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La peau des doigts - Katia BELKHODJA



Le livre

Date de Parution : 2008
XYZ Éditeur
98 pages




Le sujet

Paris, Montréal. De nos jours. La narratrice, une jeune femme accompagnée de sa cousine Célia qui déprime à la mort de sa mère, de sa grand-mère prénommée Célia également, qui prend le métro dans l'espoir d'apercevoir son amour de jeunesse, et des jumeaux : Gan, l'autiste amoureux de Marguerite Yourcenar, et Fril l'artiste-peintre, ces cinq personnages sillonnent les villes, se cherchant, cherchant à survivre, cherchant l'amour. Cinq vies, cinq destins qui se croisent et se lient comme les doigts d'une main.


Le verbe

Est-ce qu'on sait à quoi elle ressemble, Marguerite Yourcenar ?
Et bien sûr, non, personne. Moi, j'ai ri. Les jumeaux m'ont regardée comme si j'avais tué l'un d'eux. Alors comme on cherchait, il fallait bien qu'on trouve à quoi elle ressemblait, Marguerite Yourcenar. On a cherché des bios, à la bibliothèque nationale, celle en forme de livres ouverts. La BnF, qu'on l'appelle ici. Des photos qu'on cherchait surtout. On en a trouvé une. Elle avait un foulard sur la tête, enfin une écharpe. Qui couvrait la tête et les épaules, qui encadrait son visage, ses yeux fentes, sa bouche, une bouche de baiser, une bouche trop rouge, même en noir et blanc, trop sanguine, trop jeune pour ce visage de vieille femme. Une bouche qui mange toujours, qui embrasse toujours, goulue, qui refuse la mort, et qui veut se faire manger à son tour : lèvres pleines, fermées, demi-sourire, rides aux coins, bagues à un doigt sur chacune de ses mains.(p.31)

Marguerite Yourcenar

Mon complément


Je vous parle d'un livre "surprise", offert par Ondine la semaine dernière lors de sa venue en France, et au cours d'un repas partagé en belle amitié, une première rencontre après des années d'échanges au dessus de la "grande mare". Un livre que je n'aurais jamais lu autrement, car il s'agit d'une maison d'édition canadienne. Et quel livre ! Un mélange de poésie, qui me rappelle Prévert, et de bouleversements. Les personnages sont des écorchés vifs, des nomades qui peuvent tout quitter pour un but aussi fou et déraisonnable soit-il. Ce sont des aventuriers, des funambules même, qui marchent sur le fil invisible de leur destin.

Une lecture soyeuse qui parfois nous perd : les situations, les personnages s'embrouillent un peu comme si un enfant avait mélangé les cartes dessinées par Katia Belkhodja, mais rien de désagréable, au contraire, nous avons envie de reprendre là où le fil s'est distendu, et revenir nous fondre dans les mots maniés comme une caresse ou comme une morsure.

Tu te laisses embrasser comme on se laisse écrire. Et ta bouche étonnée qui se meut, qui s'émeut, qui se mue, ta bouche gercée craquelée salée. De la pulpe très sèche et parfumée au gloss. Framboise. Sel.
Et la peau, la peau des lèvres qui s'effrite.
Qui s'arrache.(p.96)

4 commentaires:

Jules a dit…

Nous avons lu ce livre chez La Recrue, si les billets t'intéressent, c'est ici:
http://www.larecrue.net/2008/06/recrue-de-juin.html

Alice a dit…

Lou a lu ce livre aussi ! Et moi ce livre m'interpelle, la littérature québécoise est généralement d'une très grande qualité qui sort des sentiers battus ;-)

Karine:) a dit…

Ah, il était donc pour toi, celui-là!!!! Je n'ai pas encore osé!

Wictoria a dit…

hors des sentiers battus, effectivement, c'est tout à fait rafraîchissant, et d'une belle qualité littéraire

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