
de Truman Capote
Le livre :
Date de Parution : 1975 à 1980Le sujet :
Titre original : Music for chameleons
Traduit par Henri Robillot
Editions Gallimard, format Folio
300 pages
Etats unis d'Amérique. XXème siècle. Un livre en 3 parties qui rassemble 14 courtes histoires.
- MUSIQUES POUR CAMELEONS (6 nouvelles)
- CERCUEILS SUR MESURE (un récit)
- PORTRAITS ET CONVERSATIONS (7 histoires)
- MUSIQUES POUR CAMELEONS
2) M. Jonesp 27
Donc : l'objet dans le salon de Madame est un miroir noir. Il a dix-huit centimètres de haut sur quinze de large. il s'encastre dans un boîtier de cuir noir usé en forme de livre. En fait, ce boîtier est posé ouvert sur une table, comme s'il s'agissait d'une édition de luxe faite pour être ramassée et feuilletée ; mais il n'y a là rien à lire ni à voir - excepté le mystère de notre propre image projetée par la surface du miroir noir avant qu'elle s'enfouisse dans ses profondeurs insondables, ses corridors d'obscurité.
p 363) Une lampe à la fenêtre
J'ignorais complètement pourquoi ils venaient le voir, ces gens d'apparence plutôt ordinaire, et de quoi ils parlaient, et j'étais bien trop préoccupé par mes propres problèmes pour beaucoup m'interroger sur à ce sujet.
Connecticut. Après un mariage, sur la route du retour, le narrateur est ramené à New York par un couple ivre. Profitant d'un arrêt accidentel, il s'échappe de la voiture et erre dans la campagne. Guidé par la lueur d'une lampe à la fenêtre, il trouve refuge dans la maison d'une vielle dame qui adore les chats.
p 414) Mojave
"Vous avez fait exactement ce qu'il fallait. Je ne mettrais pas le pied dans la voiture d'un homme qui aurait flairé un verre de sherry. C'est comme ça que j'ai perdu mon mari. Quarante années de mariage, quarante années de bonheur et je l'ai perdu parce qu'un ivrogne au volant l' écrasé. Si je n'avais pas mes chats..." Elle caressa une chatte orange qui ronronnait sur ces genoux.
Manhattan. Depuis ses grossesses, Sarah ne supporte pas d'avoir des relations sexuelles avec son mari, ceci est différents avec d'autres hommes. De fait, son mari lui aussi à des aventures.
p 495) Hospitalité
Elle disposa une pile de disques de Lee Wiley et de Fred Astaire sur un phonographe, se servit un verre de vin blanc frappé, se déshabilla entièrement, se vaselina et s'étendit sur le lit, chantant avec le divin Fred et guettant le cliquetis de la clef de son amant à la porte.
Le Sud. Mary Ida Carter, la tante du narrateur, a le coeur sur la main et l'hospitalité généreuse : à sa table, il y a toujours de la place pour rajouter une assiette pour le passager inattendu. Mais que faire d'une fille-mère qui tape l'incruste ?
p 766) Eblouissement
J'étais assis dans la balancelle du perron, en train de lire un vieux numéro du Saturday Evening Post quand je les ai vues remonter le sentier, Mary Ida portant une valise déglinguée et cette fille aux pieds nus avec un bébé dans les bras.
Nouvelle-Orléans. En échange d'une prédiction, un jeune garçon accepte de voler pour le compte d'une sorcière le pendentif de sa grand-mère. De honte, il gardera toujours ses distances avec cette femme qui l'adore jusqu'à son lit de mort.
p 90
Elle tendit une main rouge et épaisse, la paume en l'air, et j'y laissais tomber le collier. le rhum avait déjà contribuer à modifier son regard habituellement inexpressif ; la brillante pierre jaune accentua la transformation.
- CERCUEILS SUR MESURE
p 137
Il était cinq heures passées lorsque nous partîmes, l'air était calme, libre de neige, et baigné des lueurs rougeoyantes du soleil couchant et des pâles rayons de la lune qui se levait : une pleine lune roulant sur l'horizon comme une roue blanche ou un masque, un masque blanc menaçant et sans traits, qui nous considérait par les portières de la voiture.
- PORTRAITS ET CONVERSATIONS
New York, 1979. TC accompagne Mary Sanchez, sa femme de ménage, une femme énergique, dans les maisons où elle passe ses journées à briquer.
p 2062) Bonjour, l'inconnu
Mary : Vous priez ?
TC : Oui.
Mary : Je ne vous entends pas.
TC : Je prie pour vous. Je veux que vous viviez éternellement.
New York, 1977. Un ami de TC lui raconte que, suite à plusieurs méprises, il se retrouve considéré comme un exhibitionniste.
p 2193) Jardins cachés
Ma mère a trouvé vos lettres hier soir, les lettres que vous m'avez écrites. Elle est dans tous ses états et son mari aussi. Ils s'imaginent un tas de choses terribles et, ce matin très tôt, elle a emmené Jimmy, mais je ne peux pas vous parler plus. J'essayerai de rappeler plus tard.
Nouvelle-Orléans, Jackson square, 1979. TC rencontre une prostituée qui affronte son mac, puis Big Junebug Johnson, une ancienne amie d'école, et de nouveau la prostituée à laquelle il avoue son homosexualité devant son insistance de faire de lui son prochain client.
p 2354) Au culot
Certaines villes, comme des boîtes enveloppées de papier sous les arbres de Noël, dissimulent des présents inattendus, des délices secrètes. Certaines villes resteront toujours des paquets cadeaux recelant des énigmes qui ne seront jamais résolues ni même entretenues par les touristes en vacances, ou même par les plus curieux, les plus persistants des visiteurs. Pour connaître de telles villes, pour les déballer, en vérité, il faut y être né. Venise est ainsi.
Los Angeles, 1970. Refusant de coopérer avec la police pour faire condamner un criminel, TC tente de prendre l'avion incognito pour quitter Los Angeles et rejoindre New York.
p 2455) Et tout est parti de là
Là, devant la porte vitrée de ma minuscule prison, passe une superbe et arrogante amazone qui porte sur elle pour un million de dollars de diamants et de zibeline dorée, une star environnée d'une troupe virevoltante et volubile de chorus-boys sapés comme des princes.
Californie. TC interview Robert Beausoleil dans sa prison. Celui-ci lui explique comment on en vient à devenir meurtrier sans état d'âme.
p 2636) Une enfant radieuse
RB : Ce qui arrive, arrive. Et c'est toujours bien.
TC : Tu considères que c'est bien de tuer des innocents ?
RB : Qui a dit qu'ils étaient innocents ?
New York, 1955. TC et Marilyn Monroe assistent à l'enterrement d'une vieille amie, puis déambulent dans la ville.
p 285
TC : J'espère qu'on ne va pas monter sur un bateau ? J'ai oublié ma Damamine.
Marilyn (réjouie, gloussante) : Sur le quai seulement.
TC : Puis-je te demander pourquoi ?
Marilyn : C'est un endroit que j'aime bien. Ca sent les pays lointains et je peux donner à manger aux mouettes.
TC : Leur donner quoi ? Tu n'as rien pour les nourrir.
Marilyn : Si. Mon sac est plein de gâteaus-présages. Je les ai fauchés dans ce restaurant.
2) Virages nocturnes ou le sexe des frères siamois
TC dialogue avec lui-même et passe en revue sa vie, ses amours, ses emmerdes.
p 285
Cependant, nos peurs véritables sont les échos des pas résonnants dans les couloirs de notre esprit et les angoisses, les transes qu'ils engendrent.
Mon complément :
Mes histoires préférées sont :
- M.Jones pour son mystère
- Une journée de travail est la plus émouvante
- Une enfant radieuse est la plus touchante
TC sait planter les décors, les humeurs, les émotions, son acrimonie me fait rire :
p 59 (Mojave)Lire TC, c'est plonger dans la société, ses mystérieuses convenances, ses secrètes dépravations, on jubile, on grimace, on applaudit de tant de présence, de prestance, d'intelligence. Cela fait un bien fou !
Il y a deux choses dont j'ai peur : les serpents et les femmes. Ils ont beaucoup de choses en commun ces deux là. Et une chose, entre autres : ce qui meurt en dernier chez l'un comme chez l'autre, c'est l'arrière train.






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