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Taxi - Khaled Al KHAMISSI




Le livre
:
Date de Parution : 2007
Titre original : Taxi, hawâdît al-machâwîr
Editions Actes Sud pour la traduction française (2009)
190 pages



Le sujet
:
Egypte. 58 nouvelles (petites scènes) traitant de divers sujets comme la précarité, les difficultés de vivre au quotidien, la perception du gouvernement par les "gens d'en bas", la corruption, la haine des Etats-unis, l'Irak, la foi, la condition des femmes, l'insécurité de certains quartiers, etc... au travers d'histoires vécues, d'annecdotes racontées par les chauffeurs de taxi et/ou leurs passagers.



Le verbe
:
C'était le ramadan, un peu avant l'heure de la rupture du jeûne. Je portais un grand tableau. Le coup de canon allait retentir dix minutes plus tard. C'était difficile de trouver un taxi à ce moment là. J'attendais donc qu'il y en ait un qui apparaissent du ciel. La divine providence m'a finalement envoyé un ange noir, avec des ailes noires venant du Sud noir, du plus bel endroit d'Egypte, Assouan. Il avait le coeur noir, la couleur de la pureté, de l'authenticité et de la beauté.
- La toile est grande, elle ne va pas tenir sur la banquette arrière, m'a dit le taxi. Vous voulez qu'on la fixe sur le toit ?
- Mais on va pas arriver à temps pour l'iftar.
- C'est pas grave si on arrive en retard de quelques minutes.
Et l'ange noir est sorti fixer la toile sur le toit de sa voiture. Nous avons démarré doucement, sans hâte. L'homme avait une bonne cinquantaine d'années, des traits agréables et une voix douce.
- Vous êtes peintre ?
- Non, pas du tout. Mais j'étais chez une amie peintre.
(p 187)
Mon complément :

De la circulation en Egypte je me souviens avant tout du bruit. De cet incroyable concert de klaxons qui cassent les oreilles et qui surprend tous les touristes. Pouvez-vous imaginer tous les conducteurs, de bus, de camion, de voiture, avancer en klaxonnant ? C'est pourtant ce que je vécus lors de mon bref séjour au Caire dans les années 90. Un ramdam infernal qui ressemblait à du folklore, une coutume assourdisante. Je ne sais si cela est toujours le cas de nos jours.

De cette singularité, il n'est pourtant pas question dans ce livre, l'auteur y étant certainement habitué, en revanche il y a matière à tant de choses... C'est très simple : ce livre est parfait. Il a tout ce que j'aime. Il est de ce genre que je voudrais pouvoir écrire : une sorte de témoignage de l'instant, subtilement déguisé sous des histoires, des anecdotes, distribué sous forme de pensées, récits, dialogues. En un mot ce livre est une sorte de bénédiction.

Non, je n'y vais pas un peu fort, c'est que je dois encore être sous le charme. Pour preuve, à l'heure qu'il est, je l'ai encore sous les yeux, mais demain, il sera ailleurs, dans une autre maison, pour le plaisir évident du partage. J'en ai déjà parlé aujourd'hui autour de moi et je vais le prêter à une amie.

Choisi par hasard dans une libraire pendant les vacances (je n'avais plus rien à lire !), je suis très heureuse d'avoir porté mon choix sur ce volume composé de nouvelles (j'aime bien lire les nouvelles). Celles qui composent ce recueil sont toutes parfaites : rien à redire. Le style, les formes, les couleurs que nous percevons de ces histoires en font une sorte de patchwork des sentiments tout de légèreté ou de gravité.

En ouvrant ce livre, nous prenons place à bord d'un taxi, pour une visite de la société égyptienne et de ses difficultés. Une visite trop courte parfois... Un livre qui vous dépaysera !


Quand j'ai quitté cet ange noir, j'avais comme un goût sucré à la bouche et un parfum de chèvrefeuille dans mon esprit. Grâce à lui, j'ai pour la première fois rompu le jeûne tranquillement, sans précipitation, en profitant de tout ce que j'avais autour de moi.

Cela m'a donné envie de transformer ma maison en nid comme celui qu'il m'avait décrit.

Mais où pourrais-je trouver des ailes comme les siennes ?

(p 189)
J'attends maintenant le prochain Khamissi traduit !



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Couverture originale

8 commentaires:

Jules a dit…

J'ai noté ce livre il y a bien longtemps, je vais voir si je peux le retrouver ici... Dans le genre, connais-tu Poil de Cairote de Paul Fournel?

Lucie a dit…

Ça donne drôlement envie!
J'attendrai patiemment qu'il daigne franchir la mare d'ici quelques semaines...

kathel a dit…

Il fait partie de mes prochaines lectures... (enfin, quand je dis "prochaines" ça peut être dans 6 mois) et je suis contente, il a l'air d'avoir tout ce que j'aime !

Wictoria a dit…

Jules
je ne connais pas mais une recherche me fait comprendre de quoi il s'agit, un vaste défi qu'il s'est lancé là !
>>"Cinq fois par semaine, chaque petit matin et sans jamais faillir pendant plus de cinq cents jours, j’ai donné des nouvelles à 98 amis."

Lucie
je pense que les éditions Actes Sud sont mondialemnt distribuées, si ce n'est pas le cas, je t'enverrai ce livre dès qu'il me reviendra :)

Kathel
Tu peux le lire par petits bouts : certaines histoires ne font qu'une seule page, je pense que la plus longue en fait 5 ou 6...

liliba a dit…

C'est noté !

Mais comment tu as fait pour n'avoir plus que 6 lvires dans ta PAL ? Tu as tout jeté ?

Wictoria a dit…

Lili
Ah ah tu as vu comment j'ai fait le ménage ? Et oui, 1ère résolution de l'année en matière de lecture :
- je me suis débarassée des livres que, il faut bien l'avouer, je ne lirai pas. Je ne les ai pas jetés, j'en ai donné certains, pour les autres, je les ai rangé dans ma bibliothèque, au chaud :) mais une chose est certaine : ils ne sont plus dans ma "pile à lire" (et je suis sérieuse !!!).

Anonyme a dit…

Taxi,reçu ce matin et je n'en suis qu'à mi-lecture.
Parce que je me le savoure, de retour dans les rues embouteillées du Caire, sur fond de ces milliers de klaxons.
Parce que je suis sous le charme des talents du conteur. Ce conteur dont la parole est celle des humbles, de leur misère quotidienne - si visible.
Parce que prendre un jour un taxi au Caire ne s'oublie pas, quand il s'agit d'une grande Peugeot complètement déglinguée, remplie de 7 passagers, conduite de main de maître dans les embouteillages par son gentil chauffeur... hilare face à notre ébahissement.
Mille mercis de m'avoir fait connaître Khaled Al Khamissi.

Djinn

Wictoria a dit…

Merci Djinn, ce message m'émeut et me donne envie de retourner un jour au Caire pour y faire ce que je n'ai pas eu le temps de vivre.

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