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Eldorado - Laurent GAUDÉ

Le livre
Date de Parution : 2006
Editions Actes Sud
237 pages

Le sujet

Italie. Le commandant Salvatore Piracci est chargé, à bord de sa frégate, d'arraisonner les embarcations qui abordent la péninsule de manière illégale. Les retrouvailles avec une mystérieuse femme qui n'a survécu durant 2 ans à la mort de son enfant que pour se venger de l'homme qui a organisé son voyage clandestin, puis la rencontre avec un homme qui lui demande de le cacher, le plonge littéralement dans une prise de conscience qui le pousse à rompre ses amarres et à partir vers la Libye pour y devenir un homme nouveau et sans identité.
Dans le même temps, Soleiman, s'apprête à émigrer en compagnie de son frère Jamal dans le but de fuir un destin de misère, et moyennant une belle somme, remettent leurs vies entre les mains de passeurs pour le moins peu scrupuleux.

Le verbe
Tuer. Elle n'avait vécu que pour cela. Le commandant se passa la main sur le visage. Il avait chaud. Il voulait se lever, faire quelques pas, lui parler de la vie qui lui restait à vivre, du passé qu'il fallait laisser derrière soi. Parler du malheur, lui dire qu'on ne se venge pas d'une tempête ou d'un cataclysme. Mais avant qu'il n'ait pu le faire, elle repris la parole et sa voix le gifla.
- Ils m'ont fait payer le billet de mon fils. Mille cinq cent dollars, commandant. Mille cinq cent dollars pour mourir de soif dans mes bras. Comment voulez-vous que je pardonne ça ? (p.34)

Mon complément

Il n'y a que lui, Laurent Gaudé, pour écrire ce genre d'histoires, de celles qui touchent l'âme. Non seulement le style est remarquable : pas de désagréables "redites", pas de prose pompeuse,... mais juste la sensation de surfer sur la mer ondulante d'un récit qui coule de source, mais il y a le "fond", une histoire à raconter, dramatique, et qui n'a rien de commun.

Au travers de plusieurs chapitres, treize pour être précise, Laurent Gaudé retranscrit les points de vue du commandant, puis des frères Soleiman et Jamal et chaque trajectoire mène à une sorte d'Eldorado : une terre promise dont la richesse ne fait pas trébucher mais sonne dans le coeur de ceux qui acceptent de vivre au plus profond de leurs convictions.

Notons dans ce livre (de 2006) le même genre de scène qui explique le passage de frontière entre l'Afrique et l'Europe avec le grillage, les barbelés et les échelles du dernier espoir, que l'on retrouve également dans les dernières pages du livre de Marie Ndiaye Trois femmes puissantes (en moins détaillé).

Extrait à l'appui :

Premier extrait dans "Eldorado" :

C'est alors que je vois Boubakar, sur une échelle, à quelques mètres de moi. A mi-chemin entre la terre et le sommet. Il ne bouge plus. Il est accroché aux barbelés et ne parvient pas à s'en défaire. Des assaillants, sous lui, commencent à hurler. Ils veulent l'agripper pour le faire tomber et qu'il cède sa place. Je ne réfléchis pas. Je descends dans sa direction. En quelques secondes, je suis sur lui et arrache la manche de son pull. Il me regarde avec étonnement. Comme un chien regarde la lune. Je lui hurle de se dépêcher. Il reprend son ascension. Nous sommes tous les deux au sommet, maintenant. Il faut faire vite. (p 196, Laurent Gaudé - Eldorado).
Second extrait dans "Trois femmes puissantes"

Ils arrivèrent enfin dans une zone déserte éclairée de lumières blanches comme un éclat lunaire porté à incandescense, et Khady aperçut le grillage dont ils parlaient tous.
...
elle voulait monter encore et se rappelait qu'un garçon lui avait dit qu'il ne fallait jamais, jamais s'arrêter de monter avant d'avoir gagné le haut du grillage, mais les barbelés arrachaient la peau de ses mains et de ses pieds et elle pouvait maintenant s'entendre hurler et sentir le sang couler sur ses bras, ses épaules, se disant jamais s'arrêter de monter, jamais, répétant les mots sans plus les comprendre et puis abandonnant, lâchant prise, tombant en arrière avec douceur et pensant alors que le propre de khady Demba, moins qu'un souffle, à peine un mouvement de l'air, était certainement de ne pas toucher terre, de flotter éternelle, inestimable, trop volatile pour s'écraser jamais, dans la clarté aveuglante et glaciale des projecteurs. (p.315, Marie Ndiaye - Trois femme puissantes, 2009).
A méditer, et à relire !

3 commentaires:

kathel a dit…

Je l'ai déjà noté, celui-ci... après avoir aimé Le soleil des Scorta et La porte des enfers !
tu confirmes donc qu'il faut que je le lise !

L'or des chambres.over-blog.com a dit…

Il est sur ma PAL celui là aussi, j'ai vraiment hâte de le lire !!!

Wictoria a dit…

Laurent gaudé est un beau personnage, que dis-je un homme doté d'un charisme, et sachant écrire les drames et les passions avec une écriture que je trouve exceptionnelle : mature, murmurante, magnifique.

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