index des auteurs

Le chemin des âmes - Joseph BOYDEN



© Bryan McBurney Photography


Le livre
:
Date de Parution : 2004
Titre original : Three-Day Road
Publié par Penguin Canada

Traduit de l'anglais (Canada) parHugues Leroy en 2006
Albin Michel / Le livre de poche
470 pages

Diverses couverture du roman en version originale
(clic sur l'image pour l'agrandir)


Le sujet
:
Canada, Ontario. 1919. Niska, une vieille indienne vivant seule dans les bois retrouve son neveu Xavier, rescapé de la guerre qui a ravagé l'Europe. Celui-ci, y a perdu sa jambe et son meilleur ami Elijah, et se trouve sous l'emprise de la morphine qui peut l'aider à surmonter les fantômes qui le torturent.
Il leur faut trois jours pour redescendre la rivière jusqu'à chez eux, trois jours durant lesquels les voix de Niska et Xavier vont mêler leurs souvenirs, chacun témoignant de leurs choix et de leur volonté de vivre.


Le verbe
:
...nous restons blottis là-dessous, à écouter les obus qui s'éloignent petit à petit, dans des chocs sourds et des frissons, comme des bêtes féroces qui reniflent la terre, et la martèle, cherchant toujours d'autres hommes à déchiqueter.
(p 30)


Le seul spectacle qui ne soit pas décourageant, en cet endroit, se trouve dans le ciel. Malgré le naufrage du monde au-dessous, les oiseaux continuent de voler comme si de rien n'était. Quand nous avons un peu de temps de libre, entre une faction et un exercice, Elijah et moi, allongés sur le dos, les admirons : des volées de passereaux tourbillonnent et se pourchassent sans fin.

(p 208)

Mon complément
:

De la première guerre mondiale, je n'avais qu'une vague idée de soldats tristement photographiés dans des tranchées plus noires que blanches, survivant dans une boue de 4 ans. Puis, j'ai lu le "Voyage au bout de la nuit".

photo multiple d'un soldat de la première guerre mondiale sur carte postale trouvée sur "Uneinsamkeiten / Unsolitudes"
Collection Heinz-Werner Lawo


Avec le chemin des âmes, nous sommes ces soldats, d'abord confiants, parfois enthousiastes, puis fatigués de cette guerre qui ressemble à un voyage fantôme où l'on croise des monstruosités : regards béants, membres arrachés et gueules cassées.

Pourtant, ce n'est pas le sang qui gicle à chaque page, c'est le feu du chasseur devant son pire ennemi : la peur, la mort, l'adversité, où qu'elle soit, quelque soit sa forme.

Elijah et Xavier, deux indiens Cree s'engagent dans l'armée canadienne pour aller en découdre en Europe. Ce sont des chasseurs. Ils iront au bout d'eux-même, de leurs forces, de leurs convictions, pour sauver leur âme.

Avant de laisser un cadavre, Elijah me dit qu'il a pris l'habitude, chaque fois, de lui lever les paupières pour le regarder dans les yeux, avant de les refermer de sa main calleuse. Et il y a chaque fois une drôle de chaleur, une étincelle, qui monte dans ses tripes, il regarde bien la couleur de l'iris et songe qu'il est - lui, Elijah - la dernière chose que verra le mort, avant qu'on ne le descende dans la boue et l'eau glaciales. Avant qu'ils ne s'en aillent tous, là où est leur place.
Elijah, il dit que cette étincelle lui emplit le ventre, quand celui-ci crie famine.
(p 256)
Une histoire poignante, qui parle de la survie, la douleur, la drogue, la mort (donner la mort, supporter la mort), la patience, la solidarité.

Le blessé gémit toujours ; il bredouille. je crois qu'il s'est mis à parler une langue secrète ; je crois que déjà, il s'entretient avec l'esprit qui l'emmènera sur le chemin des âmes, celui qu'on met trois jours à parcourir.
(p 132)
Où l'on découvre la force de caractère des personnages : Niska, la rebelle qui refuse de vivre comme les blancs, les wemistikoshiw, et qui préfère être affamée au fond des bois que maltraitée dans un orphelinat sordide. Niska, la sauvage qui devient malgré elle la sorcière, la devineresse, crainte des hommes, mais qui peut prédire où se trouvent les animaux qui sauveront les tribus affamées.

Je conduis Neveu à la rive. J'ai laissé le canoë à une bonne marche d'ici, au pied des rochers. je lui dis qu'il vaut mieux qu'il m'attende; que je vais chercher l'embarcation. Il ne répond pas ; il s'assoit lourdement sur les rochers. Je m'éloigne le plus vite possible. Je n'aime pas le laisser seul. Je suis bête de m'inquiéter : ces dernières années, il a affronté plus de périls qu'on ne pourrait en connaître durant cent vies. Mais je m'inquiète quand même.
(p 18)
Moose river à Moose Factory, Ontario

Puis, Xavier, le jeune indien qui suit son ami de toujours, Elijah, qu'il verra sombrer dans la guerre et dans la morphine.

Je fais semblant de dormir quand il fouille dans son sac pour y prendre une seringue : il lui en faut un peu pour calmer ses nerfs, faire taire les douleurs qui ne le quittent plus, désormais.
(p 356)
Xavier et Elijah, deux amis inséparables, finissent par s'écarter l'un de l'autre : Elijah est obsédé par l'envie de tuer le plus d'ennemis possibles, tandis que Xavier cherche à en finir et désire plus que tout rentrer au pays.

Une histoire inspirée de celle de Francis Pegahmagabow, soldat dans la première guerre mondiale, tireur d'élite, éclaireur, l'un des plus grand héros canadiens.

crédit photo : Loimere chez son compte Flickr



Avec ce superbe récit, l'auteur tisse une puissante histoire, pleine de douleurs, d'exaltations qui nous plongent dans la nature sauvage et rude de la nation Cree et celle, factice mais terriblement réelle de la sauvagerie des hommes.

4 commentaires:

Jules a dit…

Je l'ai aussi reçu par BOB, mais je n'ai pas encore commencé. Il semble que ce soit un livre marquant pour tous ses lecteurs!

kathel a dit…

Bravo pur ce billet très documenté ! Je gage qu'il va donner envie de découvrir ce superbe roman... je suis toujours enthousiaste plus d'un an après sa lecture.

liliba a dit…

Trop dur pour moi... même si cela a l'air magnifique...

Wictoria a dit…

ce n'est pas un livre aussi "sanglant" qu'il n'y paraît".

Certes, nous vivons la guerre, mais plus que ce qu'il y a à l'extérieur, ce livre pointe sur ce qui ce passe à l'intérieur, et nos véritables retranchements.

Rien d'horrible donc, il ne faut pas exagérer, au contraire, il y a une grande force qui vient de soi, de ses croyances, envers et contre tout.

Enregistrer un commentaire

les commentaires sont les bienvenus s'ils concernent le livre commenté ; j'ai activé la vérification des mots (désolée mais je reçois vraiment trop de "spam") ainsi que la modération des commentaires avant leur publication sur le site.