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Ouragan - Laurent GAUDÉ


Le livre
Editions Actes Sud
180 pages
2010

Le sujet
Louisiane. L'approche d'un ouragan fait évacuer la Nouvelle-Orléans. Tout le monde ? Non car les Noirs -et un Blanc, sont restés, livrés à leurs attentes : une vieille négresse centenaire désire la mort, une mère célibataire désire une autre vie, des prisonniers désirent se venger, un révérent (un peu beaucoup halluciné) désire être la main de Dieu. Tandis que la ville commence à ployer dans la tournente, un homme remonte le courant, tel un saumon mû par un pressentiment, et roule en direction de la ville-catastrophe.

Le verbe
Elle pleure à la table de la cuisine, parce que quelqu'un va venir et la voir dans sa laideur et ce regard fera naître la honte. Elle baissera les yeux, elle apercevra la moue de déception de celui qui sera face à elle. Elle pleure d'avoir à connaître la honte en plus du reste parce que celui qui vient s'appelle Keanu Burns et que c'est le seul homme qu'elle ait jamais aimé, mais elle ne veut pas, c'est au-dessus de ses forces, elle voudrait se cacher, se terrer, disparaître, qu'on l'oublie, que le monde entier l'oublie et qu'il ne reste rien d'elle.
p 46

Mon complément
Je suis très heureuse d'avoir lu le dernier Gaudé (un cadeau) car je me suis décidée depuis quelques années à tout lire de lui. Avec cette histoire, Gaudé confirme, s'il était besoin de le faire, sa belle capacité à traduire l'âme humaine : ses faiblesses comme ses grandeurs : on y croit et on voit ce qu'il voit.
Est-ce cela que Vous avez voulu ? Le chaos d'abord, puis le silence, plus effrayant encore. Je me fige. La nuit s'est tue. J'ai cru que le jour ne se lèverait jamais plus. Tout est mort et sans mouvement. Où sont passés les hommes ?
p 79



Je suis plus mitigée sur le fond de cette histoire que je n'ai pas trop appréciée, une histoire façon fable : genre "les blancs y sont méchants d'abandonner les noirs après les avoir réduit à l'esclavage". Ce cliché me semble un peu éculé et m'a beaucoup gêné.
Moi, Joséphine Linc. Steelson, négresse pour quelques temps encore, me voici revenue chez moi et personne ne m'en délogera. La rue est vide. Le jeune policier ne repassera pas. Il a dû déjà recevoir d'autres ordres. Qui se soucie d'une vieille folle comme moi ? Ils m'ont oubliée. Ce pays est tout entier fait comme ça. Rien ne s'oublie mieux que les négrillons. Il en a toujours été ainsi. Toute la ville a foutu le camp et ils ont laissé derrière eux les nègres qui n'ont que leur jambes pour courir parce que ceux-là, personne n'en veut.
p 53

Sur fond du souvenir de l'ouragan Katrina, Gaudé brosse un roman chorale où les personnages se racontent à la première personne, et dans certains chapitres on retrouve même tous les personnages comme fusionnés dans une même pensée (belle trouvaille). Un roman qui libère la force de la nature en même temps que la force du coeur des hommes et des femmes qui peuvent, enfin, s'assumer tels qu'ils sont : vainqueur ou victime.

2 commentaires:

virginie a dit…

Je n'ai pas encore commencé mes lectures prévues des livres de Laurent Gaudé. Je commencerai par Le soleil des Scorta (ce sera d'ailleurs ma première lecture de cet auteur, mais ayant déjà lu quelques pages au hasard, je pense que je vais aimer).

Wictoria a dit…

je crois qu'avec Gaudé, on accroche ou pas, c'est épidermique, il a quelque chose que les autres n'ont pas, une façon de nous faire sombrer dans nos peurs, et de nous permettre de tenter de relever la tête, moi j'aime :)

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