Emma de Ducos - Catherine RÉGENT

Le livre

  • Emma de Ducos
  • 2003
  • Les éditions du Cagou
  • 80 pages

Le sujet
Paris, 1871, Emma, 11 ans, subit l'épreuve de voir son père emporté dans la tourmente de La Commune, son père bien aimé est condamné à être déporté en Nouvelle-Calédonie. Sa mère réussit à obtenir de le rejoindre avec sa fille, c'est ainsi qu'Emma se retrouve à Ducos au terme d'une longue traversée durant laquelle elle fait la connaissance de Louise Michel.
la Commune 1871

Le verbe
Nous faisons connaissance avec notre nouveau logement composé d'herbes sèches et de branchages. Une pièce unique fait office de maison. Ici point de cloison ni d'ouvertures inutiles. Au sol, un tapis de paille en guise de matelas fait l'affaire pour le lit des parents. Plus loin dans l'obscurité, un hamac suspendu me servira de couchage. Aucun rangement n'est prévu, pas même une cuisine. Je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée profonde pour Maman. Comment vivra-t-elle dans ce gourbi, elle qui aime tant récurer, frotter, cirer. Le coup est rude. (p 46)
Mon complément
Découverte via ce roman jeunesse du destin des familles des déportés, qui, comme l'indique l'auteur, n'avait aucune chance de revenir en France (volonté politique de peupler la Nouvelle-Calédonie par des prisonniers politiques, entre autres).

Un style de qualité, des références à d'autres auteurs : Victor Hugo ou Gustave Maroteau. On croise l'ombre, plutôt sympatique bien que non dénuée de culpabilité, de Louise Michel dont je souhaite connaître plus de détails après cette lecture.


Ce n'est pas une fréquentation pour toi, ma petite, cette femme a du sang sur les mains plus que toute autre.


Lien externe

Sommeil - Haruki MURAKAMI


Le livre

  • Titre original : Nemuri
  • Date de parution : 1990
  • Traduction française par : Corinne Atlan
  • Editions Belfond
  • parution du livre : 2010
  • illustrations par Kat Menschik
  • 70 pages

Le sujet
Une jeune femme perd le sommeil et continue ses activités diurnes en cachant son état à son mari et à son fils. La nuit, elle se plonge dans la lecture et dans certains souvenirs qui la tourmentent : à quoi reconnaît-on que l'on est mort ou vivant ?

Le verbe
J'hésitai un moment et finalement décidai d'aller nager. Je ne saurais pas bien l'expliquer : c'était comme si je voulais expulser quelque chose de mon corps en faisant de l'exercice. Expulser. Mais expulser quoi ? Je réfléchis un moment. Oui, expluser quoi ?
Je l'ignorais.
Ce quelque chose flottait pourtant doucement à l'intérieur de mon corps, comme une sorte de possiblité. J'aurais voulu lui donner un nom, mais rien ne me venait à l'esprit. J'ai toujours eu du mal à trouver les mots. (p 46)
Mon complément

Voici un deuxième livre (voyageur) reçu sur mon île grâce à Virginie qui me l'a presque déposé dans les mains, sensation étrange (accompagné d'une très jolie carte d'inspiration japonaise, moi qui adore le Japon !).

Je n'imaginais pas à quel point ce livre est beau : couverture rigide, pages glacées, illustrations s'intercalant entre les pages du (court) récit.



Ceci est ma deuxième lecture d'Haruki Murakami et je suis déjà sous le charme de cet auteur. Cette nouvelle m'a rappelé l'univers onirique de Yoko Ogawa, dont j'ai lu toutes les oeuvres. Je suis bien dans cette ambiance, comme dans un liquide amniotique.

Chaque mot semble ciselé avec la précision d'un maître horloger, chaque phrase est cousue avec la finesse d'un tapissier, avec rigueur et beauté, chaque image est imprégnée d'une sorte de lumière qui projette son propre théâtre d'images dans notre mental.

Comme c'est souvent le cas chez Ogawa, l'héroïne n'a pas de nom, les personnages existent à peine esquissés, qui permettent toutes les apparences que le lecteur voudra bien leur donner.

Nous devenons alors cette femme soudain devenue insensible à la fatigue mais réceptive à tout le reste : passé, présent et futur. Sa soudaine faculté de veille lui montre sa vie comme elle était : mécanique, comme elle est : vorace, comme elle sera : inconnue. Nous aimons la voracité de l'inconnu.

Le livre dans le livre


Murakami fait lire Anna Karenine à l'héroïne de son récit, un livre que l'on a, à notre tour, envie de relire !

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