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L'annulaire - Yoko OGAWA


Le livre
Editeur : Actes sud (collection poche Babel)
95 pages
Titre original : Kusuriyubi no hyōhon
traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle

Le sujet

Une jeune ouvrière de 21 ans quitte son village et la fabrique de limonade dans laquelle elle a laissé un tout petit morceau de son annulaire, tombé dans une cuve de limonade ou disparu dans le désinfectant. Dès son arrivée en ville, elle trouve un emploi d'assistante-réceptionniste dans une sorte de laboratoire de spécimens où officie le docteur Deshimaru dont elle ne tarde pas à devenir la maîtresse. Le jour où celui-ci invite une cliente dans le laboratoire jusque là zone interdite, la jeune femme, jalouse, tente d'y pénétrer à son tour.

Le verbe

- Quand allez-vous lui rendre ces champignons ?
- Je ne les rends pas. Tous les spécimens sont rangés et conservés par nos soins. C'est la règle. Bien sûr, nos clients peuvent venir leur rendre visite quand ils le désirent. Mais la plupart des gens ne reviennent jamais ici. C'est le cas de la jeune fille aux champignons. Parce que le sens de ces spécimens est d'enfermer, séparer et achever. Personne n'apporte d'objets pour s'en souvenir encore et encore avec nostalgie. (p.23)

Mon complément :
Là encore, il s'agit d'une histoire mystérieuse, dérangeante, pour ne pas dire, troublante. Car comment qualifier cette relation pour le moins charnelle autour d'un bout de corps manquant, justement. Notre héroïne se laisse engloutir dans un univers qui semble comme dans une bulle de réalité. Elle s'adapte à ce nouvel emploi sans trop se poser de questions : des gens viennent se débarrasser de souvenirs, de traces d'une épreuve qu'il faut laisser derrière soi comme un serpent abandonne sa mue. A partir du jour où Deshimaru lui offre de magnifiques chaussures en cuir, elle se met à ses pieds, littéralement, elle devient sa chose, tout en remarquant chez lui un détachement qu'elle n'explique pas et qui la consumme.

Je retrouve le thème de la machine à écrire japonaise (déjà découvert dans La mer, dans le récit intitulé "Le bureau de dactylographie japonaise Butterfly" ; cette machine spéciale est longuement décrite au moment où la casse se répand par terre et que notre jeune femme passe la nuit à ramasser sous l'oeil imperturbable de Deshimaru, dans une ambiance pesante
Les sons tiennent également un belle place, comme dans le récit d'Amours en marge.
Cela avait dû faire un bruit effrayant, mais tout était calme au fond de mon oreille. (p.71)
Il est d'ailleurs question de réaliser le spécimen d'une partition, et le docteur Deshimaru trouvera vraiment une solution pour tout !
Le monde de Yoko est une sorte de zone de transition entre le monde réel et celui de nos fantasmes. Les personnages lèvent un rideau et basculent dans une réalité parallèle qui déborde de leurs convoitises.
J'ai très envie de raconter la fin, mais je ne le ferai pas !

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4 commentaires:

Dominique a dit…

Un auteur que j'apprécie depuis "la formule préférée du professeur" qui m'a enchanté, il semble que tous ses livres soient aussi bons
ce billet fait très envie

calypso a dit…

Je ne suis pas aussi enthousiaste que toi sur ce livre, tu pourras d'ailleurs trouvé un billet sur L'annulaire sur mon blog. Toutefois, j'ai affaire à une fan de Yko Ogawa, donc je ne fais pas le poids ;-)
Toujours pas lu La formule... mais ça ne saurait tarder !

Wictoria a dit…

Dominique
Oui, je suis très fan de Ogawa, j'ai lu un certain nombre de ses romans (traduits en français), même s'il y a des thèmes de prédilection récurrents, les histoires ne sont jamais les mêmes cependant, un autre livre que j'ai beaucoup aimé, et qu'il est facile de lire car ce sont plusieurs nouvelles : Tristes revanches
Calypso
Et bien je lis que tu avais tout de même apprécié cette lecture :) comme toi, je craignais une histoire plus "glauque", il faut avouer que le docteur est franchement bizarre, et personnellement, je ne serai pas restée en son pouvoir, mais je pense auiss que ce récit est une allégorie de la réalité : la persuasion et la soumission sont des clefs qui ne sont pas cartésiennes, il est impossible d eles expliquer, de les comprendre, il faut juste les accepter et vivre avec...

calypso a dit…

Oui je l'ai tout de même apprécié !

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