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Musique pour caméléons - Truman CAPOTE

Le livre
Date de Parution : 1975 à 1980
Titre original : Music for chameleons
Traduit par Henri Robillot
Editions Gallimard, format Folio
300 pages
3 parties, 14 récits.
  • MUSIQUES POUR CAMELEONS (6 nouvelles)
  • CERCUEILS SUR MESURE (un récit)
  • PORTRAITS ET CONVERSATIONS (7 histoires)
Les sujets et verbes
Etats unis d'Amérique. XXème siècle. 14 courtes histoires.

  • MUSIQUES POUR CAMELEONS
1) Musique pour caméléons.
Fort-de-France. Une villa. Installés dans la véranda, TC et son hôte, une vieille dame martiniquaise, évoquent l'assassinat d'un des amis musicien du narrateur.
Donc : l'objet dans le salon de Madame est un miroir noir. Il a dix-huit centimètres de haut sur quinze de large. il s'encastre dans un boîtier de cuir noir usé en forme de livre. En fait, ce boîtier est posé ouvert sur une table, comme s'il s'agissait d'une édition de luxe faite pour être ramassée et feuilletée ; mais il n'y a là rien à lire ni à voir - excepté le mystère de notre propre image projetée par la surface du miroir noir avant qu'elle s'enfouisse dans ses profondeurs insondables, ses corridors d'obscurité. (p.27)
2) M. Jones
Brooklyn. Un homme de 40 ans, aveugle, infirme, tient un salon de conversation dans son appartement qu'il ne quitte jamais. Un jour, il disparaît subitement. Plusieurs années après, le narrateur à l'impression de le reconnaître dans un homme tout à fait valide et voyant.
J'ignorais complètement pourquoi ils venaient le voir, ces gens d'apparence plutôt ordinaire, et de quoi ils parlaient, et j'étais bien trop préoccupé par mes propres problèmes pour beaucoup m'interroger sur à ce sujet. (p.36)
3) Une lampe à la fenêtre
Connecticut. Après un mariage, sur la route du retour, le narrateur est ramené à New York par un couple ivre. Profitant d'un arrêt accidentel, il s'échappe de la voiture et erre dans la campagne. Guidé par la lueur d'une lampe à la fenêtre, il trouve refuge dans la maison d'une vielle dame qui adore les chats.
"Vous avez fait exactement ce qu'il fallait. Je ne mettrais pas le pied dans la voiture d'un homme qui aurait flairé un verre de sherry. C'est comme ça que j'ai perdu mon mari. Quarante années de mariage, quarante années de bonheur et je l'ai perdu parce qu'un ivrogne au volant l'écrasé. Si je n'avais pas mes chats..." Elle caressa une chatte orange qui ronronnait sur ces genoux. (p.41)
4) Mojave
Manhattan. Depuis ses grossesses, Sarah ne supporte pas d'avoir des relations sexuelles avec son mari, ceci est différent avec d'autres hommes. De fait, son mari lui aussi à des aventures.
Elle disposa une pile de disques de Lee Wiley et de Fred Astaire sur un phonographe, se servit un verre de vin blanc frappé, se déshabilla entièrement, se vaselina et s'étendit sur le lit, chantant avec le divin Fred et guettant le cliquetis de la clef de son amant à la porte. (p.49)
5) Hospitalité
Le Sud. Mary Ida Carter, la tante du narrateur, a le coeur sur la main et l'hospitalité généreuse : à sa table, il y a toujours de la place pour rajouter une assiette pour le passager inattendu. Mais que faire d'une fille-mère qui tape l'incruste ?
J'étais assis dans la balancelle du perron, en train de lire un vieux numéro du Saturday Evening Post quand je les ai vues remonter le sentier, Mary Ida portant une valise déglinguée et cette fille aux pieds nus avec un bébé dans les bras. (p.76)
6) Eblouissement
Nouvelle-Orléans. En échange d'une prédiction, un jeune garçon accepte de voler pour le compte d'une sorcière le pendentif de sa grand-mère. De honte, il gardera toujours ses distances avec cette femme qui l'adore jusqu'à son lit de mort.
Elle tendit une main rouge et épaisse, la paume en l'air, et j'y laissais tomber le collier. Le rhum avait déjà contribué à modifier son regard habituellement inexpressif ; la brillante pierre jaune accentua la transformation. (p.90)

  • CERCUEILS SUR MESURE
TC suit de loin une série de meurtres qui reste non élucidés grâce à Jake Pepper, un enquêteur privé qui le tient au courant. Chaque victime a reçu dans les mois précédant sa mort un petit cerceuil contenant une de leur photo prise à leur insu.
Il était cinq heures passées lorsque nous partîmes, l'air était calme, libre de neige, et baigné des lueurs rougeoyantes du soleil couchant et des pâles rayons de la lune qui se levait : une pleine lune roulant sur l'horizon comme une roue blanche ou un masque, un masque blanc menaçant et sans traits, qui nous considérait par les portières de la voiture. (p.137)

  • PORTRAITS ET CONVERSATIONS
1) Une journée de travail
New York, 1979. TC accompagne Mary Sanchez, sa femme de ménage, une femme énergique, dans les maisons où elle passe ses journées à briquer.
Mary : Vous priez ?
TC : Oui.
Mary : Je ne vous entends pas.
TC : Je prie pour vous. Je veux que vous viviez éternellement. (p.206)
2) Bonjour, l'inconnu
New York, 1977. Un ami de TC lui raconte que, suite à plusieurs méprises, il se retrouve considéré comme un exhibitionniste.
Ma mère a trouvé vos lettres hier soir, les lettres que vous m'avez écrites. Elle est dans tous ses états et son mari aussi. Ils s'imaginent un tas de choses terribles et, ce matin très tôt, elle a emmené Jimmy, mais je ne peux pas vous parler plus. J'essayerai de rappeler plus tard. (p.219)
3) Jardins cachés
Nouvelle-Orléans, Jackson square, 1979. TC rencontre une prostituée qui affronte son mac, puis Big Junebug Johnson, une ancienne amie d'école, et de nouveau la prostituée à laquelle il avoue son homosexualité devant son insistance de faire de lui son prochain client.
Certaines villes, comme des boîtes enveloppées de papier sous les arbres de Noël, dissimulent des présents inattendus, des délices secrètes. Certaines villes resteront toujours des paquets cadeaux recelant des énigmes qui ne seront jamais résolues ni même entretenues par les touristes en vacances, ou même par les plus curieux, les plus persistants des visiteurs. Pour connaître de telles villes, pour les déballer, en vérité, il faut y être né. Venise est ainsi. (p.235)
4) Au culot
Los Angeles, 1970. Refusant de coopérer avec la police pour faire condamner un criminel, TC tente de prendre l'avion incognito pour quitter Los Angeles et rejoindre New York.
Là, devant la porte vitrée de ma minuscule prison, passe une superbe et arrogante amazone qui porte sur elle pour un million de dollars de diamants et de zibeline dorée, une star environnée d'une troupe virevoltante et volubile de chorus-boys sapés comme des princes. (p.245)
5) Et tout est parti de là
Californie. TC interview Robert Beausoleil dans sa prison. Celui-ci lui explique comment on en vient à devenir meurtrier sans état d'âme.
RB : Ce qui arrive, arrive. Et c'est toujours bien.
TC : Tu considères que c'est bien de tuer des innocents ?
RB : Qui a dit qu'ils étaient innocents ? (p.263)
6) Une enfant radieuse
New York, 1955. TC et Marilyn Monroe assistent à l'enterrement d'une vieille amie, puis déambulent dans la ville.
TC : J'espère qu'on ne va pas monter sur un bateau ? J'ai oublié ma Damamine.
Marilyn (réjouie, gloussante) : Sur le quai seulement.
TC : Puis-je te demander pourquoi ?
Marilyn : C'est un endroit que j'aime bien. Ca sent les pays lointains et je peux donner à manger aux mouettes.
TC : Leur donner quoi ? Tu n'as rien pour les nourrir.
Marilyn : Si. Mon sac est plein de gâteaus-présages. Je les ai fauchés dans ce restaurant. (p.285)

2) Virages nocturnes ou le sexe des frères siamois
TC dialogue avec lui-même et passe en revue sa vie, ses amours, ses emmerdes.
Cependant, nos peurs véritables sont les échos des pas résonnants dans les couloirs de notre esprit et les angoisses, les transes qu'ils engendrent. (p.285)


Mon complément

J'aime TC, j'aime son style, ses histoires, sa touchante singularité. Mes histoires préférées sont :
  • M.Jones pour son mystère
  • Une journée de travail est la plus émouvante
  • Une enfant radieuse est la plus touchante
TC sait planter les décors, les humeurs, les émotions, son acrimonie me fait rire :
Il y a deux choses dont j'ai peur : les serpents et les femmes. Ils ont beaucoup de choses en commun ces deux là. Et une chose, entre autres : ce qui meurt en dernier chez l'un comme chez l'autre, c'est l'arrière train. (p.59)
Lire TC, c'est plonger dans la société, ses mystérieuses convenances, ses secrètes dépravations, on jubile, on grimace, on applaudit de tant de présence, de prestance, d'intelligence. Cela fait un bien fou !

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