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Le petit copain - Donna TARTT


Le livre

  • Date de Parution : 2002
  • Titre original : The Little Friend
  • Edité en français en 2003 par Plon
  • Traduction par Anne Rabinovitch
  • Mon livre : rédition de 2004
  • 845 pages


Le sujet

Années 1970. Mississipi. Un jour de fête des mères dans l'endroit le plus sombre de sa cour, le jeune Robin, 9 ans, est retrouvé pendu à un arbre. Ce meurtre ne sera pas élucidé et la famille est à jamais marquée : la mère devient incapable de s'occuper de qui que ce soit, à commencer par elle même, le père part vivre dans un autre état et les deux jeunes soeurs alors âgées de 4 ans (Allison) et 6 mois (Harriet) grandissent dans le souvenir artificiel de ce grand frère méconnu qui faisait l'admiration de tous.

Douze ans plus tard, Harriet, poussée à se trouver un but dans la vie le trouve. Elle doit débusquer le meurtrier de son frère et se met à questionner son entourage : sa mère, Edie sa grand-mère, Ida sa chère nounou. Ses soupçons se portent bientôt sur Danny, un garçon qui jouait avec Robin en ce temps là. Un enfant pauvre qui peut-être, était jaloux de la famille et des jouets de Robin.

Le verbe
Chaque fois que Robin se rendait quelque part - en classe, chez un ami, ou chez Edie pour passer l'après-midi avec elle - il avait toujours pris soin de la saluer longuement, avec tendresse, selon un cérémonial particulier. Mille souvenirs lui revenaient, de petits mots écrits par lui, de baisers envoyés par la fenêtre, de sa main s'agitant vers elle depuis le siège arrière de voitures qui démarraient : au revoir ! au revoir ! Quand il était bébé, il avait appris à dire au revoir bien avant bonjour, c'était sa manière d'accueillir et de quitter les gens. Ce jour là, il n'y avait pas eu d'au revoir, et Charlotte jugeait cela singulièrement cruel. Trop distraite, elle n'avait gardé aucun souvenir précis des derniers mots qu'elle avait échangés avec Robin, ni même la dernière fois qu'elle l'avait vu, alors qu'elle avait besoin d'un élément concret, d'un souvenir ultime qui la prendrait par la main et l'accompagnerait - dans l'obscurité où elle titubait à présent - à travers le désert de l'existence qui se déployait soudain devant elle, entre le moment présent et la fin de la vie.
...
"Nous n'étions pas destinés à le garder, chérie. Il ne nous a jamais appartenu. Nous avons eu de la chance de l'avoir auprès de nous ces quelques années."
...
Elle songea que Libby avait dit la vérité. Et que, d'une étrange manière, depuis sa plus tendre enfance, Robin avait passé toute sa vie à essayer de lui dire au revoir. (p.20)
Mon complément :

Hum, que dire sinon trop. Trop de choses à dire, trop d'images, trop de bonheur. Enfin. Donna Tartt est une sorte de fée, une conscience qui entre en nous et crève tout ce qui est trop fragile, trop mou, trop sensible. C'est bon. John Irvin est de cette trempe. Ils vont bien ensemble. j'ai retrouvé dans cette histoire quelque chose de Owen.

Du haut de leurs douze ans, Harriet et son ami Hely entreprennent une chasse à l'homme. Il y a quelque chose de pathétique dans cette histoire d'enfants plus ou moins livrés à eux-mêmes, faisant face à leur promesse, leurs frayeurs, leurs secrets. Rois libres mais princes déchus, enfermés dans leur corps, dépendants et faibles. Ils doivent combattre le dragon avec des armes toutes émoussées.

De nombreuses références dans le monde de Donna :
  • Lewis Caroll :
    Ce n'était pas un vrai docteur - un médecin, s'entend - mais seulement un genre de chef de fanfare chrétienne auréolé de gloire ; un Américain de la côte Est avec d'épais sourcils broussailleux, et des longues dents de mule. C'était une huile du circuit de la jeunesse baptiste, et Adélaïde avait fait remarquer - à juste titre- que c'était le sosie parfait du célèbre dessin, par Tiennel, du Chapelier fou d'Alice au pays des merveilles. (p.528)
  • Sir James Matthew Barrie :
    Tu peux quitter cet endroit. En pensées. T'en aller, tout simplement. Qu'avait dit exactement Peter Pan à Wendy ? "Ferme les yeux et songe à des choses très agréables." (p.586)
  • David Lynch :
    Danny - trop défoncé et accablé pour parler - acquiesça. Il entendait toutes sortes de petits bruits effrayants : des arbres qui respiraient, des fils électriques qui chantaient, l'herbe qui crépitait en poussant. (p.686, scène ressemblant à Twin Peaks avec le murmure des fils électriques).
  • Terry Gilliam :
    lorsqu'il est question d'enfants abandonnés par des parents trop abrutis, ou trop défoncés pour pouvoir s'occuper d'eux (cf Tideland).
Les effets de la drogue sont par ailleurs très réalistes (cf.p.670).

D'autres passages émouvants et notés "à la volée" :
  • p 221 : la relation entre Harriet et Ida sa "nounou"
  • p 268 : quand Harriet regarde la photo de son frère dans l'album de classe
  • p 294 : où il est question d'Helen Keller
  • pa 303 : très drôle : "la barbe noire brousailleuse et la combinaison lui donnait l'apparence d'un dictateur fou d'Amérique du Sud"
  • p 687 : très amusant aussi la scène du berlingot à la main identique antre le réel et le dessin animé.
Si comme moi, vous vous êtes demandé ce qu'était le Sanka (la boisson que boit Adélaïde car elle ne supporte plus le café) ne cherchez plus : il s'agit d'une boisson décaféïnée (on s'en doutait un peu, mais quand même). Je n'avais jamais entendu parler de ce produit apparemment encore vendu et j'ai trouvé une affiche "d'époque" que j'aime beaucoup :

Je disais qu'il y avait trop à dire. C'est vrai mais je n'en dirai pas plus. Sauf que Donna sait vraiment tenir en laisse son lecteur, elle le dresse et nous lui donnons la patte, reconnaissant de tant de miséricorde, des personnages aboutis que l'on sonde dans l'âme, que l'on a du mal à quitter, avec lesquels on vivra jusqu'à la fin de la vie. Je songe à Robin, Ida Rhew, Harriet et Hely, Danny - le petit copain-, Curtis son petit frère, Odean la petite souillon qui ressemble à une pauvre plante sur laquelle est greffée sa fratrie à l'instar d'une colonie de pucerons.

Et même si la fin nous laisse sur notre faim, nous sommes rassasiés. Car le pouvoir d'un livre est peut-être celui de ne jamais nous quitter, de nous imbiber, de nous hanter.

6 commentaires:

Lucie a dit…

J'avais beaucoup aimé cette lecture... tout comme Le maître des illusions, qui m'avait renversée à l'époque!

calypso a dit…

Je le note car je serais curieuse de lire un autre de ses romans.

Theoma a dit…

Ah voici la fameuse Donna Tartt. Je ne la connais pas malgré tout ce que j'ai entendu sur elle. Ton billet m'a convaincue, je note avec bcp d'enthousiasme !

Wictoria a dit…

oh oui mesdames, ce livre "vaut le coup" : un très beau et bon moment de lecture, on en voudrait plus souvent :)

Karine:) a dit…

Bon, tu viens de me décider à retenter le coup, mais je ne sais pas quand, par contre! Je n'ai jamais réussi à passer la page 100 tellement il m'endormait! Mais 7 ans plus tard, sait-on jamais!!

melodie a dit…

J'avais adoré "Le Maître des illusions", mais moins celui-ci. Sauf que ton billet apporte un peu un nouveau point de vue et que j'ai peut-être été trop dure envers ce livre. Peut-être que je retenterai l'expérience un jour...

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