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Tristes revanches - Yoko OGAWA


Le livre
Titre original : Kamokuna shigai, Midarana Tomurai
1998
Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
Préface par Anthony Burgess
Editeur : Actes Sud / Babel
245 pages

Le sujet
11 nouvelles, à la frontière du temps, du rêve, du fantastique, de l'anormal. Un personnage, un objet, une allusion, glissent d'une histoire à l'autre, dans le désorde, tissant une toile subtile.

1. Un Après-midi à la pâtisserie
Une femme entre dans une patisserie pour acheter deux fraisiers, pour elle et en souvenir de son petit garçon mort à 6 ans ; en attendant de se faire servir, elle observe la jeune apprentie patissière qui pleure au téléphone. Et elle pense à son petit garçon, qu'elle a retrouvé asphyxié après qu'il eut été enfermé par accident dans un lourd réfrigérateur industriel abandonné dans une décharge.

2. Jus de fruit
Une étudiante demande à un ami de l'accompagner à un déjeuner avec un homme qu'elle rencontre pour la première fois : son père. Après le repas, les deux jeunes gens marchent un peu et s'assoient sur les marches d'une maison abandonnée un peu à l'écart de la ville, ils y pénètrent et découvrent un gros tas de kiwis.

3. La Vieille femme J.
Une écrivaine observe sa logeuse, une vieille femme qui cultive patiemment un petit potager situé au centre de leur immeuble. Le potager produit des carottes en forme de main.

4. L'Esprit du sommeil
Un fils se rend à l'enterrement de sa mère adoptive, le train est bloqué par la neige, il se souvient des quelques années où ils ont vécus ensemble, lorsqu'ils sont allées au zoo, sa mère était une une écrivaine dont il collectionne tous les livres, il conserve un article de journal dans lequelle sa mère pose à côté d'une vieille femme qui tient dans sa main une carotte qui semble posséder 5 doigts. Dans le train, sous la direction de leur accompagnateur, les enfants d'une chorale entonnent soudain "L'esprit du sommeil" de Brams.

5. Blouse blanches
Le professeur Y., un chirurgien, est bloqué dans un train à cause de la neige. Lorsqu'ils se retrouvent, sa maîtresse, folle de rage car elle a appris que l'épouse de son amant attend un enfant, décide de l'assassiner.

6. Faufilage d'un cœur
Une danseuse a une malformation cardiaque, elle demande à une couturière réputée par son savoir-faire, de lui fabriquer un sac qui contiendra et protégègera son coeur qui se trouve à l'extérieur de sa poitrine. La couturière a un hamster ; lorsqu'il meurt, elle le jette dans une poubelle de fast food. Peu après, la danseuse explique à la couturière qu'elle n'a plus besoin de son petit sac : elle est sur le point de subir une intervention chirurgicale par le professeur Y.

7. Bienvenue au musée des Supplices
Une apprentie coiffeuse qui habite dans le même immeuble que le professeur Y. et qu'une danseuse, tous deux morts dans d'étranges circonstances, est interrogée par la police au cas où elle aurait remarqué quelque chose. En effet, le professeur a été retouvé la gorge presque arrachée, et la danseuse, le coeur arraché de sa poitrine. Elle raconte son interrogatoire à son fiancé qui finit par l'abandonner. Désemparée, elle sort se promener, passe devant la patisserie qui vend de très beaux fraisiers, observe un hamster mort dans la poubelle d'un fast food, et se retrouve à visiter un étrange musée dédié à des instruments et objets de tortures. Le gardien est un homme d'un certain âge portant un noeud papillon.

8. L'Homme qui vendait des corsets
Le gardien du musée des Supplices est accusé d'avoir abusé une jeune coiffeuse. Il est démis de ses fonctions. Le musée ferme, il vivote dans un "capharnaüm" rempli de tous les objets de son ancien musée. Son neveu lui rend visite, le vieil oncle mourant lui offre un étrange manteau de fourrure car dehors, il commence à faire froid, il neige.

9. Les derniers instants du tigre du Bengale
Sur un pont, un camion sort de sa trajectoire, le conducteur est broyé dans sa cabine, des tomates jonchent la route. L'épouse du professeur Y. est décidée à affronter la maîtresse de son mari, elle se perd. Elle trouve une maison (le musée des Supplices) et dans la cour, un vieil homme est en train de carresser un tigre. Elle leur tient compagnie jusqu'à ce que le tigre meurt.

10. Les tomates et la pleine lune
Un journaliste réside quelques jours dans un bel hotel dont il doit faire un reportage pour un magazine. Il croise une étrange femme qui serre contre elle un petit paquet et qui offre au cuisiner un gros panier de tomates qu'elle a trouvée sur la route. Elle lui tient compagnie et lui raconte qu'il ressemble à l'homme qui lui a sauvé la vie, 30 auparavant, lorsque elle et sons fils, son beau-fils, s'étaient perdus en revenant du zoo. Elle lui explique qu'elle est écrivain, et qu'ele ne veut plus se séparar de son dernier manuscrit, de peur qu'ils ne lui soient volés...

11. Herbes vénéneuses
Une vieille dame finance les études musicales d'un jeune homme qui, en échange, devient son homme de compagnie chaque samedi, son lecteur. Car elle est subjuguée par sa voix et lui demande de lui lire des histoires, n'importe quoi. Le jour où elle refuse qu'il déplace leur jour de rendez-vous, il décide de ne plus venir. Décontenancée par cette nouvelle situation, la dame sort faire un tour, tombe, se retrouve dans une sorte de déchetterie, trouve un réfrigérateur, ouvre la lourde porte et voit la mort.

Le verbe
Le style n'avait rien de particulier. Il n'y avait pas de personnages sortant de l'ordinaire, ni de scènes entièrement nouvelles. Simplement, sous les mots de cette histoire passait un courant froid dans lequel je plongeais sans arrêt mon coeur pour le rafraîchir. (p.222, où Yoko critique elle-même sa prose, dans une sorte de mise en abyme, je ne pourrais mieux dire ce que je ressens moi-même !
Mon complément
Ogawa est désarmante : elle creuse lentement son univers, à coup de prose coupante comme un scalpel, elle frappe chirurgicalement, l'air de rien, une langue bien rouge par ici, un endoscope par là, des mains tranchées, des coeurs arrachés, des pourritures douces amères, des envies, des aspirations... Yoko nous enfonce dans son univers, parfois trouble... sexualité, ou sensualité (car Yoko n'écrit pas, à proprement parler, de la littérature érotique, mais certains passages ne laissent pas de doute : les héros ou héroïnes ont une vie charnelle, ne serait-ce que dans leur esprit.
Le temps passe, s'évade de son carcan.
Les vies passent et reviennent. Tout se mélange, le passé, le présent. La ligne du temps oscille comme une toile d'araignée où se promène une mouche.
La ligne de fuite est bien là. Et j'aime m'y perdre.
En dessert et pour les yeux : un fraisier, le dessert récurrent qui fait son apparition dans plusieurs nouvelles de ce récit.


Et, pour changer des fraises, je vous offre une "cerise sur le gâteau" : mon interprétation des détails qui transitent d'une histoire à l'autre (ceci n'intéressera que ceux qui ont lu le livre et qui, comme moi, sont légèrement "foldingos ", il n'y a peut-être pas grand monde au fond, mais comme je me suis amusée à dresser cet inventaire, je ne voulais pas le garder pour moi toute seule) :

  • j'ai repéré chaque objet ou personnage cités dans plusieurs récits, et entre parenthèse les numéros des nouvelles qui les intégre

a- le fraisier (1,2,7)
b-la patissière qui pleure au téléphone (1,4)
c- la place, l'horloge mécanique et les pigeons (1,6)
d- l'enfant de 6 ans mort dans le réfrigérateur (1,11)
e- la vieille dame égarée
(1,11)
f- les kiwis et le bureau de poste abandonné (2,3)
g- le député, père de la patissière (2,4)

h- l'écrivaine (1,3,4,10)
i- la vieille femme J. (3,4,10)
j- le potager et les carottes en forme de main (3,4)
k- l'article du journal de la vieille J et de l'écrivaine
(3,4)
l- le fils adoptif de l'écrivaine (4,10)
m- le train retardé par la neige (4,5)
n- la visite au zoo de l'écrivaine et du fils adoptif (4,10)
o- le chant choral "l'esprit du sommeil" (4,11)
p- les livres de l'écrivaine
(4,10,11)
q- le professeur Y. (5,6,7,9)
r- la maîtresse du professeur Y.
(5,9)
s- la danseuse à la malformation cardiaque (6,7)
t- le hamster
(6,7)
u- le musée des Supplices (7,9)
v- la petite coiffeuse (7,8)
w- le gardien du musée (7,8,9)
x- le tigre
(8,9)
y- le camion renversé, le conducteur écrasé et les tomates répandues(3,9,10)

That's all folks !!! (mais je crois que j'en ai oublié !)

11 commentaires:

Theoma a dit…

Magnifique billet ! J'aimerais bcp découvrir cette auteur que je vois souvent en librairie. Mais j'ai souvent de la peine d'entrer dans des nouvelles.

Fanyoun a dit…

Il faut absolument que je découvre Ogawa. Tu as l'air tellement comblée à chacun de ses livres. Je vais m'y mettre :-)

Wictoria a dit…

pour choisir une histoire de Ogawa qui pourrait vous plaire, je vous invite à parcourir le site que je consacre à ses livres

sylvie a dit…

Bonjour Wictoria, tout comme Theoma et Fanyoun tu me donnes envie de découvrir cet auteur.
"Tristes revanches" peut être considéré comme de la littérature fantastique ? à priori oui ce qui serait parfait pour mon nouveau défi. j'attends ta confirmation :)

sylvie a dit…

J'ai oublié....ton billet est superbe tout comme la photo :)

Wictoria a dit…

oui Sylvie, je considère certains récits de Ogawa sont "fantastiques" et donc que tu peux y puiser un titre pour ton challenge.
Tu peux prendre Tristes revanches qui met en scène des fantômes (c'est fantastique n'est-ce pas ?) ou encore La petite pièce hexagonale : un tout petit livre, qui parle d'une mystérieuse chambre où l'on se rend pour "déposer son fardeau" et en ressortir tout revigoré...

sylvie a dit…

Merci pour ta réponse Wictoria :) c'est dit je vais découvrir cet auteur sous peu...depuis le temps que je lis tes superbes billets sur Ogawa j'ai hâte de la lire....Plusieurs livres d'elle sont dispos à la médiathèque, j'ai bien de la chance!!!!
@ bientôt!

calypso a dit…

Super recueil, très original. J'ai beaucoup aimé. Ton billet est top !

Wictoria a dit…

Calypso : je progresse dans ma découverte d'Ogawa, je lis dans le désordre mais l'important pour moi est de tout découvrir...

Anassete a dit…

Je viens de tomber sur ton billet grâce à Babelio. J'arrive un peu tard sur ton billet mais je voulais juste te dire que ton inventaire en fin d'article n’est pas digne d'un "foldingos", c’est justement ça qui fait une partie de la force de ce recueil ! On le lit presque comme un de ces romans grâce à ces différentes références. J'ai lié ton article sur mon article de Tristes revanches. L'inventaire mérite d'être montré à d'autres !

- Une lectrice qui se perd dans Ogawa.

Wictoria a dit…

merci Anassete, ton passage me permet de me relire, et d'y retrouver le plaisir de la lecture que j'ai pu avoir.
Je te conseille la consultation de mon site consacré à Ogawa :
http://yokoogawa.blogspot.com/

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