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Les paupières - Yoko OGAWA


Le livre

  • Date de Parution : 2001
  • Titre original : Mabuta
  • Traduction par Rose-Marie Makino-Fayolle
  • Editions Actes Sud - Babel
  • 205 pages


Un recueil de 8 nouvelles :
1- C'est difficile de dormir en avion
2- L'art de cultiver les légumes chinois
3- Les paupières
4- Le cours de cuisine
5- Une collection d'odeurs
6- Backstroke
7- Les ovaires de la poétesse
8- Les jumeaux de l'avenue des Tilleuls

1- C'est difficile de dormir en avion

Le sujet
Une femme stressée part en voyage. Dans l'avion, son voisin engage la conversation et lui raconte l'histoire qui conduit au sommeil.
Le verbe
- Quoi qu'il arrive, je ferme les yeux. Je me renferme dans l'obscurité.
Il recroisa ses jambes dans l'autre sens, lissa sa couverture. Il ne regardait pas dans ma direction et parlait en fixant un point dans la pénombre.
- Et dans l'obscurité se déroule le récit qui me conduit au sommeil.
- Le récit ? répétai-je.
- Oui, le récit, me répondit-il. Tout le monde a un récit pour dormir qui lui appartient en propre. Une sorte de guide qui le conduit dans le monde du sommeil en lui disant de se détendre, qu'il n'a rien à craindre.
Je me retournai légèrement vers lui et arrangeai mon oreiller de manière à mieux pouvoir l'écouter. (p.8)

2- L'art de cultiver les légumes chinois

Le sujet
Une femme achète des légumes à une vieille dame qui les vend en porte à porte. Cette dernière lui fait un cadeau : d'étranges graines fluorescentes qui croissent la nuit.
Le verbe
- Dis-moi, quand crois-tu qu'on va pouvoir les manger ? ai-je demandé à mon mari un soir que nous nous trouvions au lit.
- Ca... Tant qu'ils seront dans cet état, ils ne sont pas très appétissants.
Couché sur le ventre, il regardait l'aquarium.
- Avec cette allure dégingandée et ces feuilles si fines, on ne dirait pas qu'ils contiennent vingt fois plus de carotènes que les carottes, tu ne trouves pas ?
- Finalement, ce ne serait pas mieux de les mettre au soleil ?
- Mais la grand-mère a dit qu'ils aimaient les endroits sombres.
- Elle était peut-être gâteuse, tu sais. (p.39)

3- Les paupières

Le sujet
Une jeune fille suit N, un homme qui semble vulnérable et se prête à ses fantaisies dans l'intervalle de temps où elle est sensée se rendre à son cours de piscine. N lui demande de jouer du violon alors qu'elle ne sait pas en jouer, l'admire quand elle prend sa douche et lui fait connaître son hamster.
Le verbe
- Quelqu'un nous épie.
- Ce n'est pas grave, disait-il, comme s'il le savait depuis longtemps. C'est le hamster. C'est lui qui nous observe. Il a fallu lui enlever les paupières à cause d'une maladie des yeux et il ne peut plus les fermer.
Et ses doigts arrivèrent à mes yeux. Ils se promenèrent à loisir sur mes paupières. (p.70)

4- Le cours de cuisine

Le sujet
Une jeune femme répond à une annonce pour prendre des cours de cuisine. Le jour où elle se présente, elle se retrouve la seule élève face à une cuisinière qui ne lui donne rien à faire. Soudain, deux hommes se présentent pour déboucher les canalisations et affirment pouvoir faire disparaître tout ce qui s'y cachent. Bientôt, les deux femmes voient refluer tout ce qui a été emporté dans les tuyaux sous la maison.
Le verbe
Regardez bien. C'est le produit que j'ai injecté tout à l'heure. Dans quelques instants, soixante années de saletés, du plus récent au plus ancien, vont revenir à la surface, dit le jeune homme.
Il y eut tout d'abord quelque chose de noir et de grumeleux.
- Oh regardez. C'est de l'encre de seiche, dit la dame, aussi excitée que devant un tour de magie. (p.98)

5- Une collection d'odeurs

Le sujet
Un homme fait la connaissance d'une femme, collectionneuse, dont le séjour est largement occupé par des étagères sur les trois murs de son salon. Les étagères du haut semblent receler de bien étranges spécimens.
Le verbe
L'échelle n'était pas très solide et je ne pouvais pas m'empêcher d'être inquiet. Je lui répétais sans cesse que j'allais m'en occuper à sa place mais elle n'écoutait pas.
- C'est ma collection, personne n'a le droit d'y toucher.
Perché sur son échelle, elle me faisait un clin d'oeil. Je me contentais donc de regarder ses pieds blancs et graciles. (p.111)

6- Backstroke

Le sujet
Un jeune prodige en natation, soumis à la volonté de sa mère qui veut faire de lui un grand champion, se réveille un matin avec un de ses bras tendu et levé le long de son oreille. Impossible pour lui de le bouger. Sa soeur se souvient.
Le verbe
Ma mère a pris son bras, et elle a voulu le baisser, mais il n'a pas bougé d'un millimètre. Sa position était tellement figée qu'il donnait à penser que pendant son sommeil, son bras avait finit par adhérer à son oreille. (p.132)

7- Les ovaires de la poétesse

Le sujet
Une femme qui souffre d'insomnie part en vacances dans une ville lointaine dans le but de retrouver le sommeil. Cherchant à s'abriter de la pluie, elle pénètre dans un musée dédié à une poétesse sur l'invitation d'une jeune mendiant.
Le verbe
- Quel âge avait-elle ?
- Trente-huit ans. Elle avait une maladie des ovaires. Tenez, regardez la vitrine là-bas.
Je ne compris pas tout de suite ce qu'il y avait dans cette vitrine. Quelque chose qui ressemblait à du fil de coton ou du fil de fer très fin, enchevêtré en forme de cocon. Autrefois, cela avait dû être coloré, mais maintenant, c'était devenu d'un gris mat et sans nuances. (p.167)

8- Les jumeaux de l'avenue des Tilleuls

Le sujet
Lors d'un déplacement, un romancier japonais rencontre son traducteur autrichien, un vieillard, infirme, qui vit avec son frère jumeau.
Le verbe
- Vraiment, vous n'avez pas mis le nez dehors depuis cinq ans ?
- Non.
- Même en chaise roulante ?
- Je n'en ai pas besoin. Karl va à la poste pour moi. Et il fait les courses. Le médecin me rend visite. Je peux traduire en restant dans cette pièce.
Heinz tripotait les franges de son plaid.
- Je suis un peu comme un vieil écureuil qui a grimpé sans s'en apercevoir tout en hait d'un arbre dont il ne peut redescendre.
- Si ça ne vous ennuie pas, commençais-je en quittant la fenêtre pour venir me rasseoir sur le sofa, vous ne voulez pas que nous sortions ensemble ? Je vais vous porter. (p.197)

Mon complément

Parce qu'il y a cette impression de déjà vu, déjà murmuré, déjà compris, je prends toujours plaisir à ouvrir un nouveau livre de Yoko Ogawa comme on retrouve un familier rassurant. Un livre d'Ogawa est comme un gâteau gourmand dont je me délecte.

Dans ce recueil, j'ai retrouvé quelques thèmes chers à Ogawa : le baseball, la piscine, la mère abusive, l'enfant soumis, les collections...

Si la plupart des histoires traitent du sommeil, et des changements qu'il entraîne, j'ai également remarqué une petite curiosité pour les 6 premières nouvelles, il s'agit d'un objet transitionnel : le sac :
  • le sac qui contient le bric à brac de la vieille dame dans "C'est difficile de dormir en avion",
  • celui qui contient les étranges légumes chinois dans "L'art de cultiver les légumes chinois",
  • celui qui contient le maillot de bain de la fille dans "Les paupières",
  • le sac contient les instruments qui permettent l'évacuation des canalisations dans "Le cours de cuisine",
  • dans "Une collection d'odeurs", pas de sac proprement évoqué mais que l'on imagine quand la collectionneuse rapporte ses précieux petits flacons marrons prêt à remplir...
Et maintenant, les ressemblances avec d'autres romans :

Parfum de Glace :
  • la japonaise qui voyage en Europe dans "C'est difficile de dormir en avion"
  • un interprète dans un pays étranger dans "Backstroke"
  • la mère possessive dans "Backstroke"
  • la collection d'odeur dans "Une collection d'odeurs"
Hotel iris
  • les liens puissants entre un vieil homme et une jeune fille dans "Les paupières"
Amours en marge
  • se faire coiffer les cheveux par le conjoint dans "Une collection d'odeurs"
Le musée du silence
  • les morceaux de corps enfermés dans les petits flacons dans "Une collection d'odeurs"
J'en oublie certainement.

Certains personnages de Yoko Ogawa ont besoin du contact de l'autre pour se ressaisir Ses iris marron clair épiaient mes réactions. Il essuyait avec un mouchoir la sueur qui perlait à mon front, tandis que de son autre main, il me frictionnait le dos. (p 120, Backstroke) et moi, j'ai besoin de savoir qu'il me reste encore quelques titres pour m'apaiser : "La bénédiction inattendue" et "La marche de Mina", deux romans que je n'ai pas encore achetés, il me reste encore la joie du désir.

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3 commentaires:

calypso a dit…

Je n'ai pas lu le recueil, mais je connais "Les paupières".

Wictoria a dit…

dans ce recueil, ma nouvelle préférée est Backstroke. Mais elles ont toute ce petit je ne sais quoi que me rend Yoko Ogawa attirante : un mélange d'inquiétude et de facination

Lune a dit…

Je viens seulement de le découvrir. Oui il y a une impression de déjà lu mais comme toi, ce fut encore un plaisir. Finalement toutes les nouvelles, pour des motifs différents, m'ont plu.

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