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La route - Cormac McCARTHY




Le livre
:
Date de Parution : 2006
Titre original : The road
Traduction par François Hirsch
Editions de l'Olivier
250 pages

Le sujet

Dans un monde dévasté, un homme et son jeune fils tentent de survivre en échappant à des groupes d'hommes devenus barbares tout en poursuivant un but : trouver d'autres survivants qui, comme eux, portent le feu de l'espoir.

Le verbe
Il pensait qu'il pourrait encore y avoir des navires mortuaires quelque part au large, à la dérive avec leurs lambeaux de voiles qui pendaient comme des langues. Ou de la vie dans les profondeurs. De grandes pieuvres se mouvant sur le fond marin dans la froide obscurité. Faisant la navette comme des trains, leurs yeux de la taille de soucoupes. Et peut-être qu'au-delà des vagues en deuil il y avait un autre homme qui marchait avec un autre enfant sur les sables gris et morts. Peut-être endormis séparés d'eux par à peine une mer sur une autre plage parmi les cendres amères du monde ou peut-être debout dans leurs guenilles oubliés du même indifférent soleil. (p.195)
Mon complément
Je ne pensais pas lire ce livre dont je me doutais qu'il fut émouvant et déprimant. Mais un ami me l'a prêté et je me suis laissée convaincre. C'est un livre formidable. Vous savez, le "formidable" qui inspire l'admiration et la crainte. C'est tout cela. Impossible de ne pas rester insensible devant cette vision apocalyptique de ce monde dénaturé où un père tente d'arracher son fils (que j'estime âgé de 6 ans vu ma propre expérience mais ce détail n'est pas mentionné) à la terreur et à la mort dans un monde effrayant.

De l'autre côté de la vallée la route passait à travers un brûlis totalement noir. A perte de vue de chaque côté de la route des troncs d'arbre carbonisés amputés de leurs branches. La cendre volante se déplaçant au-dessus de la route et dans le vent le grêle gémissement des fils morts tombant des mains flasques des poteaux électriques noircis. (p 13)
Equipés d'un révolver destiné à leur assurer une mort rapide (échapper à la barbarie des cannibales), d'une carte routière en lambeaux, ils tentent de rallier une côte au sud, d'échapper au froid et à la faim qui les tenaillent, se cachant des hordes de sauvages qui asservissent les miséreux qui ont le malheur de croiser leur route. Poussant un caddie dans lequel ils transportent leur nourriture, leurs couvertures, ils avancent, portés par l'élan du père et la confiance aveugle de son fils. Ce qu'ils croisent est au-delà de tout cauchemar, et le père ne peut toujours épargner les visions d'horreur à son fils qu'il appelle le "petit".

Il avait taillé pour le petit une flûte dans une tige de jonc qu'il avait trouvée au bord de la route et il la sortit de sa veste et la lui tendit. Le petit la prit sans mot dire. Au bout d'un moment il ralentit le pas et resta en arrière et au bout d'un moment l'homme l'entendit qui jouait. Une musique informe pour les temps à venir. Ou peut-être l'ultime musique terrestre tirée des cendres des ruines. L'homme s'était retourné et le regardait. Perdu dans sa concentration. Triste et solitaire enfant-fée annonçant l'arrivée d'un spectacle ambulant dans un bourg ou un village sans savoir que les acteurs ont tous été enlevés par des loups. (p 74)
Terrible évocation d'un monde revenu à l'état sauvage, dans lequel il n'y a plus d'agriculture possible sur une terre devenu stérile (l'homme et son fils se nourrissent de boîtes de conserves qu'ils dénichent dans les maisons abandonnées, des galettes qu'ils fabriquent avec de la farine.) Parfois, ils croisent des "gentils", c'est à dire ceux qui ne sont pas devenus cannibales, parfois, ils doivent faire face aux hordes sanguinaires. L'épouvante. Le père pense continuellement à la survie de son fils qu'il a fait naître (nous apprenons que la mère s'est suicidée). Son fils, sa seule raison de rester en vie.

Une lecture puissante pour une histoire qui l'est autant : une exploration sur les sentiments humains ou comment le rester quand tout indique que le monde meurt.



Et pour ceux qui aiment les films du genre, La Route sort en film le 2 décembre sur les écrans français ; je ne pense pas aller le voir, mais je suis certaine que le film sera déroutant !

Viggo Mortensen dans le rôle du père et Kodi Smit-McPhee dans le rôle du fils

9 commentaires:

kathel a dit…

Comme toi, j'ai trouvé ce livre magnifique, c'est mpon coup de coeur de l'année incontestablement ! Mais je garde mes images à moi, et je n'irai pas voir le film...

Bouh a dit…

Je VEUX absolument le lire. Depuis le temps que je le dis... La prochaine fois que je le vois, je le prends!!

Coumarine a dit…

tu donnes vraimenet envie de lire ce livre... ça y est, c'est noté! (je vois qu'il est en livre de poche...;-))

Wictoria a dit…

Kathel : c'est frai que nous avons nos propres images, et cela me suffit aussi.

Bouh, Coumarine : vous allez être vous aussi remplies de compation pour ce duo en dérive...préparez les mouchoirs !

Sylvie/Cerisia a dit…

Ce livre me tentait un peu et là ton billet a fini de me convaincre :)

Wictoria a dit…

Je viens de rendre le livre à cet ami qui me l'avait prêté, du coup, nous en avons discuté : et tous deux nous sommes d'accord sur un point : nous n'irons pas voir le film, préférant garder pour nous les images d'apocalypse qui se sont insinuées à notre conscience...
Bonne lecture !

ulaz a dit…

Le livre est dans ma PAL mais je n'ai pas pu attendre pour aller voir ce film. C'est chose faite et je ne suis pas déçue, il est superbe ! Je suis sortie de la salle toute chamboulée.

Tu peux aller voir le billet sur mon blog si le coeur t'en dit.

Béné a dit…

J'ai lu le livre et vu le film dernièrement, voir article sur mon blog, et franchement je suis restée sous le choc. C'est juste magnifique!!

Mlle Curieuse a dit…

J'ai hésité à l'acheter hier mais, comme toi au départ, la dimension désespoir et violence a penché en sa défaveur. je devrais peut être reconsidérer ma décision...

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