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La chambre dérobée - Paul AUSTER



Le livre

Titre original : The locked room
Date de parution : 1986
Traduction française par : Pierre Furlan
Editions Actes Sud - 1991
154 pages


Le sujet
Fanshawe disparaît, sa femme, persuadée qu'il est mort, se décide à solliciter le narrateur afin qu'il prenne connaissance de l'oeuvre littéraire de son ancien ami d'enfance et décide si celle-ci vaut la peine d'être éditée. Peu à peu, le narrateur en vient à croire que Fanshawe est vivant, qu'il se cache quelque part. La jalousie le taraude, Fanshawe a toujours été son modèle de perfection ! A tel point qu'il finit par désirer qu'il disparaisse vraiment.

Le verbe

L'histoire toute entière se ramène à ce qui s'est passé pour terminer, et si je n'avais pas à présent cette conclusion en moi, je n'aurai jamais pu commencer ce livre. Il va de même pour les deux volumes qui précèdent celui-ci Cité de verre et Revenants. Ces trois récits, au bout du compte, sont la même histoire, mais chacun représente un stade différent de ma conscience de ce que à quoi elle se rapporte.
...
Si les mots ont suivi, c'est uniquement parce que je n'ai pu faire autrement que de les accepter, de les prendre à mon compte et d'aller là où ils voulaient bien que j'aille. (p 401)

Mon complément

Loin du texte de la lecture "le monde pseudonyme de Paul Auster" proposé à la fin de la Trilogie par Marc Chenetier, je veux parler de ce qui me touche en tant que lectrice.

J'ai adoré ce volume.

M'y plonger fut pour moi une sorte de bain de jouvence : ce genre de livre m'autorise de manière incroyable à percevoir tout ce que j'aime, ce qui est important pour moi, ce que j'ai envie de dire, de partager. Ce livre me pousse à écrire moi-même.

Il va de soi que je suis un peu triste d'arriver à la fin, d'autant qu'il n'y a pas vraiment de fin, mais une sorte de nouvelle porte vers un autre monde, un autre livre suggéré.

C'est toujours ainsi que je lis Auster, du moins ses anciens livres car à part Dans le Scriptorium, je n'ai rien lu de lui plus récent.

S'intéresser aux mots, s'inventer dans ce qui est écrit, croire au pouvoir des livres - voilà qui submerge tout le reste, et en comparaison notre propre vie se rapetisse considérablement. (p.306)
Comment ne pas être séduit par cet extrait ? Je vous le demande. Bien sûr, je suis.

Le narrateur accepte la difficile mission de sortir de lui-même pour entrer dans un autre, vivre la vie de l'autre, il part sur les traces de Fanshawe pour se retrouver, percer le secret de l'absent pour émerger.

On avait l'impression qu'existait en lui un noyau caché où on ne pourrait jamais accéder, un centre mystérieux du secret. (p.288)
Mais Fanshawe est un pirate, un saboteur, un menteur, un bonimenteur, un voleur : il glisse dans la vie comme une étoile filante, irresistible et en même temps insupportable. Est-il le bourreau ou la victime ? peut-être les deux à la fois puisque c'est un écrivain, un inventeur : tout est possible... même la possibilité de n'avoir jamais disparu, ou d'être devenu fou.

Voilà tout ce qui m'est passé par la tête à la lecture de ce livre imbriqué, où les noms des personnages se reflètent d'un volume à l'autre, où la réalité s'immerge dans la fiction, comme si Auster faisait une sorte de scrapbooking avec des morceaux récupérés de sa vie intérieure et de sa vie affective dans son atelier intime, son cerveau, sa chambre dérobée, au monde et aux explications...

A la fin, le puzzle assemblé ne ressemble à rien de connu ou de définissable, et chacun y verra son propre labyrinthe, son propre dénouement. Et c'est cela qui est merveilleux.

Comme il s'agit aussi d'un livre où la filiation a un rôle d'importance, je me suis amusée à faire l'inventaire des enfants qui apparaissent dans la TNY :
  • Peter, l'enfant tenu enfermé durant 9 ans dans une pièce obscure par son père pris de démence
    Je pense qu'il est probable qu'il s'est mis à croire à quelques unes des idées religieuses extravagantes sur lesquelles il avait écrit. Ca l'a rendu fou, absolument dément. On ne peut pas dire ça autrement. Il a enfermé Peter dans une pièce de l'appartement, il a recouvert les fenêtres et l'a gardé comme ça pendant 9 ans. Une enfance entière passée dans l'obscurité, isolée du monde, sans aucun contact humain à part une raclée de temps à autre. Je vis avec le résultat de cette expérience et je peux vous dire que les dégâts ont été monstrueux. Ce que vous avez vu aujourd'hui, c'est Peter au meilleur de sa forme. Il a fallu treize ans pour l'amener à ça et je ne suis pas près de laisser quelqu'un lui faire à nouveau du mal. (TNY- Cité de Verre - p 47)
  • L'enfant mort de Daniel Quinn
    Son bureau était parti, ses livres, les dessins d'enfant de son fils mort étaient partis. (TNY- Cité de Verre - p 174)
  • L'enfant mort sur lequel enquêtait Doré et dont il avait fait réaliser un masque mortuaire
    Cet homme du nom de Doré, s'est trouvé obsédé par le meurtre. Avant que l'enfant ne soit enterré il a fait un masque mortuaire de son visage et, dès lors, il a consacré tout son temps disponible à percer ce mystère. Vingt ans plus tard, ayant atteint l'âge de la retraite, il a quitté son travail et voué chacun de ses instants à cette affaire. Mais les choses ne sont pas allées à son gré. (TNY- Revenants - p 198)
  • Bleu qui se souvient de son père - et aussi de l'alpiniste qui avait retrouvé le corps de son propre père victime d'une chute plus de 20 ans auparavant.
    Seul dans les montagnes, à des kilomètres de tour être humain, le fils passa par hasard sur un corps dans la glace - un mort parfaitement intact, comme préservé en arrêt momentané des fonctions vitales. Il va sans dire que le jeune homme s'arrêta pour l'examiner, et lorsque en se penchant il regarda le visage du cadavre, il eut l'impression aussi nette que terrifiante qu'il était en train de se voir lui-même. (p 210)
  • L'enfant de Fanshawe, Ben, qu'adopte le narrateur, puis Paul, l'enfant qu'il a avec Sophie
    Et je veux adopter Ben, ai-je dit. Je veux qu'il porte mon nom. Il est important qu'il grandisse en me considère comme son père. (p 330)

Peu de choses à rajouter, si ce n'est que ce livre est riche, riche de tant de choses qui me parlent que je n'ai qu'une envie, c'est de lire très prochainement "L’invention de la solitude", il me le faut !!!

6 commentaires:

Lucie a dit…

J'adore Paul Auster et ai tout lu... Son dernier est vraiment excellent. Sinon, je te recommande Le monde des illusions ou La nuit de l'oracle ou... bon, j'arrête! :)
Le scriptorium est le seul que je n'ai vraiment pas aimé.

Wictoria a dit…

je pense que j'en viendrais à tout lire de lui ! avec le temps...
Pour le moment, j'ai lu ceux que tu m'indiques, voir l'ensemble des billets en cliquant ICI

Malice a dit…

Mais toi aussi (avec Céline) tu me donne furieusement envie de connaître mieux Paul Auster :))) "Croire au pouvoir des livres" : Oh ! Oui ...

Wictoria a dit…

Paul Auster est pour moi un auteur modèle, absolument.

Wictoria a dit…

j'ajoute que Ogawa l'adore elle-aussi, et moi, j'adore Ogawa, nous sommes donc dans le même cercle, enfin, plus eux que moi :) moi, je me promène sur la périphérie, et je suis heureuse de ma position :)

Malice a dit…

Et bien acheté hier et plongé dedans aussi tôt !

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