Raison et sentiments - Jane AUSTEN




Le livre

Titre original : Sense and sensibility
Date de parution : 1811
Traduction française par : Jean Privat
Editions Christian Bourgois (10-18)
370 pages

Le sujet
Angleterre, début du 19ème. Mme Dashwood a du souci à se faire : Elinor et Marianne, ses deux filles ainées tombent tour à tour amoureuses d'hommes qui n'assument pas leur inclination pour les demoiselles : Marianne, la sentimentale, s'éprend de John Willoughby et Elinor, la raisonnable tombe amoureuse d'Edward Ferrars. Chacune va devoir affronter l'inconstance de ses messieurs.

Le verbe
Elinor ne répondit rien. Elle méditait silencieusement sur le mal irréparable qui découlait d'une indépendance prématurée. La paresse, la dissipation, le luxe qui en avaient été la conséquence avaient anéanti l'esprit et le caractère, détruit le bonheur d'un homme doué de tous les avantages du corps et de l'esprit. Avec des dispositions naturelles à la franchise et à l'honnêteté et un coeur sensible et aimant, le monde l'avait rendu d'abord extravagant et vain ; et, peu à peu, insensible et égoïste. La vanité, en lui faisant rechercher un triomphe coupable aux dépens d'une autre, l'avait mis sur la route d'un amour sincère que son emportement vers les plaisirs l'avait forcé à sacrifier. Chaque concession en l'inclinant vers le mal l'avait également conduit au châtiment. L'amour qu'il avait volontairement repoussé contre son honneur, son propre sentiment et son véritable intérêt, le possédait tout entier, maintenant qu'il lui était interdit. (p.327)
Mon complément
J'ai volontairement rédigé un résumé court comme accroche, mais j'ai aussi préparé un rapport plus détaillé de cette histoire que voici :

(spoiler !)
A la mort d'Henry Dashwood, sa veuve, Madame Dashwood et ses 3 filles (Elinor, Marianne et Margaret) doivent laisser leur belle propriété de Norland (Sussex) à John Dashwood, le beau-fils et demi-frère de ses dames. Celui-ci est fortement poussé par sa femme, la peu aimable Fanny, à se débarrasser de l'encombrante famille, et les dames Dashwood s'installent à Barton (Devonshire). Elinor laisse alors derrière elle le beau Edward Ferrars (24 ans), le frère de Fanny, son amoureux secret.

Le mobilier fut expédié entièrement par eau. Il consistait principalement en linge de maison, argenterie, vaisselle et livres, et un beau piano-forte appartenant à Marianne. Mrs John Dashwood vit partir les paquets avec un soupir, elle ne pouvait s'empêcher de trouver dur que, avec une fortune aussi insignifiante à côté de la leur, Mrs Dashwood pût posséder d'aussi belles choses. (p.29)
A Barton, les quatre femmes, font connaissance de leur riche cousin éloigné Sir John qui les a invité à occuper Barton cottage qui jouxte sa propriété de Barton Park d'un demi-mile (800 mètres environ). Elles font également la connaissance de John Willoughby (25 ans), un beau jeune homme qui ne tarde pas à tomber follement amoureux de Marianne, et réciproquement. Le Colonel Brandon (35 ans), un vieil ami de Sir John, tombe lui aussi sous le charme de Marianne, hélas pour lui ! il a 18 ans de plus que la jeune fille et bien entendu, elle ne le "voit" pas comme un futur mari potentiel... d'autant que Willoughby est vraiment très prévenant et charmant. Pourtant Willoughby finit par partir, et Marianne désespère de le revoir.

Willoughby parti, place à Edward. Mais il semble bien sombre... Elinor ne reconnaît pas son cher amoureux qui reste distant, comme préoccupé. Impossible de savoir ce qui le retient de lui déclarer son amour.... Et Elinor est trop raisonnable pour tenter d'en savoir plus.

De nouvelles venues arrivent chez Sir John qui adore recevoir et faire la fête : ce sont les soeurs Steele : Miss Steele (Anne, 30 ans) et Lucy la cadette (25). Les deux jeunes femmes manquent cruellement d'éducation mais elles font une compagnie pour distraire un peu à la campagne. Le côtoiement des jeunes Dashwood et Steele va permettre un terrible aveu : Lucy explique à Elinor qu'elle s'est fiancée à Edward voici 4 ans. Elinor reste sous le choc de cette révélation qui doit rester secrète, et ne dit mot à personne, ni à sa soeur, ni à sa mère, de l'anéantissement de ses voeux les plus chers. Terminée l'éventualité d'une union avec son cher Edward.

Maintenant, Elinor et Marianne vont se changer les idées à Londres : elles y retrouvent Willoughby qui ignore Marianne au grand désespoir de celle-ci, Marianne n'est pas comme sa soeur : elle est bien trop sensible pour contenir et cacher son chagrin, ce ne sont que larmes et dépression. Pire encore, voilà que Willoughby se marie avec une femme riche !!! C'est trop, Marianne est effondrée.

Autre coup de théâtre : voilà que les Dashwood-Ferrars apprennent incidemment le lien entre Lucy et Edward : résultat, la mère Ferrars renie son fils qui part aussitôt de Londres pour Oxford. Il lui faut vite trouver un revenu et comme il a toujours désiré être clergyman (plus précisément de disposer d'une cure) c'est le Col Brandon qui, par l'intermédiaire d'Elinor, lui offre son futur emploi.

Voulez-vous être assez bonne pour lui dire que la cure de Delaford, qui vient d'être vacante, ainsi que me l'apprend une lettre reçue ce matin, est à sa disposition s'il veut l'accepter ; et, en raison de la fâcheuse position où il se trouve on ne peut guère douter de sa réponse. Je voudrais simplement qu'elle fût plus importante : c'est un rectorat, mais petit ; le dernier titulaire, je crois, n'en retirait pas plus de deux cents livres par an et, bien qu'il soit certainement susceptible d'amélioration, je crains que le revenu ne soit pas assez suffisant pour lui assurer une existence vraiment convenable. Tel qu'il est, cependant, j'aurais grand plaisir à présenter Mr. Ferrars à ce poste. Je vous prie de l'en assurer.
L'étonnement d'Elinor en recevant cette commission n'aurait pas été plus grand si le colonel lui avait demandé sa main. (p.278)
Dépossédé par sa mère de son héritage, Edward devient moins intéressant, et voilà que Lucy s'amourache de Robert, le frère, ils convolent en douce, au grand plaisir d'Edward enfin libre d'aller courir demander sa main à Miss Dashwood (la belle Elinor).

Son voyage à Barton, en fait, avait un but fort simple. Il venait seulement pour demander la main d'Elinor ; et, si l'on considère qu'il n'était nullement dépourvu d'expérience en la question, on peut trouver étrange qu'il se soit senti, en l'occurrence, si mal à l'aise, avec un tel besoin de prendre l'air et d'être encouragé. (p.356)
Vous suivez toujours ? Ce n'est pas encore terminé.
Le temps passe... 2 ans. Marianne finit par s'attacher au Col Brandon décidément très prévenant et accepte sa demande en mariage.
Tout est bien qui finit bien pour nos deux soeurs Dashwood.

Le récit permet de découvrir la manière de vivre de la gentry à cette époque : leurs loisirs (lectures, promenades en campagne ou forêt, bals, dîners, réception chez les uns et les autres, tea-party, jeux de cartes, parties de chasse pour les hommes) ; les relations sociales étaient alors très prisées pour occuper ses journées.

Bien sûr, mention spéciale à la prose de Jane Austen, toujours appréciable : j'adore son humour, chargé d'autodérision pour ses contemporains.

Le dîner fut d'une grande classe, les serviteurs nombreux et tout témoignait, chez la maîtresse de maison, du désir de briller et révélait chez le maître les moyens de la satisfaire. En dépit de toutes les améliorations et embellissements qu'il avait entrepris à Norland, en dépit des millions de livres qu'il avait failli vendre à perte, on ne découvrait aucun signe de cette indigence à laquelle il avait essayé de faire croire, aucune pauvreté n'apparaissait si ce n'est dans la conversation ; mais là, le déficit était considérable. (p.232, excellent n'est-ce pas ?)
J'ai remarqué comment Jane Austen dépeint les différences entre fratries : l'amour que se portent les soeurs Dashwood contre l'animosité entre les frères Ferrars : Robert n'aime pas beaucoup son petit frère, c'est le moins que l'on puisse dire.

Je suis toujours importunée (agacée) avec la non conversion des mesures de distance dans les romans anglosaxons, il faut forcément faire la conversion pour mesurer, c'est le cas de le dire, l'impression des distances entre les villes ou les maisons. Ainsi, à Barton, le cottage est distant de la maison de Sir John de 0,5 mile (autant dire 800 mètres en le traduisant non ?).

"Ghirlandata" de Dante Rossetti
Je vais poursuivre ma découverte du théâtre de la vie de la petite noblesse campagnarde où Jane Austen puise son inspiration par le roman Emma.

Les arbres d'orgueil - Gilbert Keith CHESTERTON



Le livre

Titre original : The trees of pride
Date de parution : 1922
Traduction française par Lionel Leforestier
Editions Le promeneur (Gallimard, collection "Le cabinet des lettrés")
130 pages

Le sujet

Cornouailles. Epoque indéterminée (mais sans conséquences). Le squire Vane possède en son domaine d'étranges arbres au feuillage qui ressemble à des plumes de paon, importés d'une mystérieuse terre étrangère. Une légende les accompagne et la population locale les tient pour responsables de nombreux maux, voire d'apporter la mort : ces arbres là ne sont-ils pas capables d'avaler un homme ? Vane prétend que tout cela ne sont que sornettes et un soir, promet de passer la nuit auprès des arbres pour prouver qu'il ne lui arrivera rien. Il ne reparaît pas. Les proches enquêtent sur les causes de cette inexplicable disparition. Des indices leur arrivent qui ne sont pas des preuves pour autant...

Le verbe
Non seulement cette silhouette lui était étrangère, mais elle était étrange en elle-même. C'était celle d'un homme encore jeune, qui semblait d'ailleurs plus jeune que ses habits, qui n'étaient pas seulement élimés mais depuis longtemps démodés-des habits d'une étoffe assez commune, mais portés de façon peu commune. Il était vêtu en effet d'une sorte d'imperméable léger, qu'il avait peut-être mis pour aller en mer, mais qui, retenu au cou par un seul bouton, avec les manches qui ballaient au vent, ressemblait plus à une cape qu'à un manteau. Il s'appuyait d'une main osseuse sur un bâton noir, et de son chapeau à large bord s'échappaient une mèche ou deux de cheveux noirs. Il avait un visage basané mais assez beau, sur lequel flottait une sorte de sourire embarrassé, à moins qu'il ne s'agît de l'esquisse d'un ricanement. (p.20)
Mon complément
Voici une petite histoire mi-policière mi-fantastique qui se lit facilement non sans une certaine inquiétude : Vane est-il bel et bien la victime des arbres venus d'ailleurs et qui sont capables d'absorber un homme dans leur tronc ? Mais l'auteur brouille les pistes, jouant au ping pong entre les indices et les intuitions. Ne pas croire ce que l'on voit mais laisser parler son coeur, ou plutôt sa raison. Voilà la morale de l'histoire.

Une lecture plaisante avec un bémol : je n'ai pas aimé le manque d'explication des liens entre Barbara, la fille du squire et John Treherne, le poète : au début du récit, ils semblent ne pas se connaître (cf l'extrait ci-dessus), et à la fin on apprend qu'ils sont mariés. A moins de supposer que Barbara soit atteinte d'un trouble de la mémoire - ce qui n'est pas explicitement admis, j'ai dû loupé un épisode... ou alors, je dois être trop tatilonne avec certains détails qui ne tiennent pas la route.

Sinon (pour une fois) j'avais deviné la chute !

Sourires de loup - Zadie SMITH




Le livre

Titre original : White teeth
Date de parution : 2000 (chez Hamish Hamilton)
Traduction française par Claude Demanuelli
pour les Editions Gallimard / Folio
735 pages

Le sujet

Angleterre. 1974. Archie (l'anglais) et Samad (le Bengali), deux amis qui avaient moins de 20 ans lors de la dernière Guerre mondiale se sont voués à une amitié indéfectible. Revenus en Angleterre, ils y fondent chacun une famille dans un pays en proie à des doutes d'ordre social, religieux, etc... qui atteignent les leurs.

Le verbe
"C'est vrai qu'on m'a mariée à Samad Iqbal le soir même du jour où je l'ai rencontré pour la première fois. C'est vrai que je ne le connaissais ni d'Eve ni d'Adam. Mais il ne me déplaisait pas. On s'est rencontrés dans la salle du petit déjeuner d'un hôtel de Delhi, un jour où il faisait une chaleur épouvantable, et il m'a éventée avec le Times. J'ai trouvé qu'il avait un visage sympatique, une voix douce et un joli p'tit derrière pour un homme de son âge. Bon. Maintenant, chaque fois que je découvre quelque chose sur son compte, je l'apprécie un peu moins. Donc, tu vois, tout compte fait, on était nettement mieux avant..." (p.118)
Mon complément
Si vous avez le courage de vous attaquer à un bloc de plus de 700 pages (je l'ai eu !) vous serez forcément (j'en répondrai !) comblés par cet abus de volonté et par cette incroyable histoire, qui pourrait être vraie (je le pense dans la mesure où un auteur porte toujours un peu de lui-même ou de ses connaissances dans un livre tel que celui-ci).

Une pure merveille d'humour, de gravité, de réalisme et qui nous tient en éveil, grâce à un concentré peu orthodoxe : satire des situations, cocasserie des personnages qui restent tout de même très attachants, même les plus répréhensibles.

J'ai admiré cette sage, du plus profond de ce que je suis et ce en quoi j'ai l'honneur de croire, pour tout dire, je compare Zadie Smith à un descendant littéraire hybride entre Céline et John Irving, c'est dire ! Car j'ai rerouvé dans les accents de ce roman ceux qui m'avaient plu (pour ne pas dire ébloui) dans Voyage au bout de la nuit et dans Une prière pour Owen. Bien entendu, cette perception n'engage que moi, qui ne suis rien d'autre qu'une lectrice.

Le roman est divisé en 4 partie égales, qui vont développer les personnages, et les instants du choix, dans une savante chronique à la "count-down" (on y remonte le temps).

Archie (le plieur de papiers), Clara (son épouse jamaïcaine qui a perdu très tôt ses dents), Irié (leur fille un peu en surcharge pondérale), Samad (le serveur indien musulman), Alsana (son épouse incroyante), Magid (le bon) et Millat (le truand) les jumeaux que l'on va séparer à l'âge de 9 ans (l'un retourne vivre en Inde pour y bénéficier d'une bonne éducation), des Chalfen (la famille dans laquelle les deux autres familles vont devoir subir l'influence)... Et ce n'est là qu'un aperçu des multiples ressources que suggère une telle abondance d'origines, de croyances, de folies : les déchirures de l'immigration et les contusions des générations enfantées qui doivent avancer entre les volutes des rêves enflammés de leurs parents et les cendres retombées sur le chemin.

Persuasion - Jane AUSTEN




Le livre

Titre original : Persuasion
Date de parution : 1818
Traduction française par : André Belamich
Editions Christian Bourgois éditeur
mon édition en 10/18 domaine étranger
315 pages

Le sujet

Angleterre. 1814. Anne Elliot retrouve Frederick Wentworth, un capitaine de marine qu'elle avait repoussé alors qu'elle avait 19 ans et lui 23, persuadée par sa famille que ce n'était pas un mari qui lui conviendrait. Huit ans après, Anne retombe sous le charme de son ancien fiancé, tandis que lui semble indifférent... Le temps de la reconquête est venu, qui finira par ouvrir les yeux (et rouvrir) le coeur de l'ancien fiancé éconduit.

Le verbe
Henriette lui a demandé ce qu’il pensait de vous, lorsqu’ils sont partis, et il a dit que vous étiez si changée qu’il ne vous aurait pas reconnue.
Mary n’avait pas assez de sensibilité pour respecter, d’ordinaire, celle de sa sœur ; mais elle ne se douta pas le moins du monde qu’elle venait de lui faire une blessure particulière.
« Méconnaissable ! » Anne acquiesça totalement, en proie à une silencieuse et profonde mortification. Sans aucun doute, il en était ainsi et elle ne pouvait pas prendre sa revanche, car lui n’avait pas changé, pas enlaidi en tout cas. (p.74)
Mon complément
J'ai vécu avec Persuasion depuis si longtemps que cette lecture est un bain de jouvence, ou de connivences ou tout ce qui explique le bien-être. Bien entendu, cette attachement n'est pas rationnel. Enfin, le fait est que j'adore Persuasion.

Anne, la deuxième fille de Sir Walter Elliot, est le personnage principal de ce livre. C'est une jeune femme raisonnable, qui doit faire face à un père fat et dépensier. Celui-ci préfère nettement sa fille ainée, Elizabeth, avec laquelle ils partagent le goût du luxe. La mère est morte, et Anne trouve en Lady Russel, la meilleure amie de celle-ci, une mère de substitution.
Trop endettée, la famille Elliot accepte de louer leur château de Kellynch à un riche couple tandis qu'ils décident de se fixer à Bath, une station thermale alors à la mode et plus dans leurs moyens. Anne ne les accompagne pas tout de suite car elle reste dans le voisinage, vivre quelques mois chez Mary, la plus jeune soeur Elliot, mariée, 2 enfants. Là, elle retrouve Frederick son premier (et seul) amour. Mais celui-ci ne la regarde plus, et pire encore, semble déterminé à se marier avec une autre. Cependant, une graine de pardon s'immisce en son coeur, et peu à peu se met à croître tandis que Anne s'éloigne pour rejoindre son père et sa soeur à Bath.
Frederick l'y rejoint, prêt à lui faire comprendre qu'il l'aime.

Anne ne voyait rien, ne pensait à rien de l’éclat de la salle. Son bonheur était tout intérieur.
…/…
ces phrases commencées qu’il ne pouvait terminer…ses yeux à demi tournés et son regard plus qu’à demi expressif…tout cela proclamait au moins que son cœur retournait à elle : que la colère, la rancune, le désir de l’éviter étaient passés… (p.217)
Mais il est très vite mordu par la jalousie en découvrant qu'Anne est courtisée par un certain William Elliot, qui, non content d'être le veuf heureux d'une femme épousée pour son argent, veut désormais épouser Anne pour compléter le tableau de l'arriviste parfait : fortune, titre de barronet qui lui reviendra après la mort Sir Walter Elliot et une belle petite femme, intelligente qui lui donnera une descendance.

Frederick finit par écrire une fervente lettre où il déclare son amour et Anne le persuadera que cette fois est la bonne...


« Je ne puis écouter davantage en silence. Il faut que je vous parle, avec les moyens dont je dispose. Vous transpercez mon âme. Je suis partagé entre l’angoisse et l’espoir. Non, ne me dites pas qu’il est trop tard, que ces précieux sentiments ont disparu à jamais. Je vous offre de nouveau un coeur qui vous appartient encore plus totalement que lorsque vous l’avez brisé, il y a huit ans et demi. Ne prétendez pas que l’homme oublie plus vite que la femme, que son amour meurt plus tôt. Je n’ai jamais aimé que vous. Injuste, j’ai pu l’être, faible et rancunier, je l’ai été… mais inconstant, jamais. C’est vous seule qui m’avait fait venir à Bath. C’est pour vous seule que je pense, que je fais des projets… Ne l’avez-vous pas senti ? N’avez-vous pas compris mes souhaits ?… Je n’aurais même pas attendu ces dix jours si j’avais pu lire vos sentiments comme je pense que vous avez dû pénétrer les miens. J’arrive à peine à vous écrire. J’entends à tout moment quelque chose qui me bouleverse. Vous baissez la voix, mais je puis distinguer les inflexions de cette voix, quand même elles échapperaient à d’autres… O parfaite, excellente créature ! Vous nous rendez bien justice. Vous êtes sûre que l’attachement et la constance véritables existent parmi les hommes. Soyez assurée de les trouver infiniment fervents, infiniment fidèles chez
F. W.
Il faut que je parte, incertain de mon sort ; mais je reviendrai ici ou bien je rejoindrai votre groupe dès qu’il me sera possible. Un mot, un regard suffiront à décider si j’entrerai chez votre père ce soir, ou jamais. »
Il ne s'agit bien évidemment pas seulement d'une histoire d'amour, qui commence mal et qui finit bien. Pas tout à fait. Jane Austen nous guide, avec son style réjouissant, dans le monde conventionnel de la société qui fut la sienne, une société qui faisait la part belle à la descendance, la prestance, et qui n'avait que faire de la cordialité et de l'intelligence.

Je décide de ne pas parler dans ce billet de tous les personnages de ce roman, il y aurait beaucoup à dire. Juste ajouter que la multitude n'est pas du tout encombrante : Jane Austen situe parfaitement les protagonistes, les noms ne sont pas compliqués (c'est important) et l'imagination du lecteur garde une certaine liberté.

Je suis (je n'ai aucune honte !) certainement un peu amoureuse de Frederick moi aussi... J'ai d'ailleurs noté que nous "perdons" le personnage de FW durant 62 pages (c’est très long !!!) :
  • départ de FW à la fin du chap XII (p 141)
  • retour de FW au chap XIX (p 203)


ancienne carte d'Angleterre (1812)

L'action du récit se situe dans des contrées fictives de régions identifiables : Bath dans le Sommerset Shire (sud-ouest), Lyme dans le Dorset Shire (sud)
Kellynch est situé à 50 miles de Bath (80 km environ)
Uppercross est à 3 miles (5 km) de Kellynch

Lienx externes

  • la république de Pemberley (un site sympathique par une communauté de fans de Jane Austen, en anglais) où l'on peut trouver, entre autres, quelques objets comme l'horloge ci-dessus, photos et beaucoup d'informations originales.
  • d'autres avis sur B.O.B