pisser de rire car je sais me (re)tenir :
...j'étais loin de penser, alors que je tâtonnais pour trouver la porte, que je n'avais pas encore abordé la dernière station de mon chemin de croix. Car, à peine arrivé à la grille du jardin de Mon repos, plutôt en meilleure forme que je ne l'escomptais, j'aperçus un tramway, surchargé à la limite de sa capacité légale, qui s'en approchait en cahotant sur les rails. Un seul coup d'oeil au véhicule gorgé de femelles et dont les flancs étaient distendus par les bagages suffit à me paralyser d'horreur, quoique moins pour mon compte personnel que pour celui de mon père, qui était debout sur le pas de la porte, pétrifié. Il poussa un cri du pathos le plus extrême et, tandis que les huits soeurs de ma mère mettaient pied à terre, tomba à plat ventre sur l'allée du jardin pour ne plus jamais se relever.
C'en était trop pour moi aussi. Ebranlé au plus profond de mes fondations intimes, je tournai le dos à cette marée inexorable de femelles parlant gaélique et m'effondrai au côté de mon père, mais tête-bêche. (p.205 - Où les 8 tantes que son père avait exilées au pays de Galle, reviennent à Londres)
Avouons le : voilà ce qui s'appelle le comique de situation, ou encore la deadpan comedy -in english in the text. Un mot sur l'auteur mystérieux (dont j'ai eu un mal fou à trouver une photo) : Sir Henry Howarth Bashford (1880-1961) était avant tout médecin, et publia anonymement ce roman satirique qui brosse avec une jubilatoire férocité la mentalité de ses contemporains. Tout ceci ne peut que me le rendre encore plus sympatique !

8 commentaires:

Lune a dit…

Je note ce phébus libretto car une "jubilatoire férocité" et le rire qui ressort de ce que tu écris ont titillé ma curiosité :)

Isil a dit…

Je note! Je ne connaissais pas du tout.

Lou a dit…

Il me tente de puis très longtemps, enfin, deux ans disons (relativisons)... depuis le temps que je le contemple en librairie en hésitant à l'acheter !

Wictoria a dit…

@ vous toutes :
C'est une vraie jolie surprise qui change des lectures plus "normalisées" (et parfois banales...) :)

Anonyme a dit…

Je l'ai dévoré et suis désespérement à la recherche d'un équivalent (même époque, même style). Wictoria, si vous avez des idées...
Constance

Wictoria a dit…

Bonsoir Constance, hélas, je n'ai rien en rayon à vous conseiller, sauf, dans une certaine mesure, les romans de Jane Austen, et "Emma", plus particulièrement que je suis en train de lire et qui recèle des trésors d'autodérision, et de descriptions amusantes de la bonne société de l'époque, j'en reparlerai dès que possible, peut-être d'autres parmi les 2 autres romans qui me restent à découvrir...
A suivre !

dasola a dit…

Bonjour, je ne connais pas tout. Je note. En revanche, j'aime beaucoup la Librairie Delamain (en face de la Comédie Française). Elle fleure bon l'antique avec ces livres qui sont rangés dans des étagères jusqu'au plafond. Bonne après-midi.

Wictoria a dit…

@Dasola :
de plus, les libraires sont très disponibles et aimables !

Enregistrer un commentaire

les commentaires sont les bienvenus s'ils concernent le livre commenté ; j'ai activé la vérification des mots (désolée mais je reçois vraiment trop de "spam") ainsi que la modération des commentaires avant leur publication sur le site.