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Hotel Iris - Yoko OGAWA

Le livre
  • Date de Parution : 1996
  • Titre original : Hoteru Airisu
  • Editions Actes sud pour l'édition française
  • Traduction par Rose-Marie Makino-Fayolle
  • 235 pages
Le sujet
Mari, une jeune fille de 17 ans, qui craint sa mère autoritaire, devient la proie consentante d'un homme âgé qui fait d'elle un objet érotique, en l'attachant et en l'humiliant.

Le verbe

Le matin, en me rasant, je ne me rends pas compte que ma main s'interrompt et, toujours pleine de mousse, se met à caresser tendrement le miroir.
Mon complément
Malgré le sujet quelque peu scabreux, pour ne pas dire licencieux, je dois reconnaître à Ogawa une incroyable délicatesse. Je classe ce roman dans la catégorie "recherché", car pour moi le sujet est sophistiqué, atypique, de plus, le style est incroyablement maîtrisé : une profondeur se dégage de tout ce qu'il y a à dire. Mari est complètement subjuguée par l'homme qui la rudoie et l'humilie, mais elle en tire une jouissance impossible à raisonner.
J'aurais dû avoir mal partout. Cependant je ne sentais rien. Mes nerfs s'étaient désespérement noués quelque part. La douleur qu'il me procurait libérait une douce langueur dès qu'elle franchissait la barrière de ma peau.
Même ficelée et accrochée au plafond, elle trouve dans son reflet une certaine esthétique de la mort, comme si la mort n'était pas si terrible au fond. L'homme, traducteur de russe, est meurtri par un drame passé et navigue en eaux troubles exposant deux flancs comme un bateau fou : sa délicatesse, sa prose touchante et son obsession pour les foulards autour du cou des femmes. Un livre qui laisse une certaine gêne car certaines scènes sont plus que luxurieuses, je note que Ogawa n'est jamais pornographique ; les rapports décrits du point de vue de Mari, bien qu'outrageux, sont ressentis comme une sorte de bénédiction.
Mari existe, Mari est aimée, pour le meilleur et pour le pire.

Une histoire assurément extravagante, un genre de Lolita revue à la japonaise, que j'ai lue un peu avec méfiance je l'avoue, sachant à quoi m'en tenir pour avoir lu des avis plutôt négatifs sur ce roman, mais une histoire de laquelle j'ai quand même retiré une chose : l'assurance que Ogawa est une auteure d'exception, quoiqu'elle écrive.

11 commentaires:

Karine a dit…

Je pense que c'est le livre qui m'attire le moins dans l'oeuvre d'Ogawa... j'aurais peur d'une sensation de malaise...

Dominique a dit…

Je n'ai pas lu ce roman là et le sujet ne m'attire pas forcément mais j'ai un souvenir très fort de "la formule préférée du professeur" et cette auteure sait fait preuve d'une telle finesse dans l'analyse des sentiments que je crois tout lui est permis

Wictoria a dit…

il ne m'attirait pas non plus, je n'aime guère les descriptions sado-maso et celles que l'on y trouve valent leur "pesant de cacahouètes", mais le style est vraiment, vraiment, extraordinaire, une certaine "esthétique" de l'horreur. Car Mari, la jeune fille n'est pas du tout très "nette", elle subit, elle en redemande. Peut-on trouver cela très normal ? Pas moi.
Mais Ogawa montre peut-être que derrière certaines apparences, se cachent des perversions inspoupçonnables, il est impossible, et dangereux, de se fier à la seule apparence des choses, voilà ce que ce roman dévoile...

Theoma a dit…

Je crois que je suis la seule de la blogosphère à ne pas avoir lu Ogawa. J'ai honte !

Lou a dit…

Voilà une belle histoire d'amour entre Ogawa et toi. Il est temps que je lise les quelques romans qui sont encore dans ma PAL...

Wictoria a dit…

Theoma :
mais non, tu n'es pas la seule, t'inquiète :) et moi, je n'ai jamais lu certains auteurs que "tout le monde" adooooooooooore et je ne m'en porte pas plus mal ;)

Lou :
ce sont des romans très "puissants", je trouve, je m'y sens comme chez moi...

vince a dit…

Moi non plus Théoma je n'ai pas lu Ogawa.
Ni beaucoup de ceux dont nous parle Wictoria.
Je me demande comment elle fait pour lire tout ça!
Wic!
aurait tu des lecteurs qui épurent à ta place?
j'en doute.
bises

Wictoria a dit…

quand même Vincent, pourquoi aurais-je besoin de lecteurs pour lire à ma place ? je n'ai rien à prouver et c'est ainsi, je lis 4-5 livres par mois en moyenne, ce qui reste très raisonnable par rapport à d'autres : 1 livre par semaine, avec tous mes trajets, il faut bien rentabiliser les temps de voyage, et même parfois, je rêvasse, il ne faudrait pas m'imaginer toujours à lire, pas du tout, j'écris aussi et dans mon RER le soir, il m'arrive même de somnoler :) ou de regarder le paysage les yeux dans le vague ou à réflechir à ce que nous allons manger.

Anonyme a dit…

Je ne sais pas comment le désir peut se transmettre par des cordes et des corps attachés mais je comprends quand même pourquoi ces deux là se retrouvent et s'aiment.. Et il semble que Wictoria le comprend aussi
Joel

Danalyia a dit…

Je pense aussi que Yoko Ogawa est une grande auteure ; j'aime la finese de son écriture et l'étrangeté des sujets qu'elle aborde, toujours en partant du réel. Merci pour ce partage.

Wictoria a dit…

à lire toutes vos réactions, je repense au lien qui m'attache à Ogawa, je ne sais comment le considérer mais je sais que sa présence quelque part est essentielle, et si jamais sa traductrice tombe sur mes billets, qu'elle lui témoigne de ma part (enfin de la part d'une lectrice française) toute mon admiration.

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