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La séquestrée - Charlotte PERKINS GILMAN

 
Le livre
Titre original : The yellow wallpaper
Date de parution : 1890
Traduction française par : Diane de Margerie
Editions Phébus
40 pages


Le sujet
Un couple loue une maison le temps des travaux de la leur. L'épouse, jeune mère, est plongée dans une sorte de mélancolie que son mari, médecin, soigne en prescrivant du repos et l'interdiction d'écrire ; or l'écriture est la seule chose à laquelle l'épouse témoigne une réeelle capacité de rédemption possible. Elle s'ennuie, et le papier jaune à moitié déchiré de l'ancienne chambre d'enfants devenue la sienne et dans laquelle elle passe la plupart du temps semble être mû d'une vie propre : sous ce papier, une tapisserie ancienne semble dissimuler la silhouette d'une femme qui rampe pour échapper aux ombres qui la recouvre.

Le verbe
Parvenue dans les zones lumineuses, la femme s'arrête, mais dans les régions obscures elle s'agrippe aux barreaux qu'elle secoue avec violence. Et pendant tout ce temps, ce qu'elle voudrait, c'est traverser le papier peint. Mais personne ne peut échapper à ce motif tant il vous étrangle. C'est pourquoi il possède une multitude de têtes. Car si jamais elle réussissait à s'évader, ce serait pour que le motif l'étrangle et la renverse - voilà la raison de toutes ces têtes aux yeux révulsés !
(p 42)
Mon complément
Qui n'a jamais été effrayé par une tapisserie ancienne, dans une vieille demeure où l'on imagine que vivent les fantômes ? Pas moi car j'ai souvent mis en scène les monstres et les têtes que je distinguais dans la pénombre avant de pouvoir m'endormir.

C'est à ces moments que je pensais lorsque je lisais cette courte histoire hier avant de m'endormir. Une histoire bien entendu plus grave qu'une simple frayeur d'enfant puisque Charlotte Perkins Gilman y dépose son fardeau : à son époque, vivre en indépendance n'était pas aussi possible que maintenant, les femmes étaient soumises à l'autorité d'un homme : père, frère ou mari ! lesquels pouvaient décider de leur pseudo liberté et libre arbitre.

Une récit d'une écriture soigneuse, méthodique, hypnotique, qui glisse lentement vers le non-sens, vers une issue qui traduit bien la perte de soi. Les visions fantastiques, véritable anamorphoses des sentiments nous feront désormais méfier de n'importe quel papier peint imprimé dans les tons jaunes ! On a également l'impression que les têtes dont il est question personnalise les enfants : ceux-ci entravent en quelque sorte la liberté de la femme, la mère. Dans cette folie là, "baby blues", dépression post-partum, l'enfant n'est plus un petit être sans défense qu'il faut apprendre à soigner et à apprivoisier mais un monstre capable de rendre folle, par peur de ne pas savoir, pas peur de plus être soi.

Personnellement, je préfère le titre d'origine, plus mystérieux. "La séquestrée" est un titre qui laisse le doute sur "qui est séquestrée" : la narratrice ou la victime que celle-ci voit dans sa folie, peut-être aurait-on dû carrément écrire Les séquestrées tant que nous y sommes, mais je ne suis pas fan des adaptations libres, je préfère la fidélité, sauf si l'adaptation permet de rendre compte d'un jeu de mot inexsitant dans la langue originale, ce qui n'est pas le cas ici.

Diane de Margerie, la traductrice, a travaillé sur le sujet et nous informe sur autant de pages que cette nouvelle du sujet de l'enfermement, de l'évasion, du sentiment de folie qui s'empare des victimes du "monde mâle" dans sa postface intitulée "Ecrire ou ramper".

Une emprise masculine qui est encore (de nos jours) le quotidien de bien des femmes dans certains pays !

    2 commentaires:

    Malice a dit…

    Livre lu aussi il y a un petit moment et j'avais trouvé aussi que le titre n'allait pas du tout. Mon billet est là : http://livresdemalice.blogspot.com/2008/09/charlotte-perkins-gilman-la-squestre.html
    Et ta dernière phrase est juste, tu as oublié je suppose " encore de nos jours"(cela n'est pas très grave, l'on comprend très bien ce que tu veux souligner). Oui c'est vrais, c'est bien exact hélas !

    Wictoria a dit…

    J'avais vu que tu l'avais lu grâce à Babelio :)

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