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Nouveaux Indiens - Jocelyn BONNERAVE


Le livre
Date de Parution : 2009
Editions : Seuil
170 pages

Le sujet

Californie. Fin 2004. Un chercheur français en anthropologie a traversé l'Atlantique pour étudier le comportement de musiciens d'orchestre dans la classe de Frank Firth qu'il admire. Sur le campus où il vit, son exploration dans le monde des musiciens est chamboulée dès l'instant où il va chercher à comprendre ce qui est arrivé à Mary, cette jeune danseuse pleine de vie qui a perdu du poids bien soudainement, et qui en est morte.

Le verbe
Mary-Teresa s'installe mais il faut que je pisse. Silence. Depuis les toilettes à côté, tout s'étouffe dès que je ferme, mais j'entends quand même. Elle a branché un vrai fourbi sur le violoncelle et joue la forêt à elle seule, la pique reliée aux racines voisines qui pompent le son vers les hauteurs. Grâce à une pédale électronique, Tree met en boucle des petits morceaux de ce qu'elle vient de jouer : elle pousse la musique en avant et puis d'un coup ça repart vers l'amont, comme un jeune saumon. Deux secondes, juste deux secondes je ferme les yeux pas pour dormir juste pour me reposer, le violoncelle bourgeonne sous le ciel clair. Son truc elle l'a branché avec toutes ces boucles ça tourne. Tree sait se connecter à tous les arbres depuis son truc en bois. Tree, c'est toute la forêt qui résonne sous du crin de cheval, de quoi ne plus voir où sont les cieux pousse en avant et puis d'un seul coup ça avec quel plaisir ça grâce à sarment baie qui coule par ici la sortie. Pipi fini ouvrir les yeux, refermer la braguette bouton après bouton, verrou déverrouillé, bouton de porte, j'ouvre la porte. (p.60)
Mon complément
Un livre cadeau de la part de Suzanne de http://www.chez-les-filles.com/

Voilà un roman qui n'en est pas un. Je m'explique. C'est un roman d'un nouveau type : un roman qui slame, une prose expérimentale comme la musique dont il parle. Le début, très bien, j'étais super contente, c'est que l'auteur est complexe : écrivain, anthropologue, comme A. son héros, et musicien à ses heures perdues. Puis, très vite ça part en "live", le style se découd un peu, notre héros souffre du décalage horaire et fatigue : ses mots s'empâtent car nous lisons au rythme de ses émotions.

Une lecture tout de même intéressante : nous avons hâte de découvrir ce que va finir par trouver notre chercheur. Les nouveaux américains sont un brin fêlés, comprimés par un passé d'abattoirs : esclavagisme, éradication des indiens d'origine, ils sont gavés de toutes les turpitudes de leurs ancêtres, et cherchent à se tourner vers de nouveaux moyens de rédemption.

Quel moyen a trouvé la jeune Mary au cours de son voyage d'étude au Paraguay dans la tribu chez les indiens Guayaki qui mangent leurs mort ?

Ce roman est également "autre" par sa construction : nous avons affaire à une forme épistolaire qui nous rapproche de A., de ses angoisses, de ses gueules de bois, de ses errances, de ses coups de foudre et de ses coups de rein. Nous sommes parfois tellement proches que nous tenons la chandelle quand il s'envoie en l'air avec sa petite copine très coquine (passages très "sexe" vers les pages 112-113).

C'est aussi un roman sonore puisqu'il est question de répétitions, d'improvisation au sein du groupe d'orchestre ; A. en a l'esprit tout assourdi et se retrouve régulièrement avec des maux de tête qui donnent lieu à des délires verbaux.

Au final, je dirais que c'est un roman d'un genre expérimental comme la musique dont il est souvent question.

L'histoire maintenant. Originale c'est sûr, nous sommes vraiment emportés par le mystère qui entoure le secret de Mary, mais je n'ai pas été convaincue par le martyre de Mary, je n'ai aucun goût pour les solutions extrêmes.

S'il est effectivement question de la campagne présidentielle Bush-Kerry, celle-ci n'est pas vraiment l'essentiel et ne sert de prétexte qu'à quelques jeux de mots, à dessiner aussi une ambiance utile au héros (affiches recouvertes par d'autres, etc...).

Si je n'ai pas aimé certains passages qui m'ont mise mal à l'aise (scène de zizi-pipi, de pipi avalé et j'en passe...) je salue néanmoins le courage de l'auteur (ou la folie ?) de s'attaquer à des sujets hors des sentiers battus, de semer ici et là quelques unes de ses références, mais il faut penser à ne pas trop brouiller les cartes.

A propos de références, il me semble que son personnage de Rose Budd, la clocharde au collier d'ambre, est un clin d'oeil au groupe Rosebudd, mais je me trompe peut-être ? En tout cas, cela ne m'étonnerait pas que Bonnerave aime à brouiller les pistes.

Pour conclure, un extrait que j'aime beaucoup (mais il y a d'autres passages plus ou moins bien léchés !)
Je crois qu'on peut agir, plus que sur les âmes, sur les fictions : il suffit d'en produire d'autres. Elles viendront travailler celles qui nous font souffrir, les ruiner peut-être. (p.169)
Quelques sites en lien avec ce billet :

5 commentaires:

Theoma a dit…

Je vais bientôt le recevoir. Avec tant de billets négatifs, je suis bien évidemment refroidie (pour ne pas dire congelée).

calypso a dit…

Je suis en train de le lire, c'est bien simple : je n'aime pas du tout !

Wictoria a dit…

Théoma : je comprends ton refroisissement, si cela peut te rassurer : le livre est assez court, pas trop de longueurs, tu arriveras vite au bout...

Calypso : le sujet est prometteur, en revanche, l'histoire abracadabrantesque (n'entrons pas dans les détails pour ceux qui ne l'ont pas lu) est vraiment tirée par les cheveux...et difficile à imaginer !!!

Ulaz a dit…

J'ai trouvé ta critique sur Babelio, et tout comme toi, je suis partagée à propos de ce roman car j'apprécie l'audace de l'écrivain et la quête du narrateur mais l'écriture est vraiment très spéciale... Spéciale à en donner le tournis !
Passe sur mon blog à l'occasion, j'ai laissé un billet sur ce roman.

liliba a dit…

Intéressant effectivement, mais tout de même un drôle de bouquin, malsain et glauque...

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