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Manuscrit zéro - Yôko OGAWA



Le sujet
26 textes (ébauches ou nouvelles) formant un kaleïdoscope de l'univers ogawien : la femme écrivain, le désir d'enfant, les étranges concours des évènements, les expositions (improbables) d'art contemporain, d'étranges nourritures terrestres (les mousses), les clubs (l'association des coeurs simples) ou des concours (le sumo des pleurs d'enfants) tout droit sortis de l'imagination de l'auteur, la maladie, la perte de la mémoire, de la notion des choses, la naissance et la disparition, la fusion avec l'environnement, les fantômes poursuivant leur existance dans le coeur des vivants, les cavités discrètes où se cacher ou d'où observer, la hantise des images de l'Holocauste (ça sent l'homme qui brûle), l'observation du microcosme de la nature, la décomposition des matières ou leur réorganisation..., autant de sujets d'inspiration qui forment un Rubik's Cube de petites histoires à aligner côte à côte, dessus dessous, devant derrière... et qui abordent les thèmes récurrents qui constituent l'univers fantastique de Yoko Ogawa.

Le verbe
Tous les enfants me donnent l'impression que je les connais bien. Fille ou garçon prématuré qui ne fait même pas un kilo ou gros bébé de plus de quatre kilos, que la naissance ait eu lieu par les voies naturelles ou au forceps, il n'y a pas de différence. Tous les bébés sont les miens. Ils sont tous celui que j'ai été autrefois dans le puits comblé du figuier. J'ai cette impression et je pleure.
(p.38)
Mon complément
Dernier ouvrage écrit et traduit en français de Yôko Ogawa, le manuscrit zéro est une sorte de recueil initial de plusieurs histoires, une sorte de berceau pour les textes nouveaux nés, échappés de la nurserie des romans. On entame le livre comme on se coupe une part de gâteau, et puis on glisse, on s'échappe, on court, on avance, on se retourne, on repart en arrière sur une sorte de ruban de Möbius où tout semble s'éloigner mais finit par se rejoindre.
Ce que je crains, ce n'est pas de m'égarer, mais que ceux qui étaient près de moi ne s'éloignent.
(p.205)

Les tissus ressemblent à des suaires, les boîtes à des cercueils. Seraient-ils destinés à ensevelir les souvenirs des enfants qui ne reviendront jamais en ce lieu ? Les boîtes paraissent juste à la bonne taille pour qu'un corps allongé sur le côté, le dos rond, puisse y tenir, et je songe un istant à l'effet que cela doit faire, mais je réagis aussitôt en secouant la tête. Attention danger. C'est ainsi que l'on ségare, comme un enfant perdu. N'est-ce pas justement pour cette raison que nous nous tenons la main ?
(p.214)
Plus qu'un autre de ses romans, Yoko Ogawa écrit sa vérité, ses vérités intimes. Pour elle - et je le ressens ainsi - nous sommes ce qu'ont fait de nous nos souvenirs, nous sommes ce qu'ils ont tracé ou effacé en nous.

Et plus qu'un roman, ou un éventail de nouvelles choisies, Yôko Ogawa nous offre de suivre la piste ombragée du monde de l'écriture, faite de fulgurances, de motifs irréguliers qui sont comme les fractales d'un univers en constante expansion sur un univers toujours complexe.


L'écriture, l'écrivain, est celui qui décrypte pour tous les autres, les mots qui aboutissent au chemin parfois tortueux de nos délivrances intimes ; l'écrivain aime (et attend certainement) "le moment où l'endormissement se confond avec le rêve" et j'ai choisi de rester sur le bord de ce moment-là.

Le livre
  • titre original : Genkô Zeromai Nikki
  • date de parution : 2010
  • traduction française par : Rose-Marie MAKINO
  • Editions Actes Sud
  • parution en français : 2011
  • 235 pages


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6 commentaires:

Kathel a dit…

Je l'ai déjà pris et reposé, craignant que ce soit trop décousu... Je vais voir s'il est à la bibli, j'aime tellement de qu'écrit Yoko Ogawa.

Wictoria a dit…

c'est décousu je confirme, mais il faut voir ce volume plutôt comme un condensé de nouvelles : certaines histoires sont indépendantes, mais le plus souvent , les personnages se retrouvent ailleurs, les histoires se décalquent, ses chevauchent, impression de cartes distribuées qui finissent par faire une famille inattendue mais complètée :)

Raphaële Gabrielle a dit…

Je ne connaissais pas du tout cette auteure, pourtant je suis une "fan" du Japon! (je fais du japonais depuis 4 ans) Alors je pense en emprunter bientôt un à la médiathèque, merci de me l'avoir fait découvrir! :D

Gabriel a dit…

Perso, je me suis épuisé à dénouer tous les fils et malgré tout, je n'ai pas réussi à reconstituer la pelote.
Je reste perplexe !

Wictoria a dit…

La palatine :
commence par un roman non fantastique alors : "la marche de Mina", très poétique, ou encore "la formule préférée" un peu plus complexe mais abordable, beaucoup de ses romans ont une atmosphère fantastique : évènements non cartésiens, réalité absurde, courbe du temps, cela peut dérouter, ou intéresser :)

Wictoria a dit…

Gabriel :
j'ai moi aussi été dérouté par la construction du livre et si j'airais préféré un roman unifié, j'ai tout de même été intéressée par cette succession de petits bouts d'univers

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