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Pourquoi j'ai mangé mon père - Roy LEWIS

Le livre
  • Editions Magnard "Lycée"
  • 187 pages
  • Date de Parution : 1960
  • Titre original : What We Did to Father (également : "the evolution man", "What we did to father" ou "How I ate my father")
  • traduction par Vercors et Rita Barisse
Le sujet
Ouganda. Pléistocène. Ernest, un jeune pithécanthrope conte l'histoire dont il est le témoin et raconte la vie presque au quotidien de sa famille :
  • son père : Edouard, l'homme de science qui veut faire progresser l'homme,
  • ses oncles : Vania, l'oncle qui aime tant ses arbres qu'il n'arrête pas de vouloir y retourner et Ian, l'oncle voyageur qui va en Chine et en France,
  • et ses frères : Alexandre le peintre, William le dresseur d'animaux domestiques, Toby le sculpteur et Oswald le chasseur.
Le verbe
La caverne était occupée. Depuis longtemps huit ou dix ours et oursons y vivaient en famille. A présent, ils nous regardaient venir à eux, complétement médusés. A peine s'ils pouvaient en croire leurs yeux, de nous voir leur apporter nous-même leur déjeuner à domicile. Puis père, tout d'un coup, jeta des brandons enflammés. (p.44)
Mon complément
Nous découvrons avec amusement les pensées du narrateur, Ernest, qui, sur un ton humoristique, relate son mode de vie, de pensées et les péripéties induites par l'arrivée du feu dans sa famille. Le personnage le plus original étant, de mon point de vue, Edouard, le père, celui qui a toujours en lui l'idée d'aller plus loin.
- Que cela vous serve d'exemple, grands cornichons que vous êtes. Faites marcher vos cervelles ! Il nous reste beaucoup à réfléchir, dit-il sentencieusement, encore plus à apprendre, et un très long, très long chemin à parcourir. Mais pour aller où ? murmura-t-il d'un ton soudain songeur. That is the question.
Vous voyez le genre. Et c'est ainsi durant tout le livre : des références littéraires, scientifiques. Des notions avant gardistes, celles sur l'énergie (atomique ou nucléaire) n'étant pas la moindre puisque, lorsque le père rapporte le feu depuis le volcan en le transmettant d'un morceau d'arbre à un autre et ainsi de suite, plus de six cent fois, sa famille lui demande s'il pourra toujours le contrôler... Très amusant aussi le passage où l'oncle Ian raconte son passage en France :
Ils ont le crâne, à ce qu'on dirait, tout boursouflé par la cervelle, par dessus les oreilles. Et ils vous taillent de ces silex ! A mettre en vitrine, mon vieux ! Le plus marrant, c'est les idées qu'ils ont. Ca leur vient des longues nuits qu'ils passent dans leurs cavernes, à rêver et à se raconter des histoires.
- Quelles sortes d'idées ? demande père.
- Ca, je te dirai, c'est trop métaphysique pour moi. Moi j'suis plutôt du genre pratique. Par exemple, ils enfouissent leurs morts dans la terre.
- Oh ! dit père, quel gaspillage !
- A leurs yeux, c'est le contraire, dit oncle Ian.
De nombreuses références aussi aux guerres : si l'homme se bat, c'est pour garder une terre qui lui offre de la nourriture.
De caverne en caverne, et non sans mal, j'ai fini par atteindre la Palestine. C'était en pleine bagarre.
- Entre qui ?
- Entre immigrants d'Afrique et néandertaliens.
- Pas assez de gibier ? demanda père.
- Que si ! Tout abonde dans ce pays, il pisse le lait et le miel. Mais il y a quéque chose dans l'air qui vous rend agressif. Ils se battaient et s'appariaient. Drôle de jeu.
- C'est plus ou moins la même chose, dit père. Mais il faut surveiller ça : en plein pleistocène, des singes velus qui se croisent en Palestine avec des singes pelés, savoir ce que ça va donner ?
- Des prophètes barbus vivant de miel et de sauterelles, m'aventurais-je à dire.
A la fin du livre, il y a de nombreux exercices dont l'un consiste à trouver un autre titre au roman. L'autre métier de Roy Lewis (1913-1996) était celui d'anthropologue ; ses deux hobbies lui ont permis de formuler dans ce livre, un subtil mélange entre instruction et humour, anglais of course, puisque nos hommes préhistoriques ont un langage rafiné, des réflexions anachroniques philosophiques (d'où venons-nous, où allons-nous, que faisons-nous là ?). Le personnage le plus abouti et le plus sympathique est à mes yeux Edouard, le père, qui est conscient de son état, et qui se démène pour accélérer son évolution.

10 commentaires:

calypso a dit…

J'en ai déjà lu pas mal d'extraits, mais jamais l'intégralité. Ce roman est dans ma PAL et ne devrait pas tarder à être lu.

mazel a dit…

décidemment, ce livre revient en force... je l'ai d'ailleurs remis sur ma table de chevet pour le relire... très bientôt.

Et puis, je suis en train de lire "la forêt des mânes" de Grangé... et là, pas possible de faire autrement que songer à Roy Lewis... et bien sûr à Freud (totem et tabou)...

merci pour le lien vers le site.

bonne journée, bonne lecture

Theoma a dit…

Il est dans ma PAL depuis des siècles ! Plein de poussière le pauvre. Je n'ai jamais l'impulsion pour le prendre. mais pourquoi ?? ton billet me convainc du contraire.

Wictoria a dit…

ah ben voilà, je ne suis pas la seule à avoir laissé traîner ce bouquin :)
un livre très facile à lire mesdames, et court "moins de 200 pages" : vous allez y arriver sans pb :)

Isil a dit…

Chez moi il n'a pas traîné. J'aime beaucoup le titre mais celui que tu proposes est bien aussi.
J'ai un très bon souvenir de lecture et je compte le relire un jour. J'aimais particulièrement les anachronismes volontaires du style "mais voyons, je fais de l'art figuratif".

wictoria a dit…

j'ai adoré moi aussi les traits d'humour, ce Lewis fut un homme exceptionnel ! quelle intelligence, quelle imagination ! un bel exemple de "création" littéraire à mon humble avis.

liliba a dit…

Lu il y a des années, mais j'avais ri, mais ri !

Wictoria a dit…

Liliba : un livre "poilant" :)

Anonyme a dit…

C'est qui votre personnage préféré et pourquoi? Vite s'il vout plait, j'ai un devoir à rendre pour demain!!!

Wictoria a dit…

j'ai bien aimé Edouard parce qu'il a toujours des idées originales
>>>> mais il ne faut pas attendre la dernière minute pour faire un devoir :) en plus il est sympa ce livre = moi "de mon temps", on avait des trucs plus indigestes à lire et commenter ;)

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