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La piscine - Les abeilles - La grossesse - Yoko OGAWA

Le livre
3 nouvelles
Editions Actes Sud - série Babel (1998)
Traduction par Rose-Marie Makino-Fayolle

1/ La piscine
Titre original : Diving pool (1990), 57 pages

Le sujet

Aya-chan, une jeune lycéenne habite dans un institut qui accueille des enfants, orphelins, abandonnés, maltraités. Elle souffre de voir ses parents s'intéresser à d'autres enfants et trouve refuge dans une sorte d'obsession mentale. Elle passe son temps libre à la piscine, à observer les muscles de Jun, un jeune garçon pensionnaire de l'institut, lorsque celui-ci s'entraîne aux plongeons. Un jour, elle découvre une nouvelle jouissance : faire souffrir la jeune Rie.

Le verbe
Tout en jouant avec la terre, Rie venait me voir à intervalles réguliers, toutes les deux ou trois minutes, pour que je lui nettoie les mains. Cette régularité toute simple me conduisait progressivement vers un sentiment impitoyable. Ce n'était pas désagréable au point d'en éprouver de l'irritation, car il m'apportait même une sorte de bien-être secret. Ces derniers temps, il m'arrivait souvent d'être la proie de ce "sentiment de cruauté". (p.34)
2/ Les abeilles
Titre original : Dormitory (1991), 62 pages

Le sujet
Une jeune femme aide son jeune cousin perdu de vue depuis 15 ans à s'installer dans son ancienne résidence universitaire. Celle-ci est toujours habitée par le propriétaire, un homme unijambiste amputé des deux bras.

Le verbe
Cette année-là, le printemps fut très nuageux. Le ciel semblait recouvert d'un verre dépoli réfrigérant. Les balançoires du jardin public, le massif de fleurs de la place de la gare qui représentait une pendule et les bicyclettes dans le garage étaient prisonniers d'une lumière blafarde. Jour après jour, la ville n'arrivait pas à se libérer de l'emprise de l'hiver. (p.80)
3/ La grossesse
Titre original : Ninshin calendar (1991), 58 pages

Le sujet
Une jeune femme observe sa soeur enceinte ; celle-ci commence par avoir des nausées telles qu'elle ne peut rien avaler. A compter du jour où la future mère porte son premier vêtement de grossesse, le dégoût de la nourriture cesse.

Le verbe
Je croyais entendre le bruit de la pluie fine qui mouillait la nuit. Le bébé était accroché dans le rétrécissement du haricot. C'était une ombre fragile qui, si le vent avait soufflé, aurait pu s'enfoncer en tourbillonnant au plus profond de la nuit.
- Voici donc l'origine de mes nausées. (p.150)
Mon complément
J'ai reçu ce livre reçu dans le cadre du wabi-sabi swap de la part de Fayoun.

Dans chacune de ces nouvelles, le héros se sent "aspiré" : par un événement, une pulsion incontrôlable, une zone interdite, un sentiment oppressant et inexplicable. Nous ne sommes pas loin d'une "twilight zone", ce qui n'est pas pour me déplaire.


Mon complément pour "La piscine"

Une nouvelle glaçante en compagnie de cette pauvre fille désorientée, abandonnée à sa solitude au milieu de la multitude d'enfants défavorisés que ses parents recueillent et éduquent. Jun est tout son horizon, le seul être avec lequel elle peut partager des instants précieux, une sorte de fusion émotionnelle. Sa rage se déporte sur Rie, une petite victime innocente, qui lui ressemble. A travers la petite Rie, c'est elle-même qui enfin peut pleurer, elle qui s'estime incapable de sentiments. Même dans cette nouvelle pour le moins lourde, j'ai eu plaisir à retrouver Yôkô Ogawa, dont la plume cisèle avec élégance les instants les plus vils de nos existences.


Mon complément pour "Les abeilles"
Dans cette nouvelle, l'héroïne est incapable d'empêcher son cousin de s'inscruter (littéralement) dans cette étrange demeure qu'est devenue la résidence universitaire dont elle garde une étrange appréhension. Une fois son cousin installé, elle lui rend régulièrement visite, ainsi qu'au directeur-propriétaire, en apportant des pâtisseries qu'ils dégustent ensemble. Lorsque celui-ci s'affaiblit, elle devient sa garde-malade, et finit par découvrir que la résidence n'a plus aucun étudiant, hormis son cousin qui reste par ailleurs bizarrement introuvable.


Mon complément pour "La grossesse"
Nous assistons à une sorte de dissection des observations d'une femme sur la grossesse de sa soeur. De nombreuses allusions aux chromosomes. Le futur enfant est assimilé à une énigme, il est complètement sans substance bien que présent au travers de fluides translucides : le gel de l'échographie, les oeufs frits dans la poêle, la confiture de pamplemousse. La mère comme la future tante se montrent incapable d'imaginer le petit être à venir mais imagine plutôt un monstre. Une sorte de grossesse nerveuse en quelque sorte...

Une petite synthèse...

Notons des petites choses remarquées chez Ogawa : les mets ne sont forcément japonais, nos personnages mangent de la "blanquette", des oeufs au bacon, et pas forcément de sushis... J'ai également noté des thèmes récurrents : l'eau, la brume, la pluie, la neige, les symboles de la purification, le fluide, les transparences, les dégoûts, les analyses de sentiments les plus intimes, les récits à la première personne, la biologie, le corps humain, les cellules, le cerveau.

Le mot du dictionnaire : dans la Grossesse, le "sphygmomanometre" est un appareil utilisé pour mesurer la pression artérielle, tensiomètre.

4 commentaires:

sylvie a dit…

je découvre ce coin de blog qui a l'air très riche et me plait bien. Le hasard veut que je tombe sur ce post qui m'intéresse. j'aime les nouvelles, et je lis systématiquement les textes sur la grossesse quand je les rencontre...
je note donc, à peine arrivée!

La Nymphette a dit…

Bonjour,

C'est l'un de mes livres cultes. Pour cette raison: http://livres-tendresse.blogspirit.com/archive/2006/10/20/les-abeilles-d-ogawa-yoko.html#comments
(ancien blog)

Je l'ai racheté juste pour l'avoir chez moi!

Wictoria a dit…

Sylvie
J'aime également les nouvelles : elles permettent une certaine liberté, et obligent à une certaine dose de synthèse qui est pour me plaire. Les romans "fleuve" doivent pour moi avoir un super style ou au moins une histoire accrochante pour me garder jusqu'au bout sans m'ennuyer :)

Wictoria a dit…

La Nymphette
je comprends ton désir de posséder les livres qui te plaisent, pour ma part, j'ai bien l'intention de me constituer dans ma bibliothèque un coin "Ogawa" :)

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