Légendes et chansons de gestes canaques - Louise MICHEL


Le livre
recueil de 20 textes écrits en 1875
éditions Grain de sable
80 pages.

Le sujet
Légendes canaques racontées par Louise Michel.

Le verbe
Il est nuit ; la tribu, étendue sous des cocotiers, au clair de lune, se laisse bercer par la voix des brisants et par les récits du conteur qui, moitié endormi, moitié veillant, dit des histoires fantastiques comme le rêve.
p 58

Mon complément
François Bogliolo, qui signe la préface, présente une édition de 14 textes inédits parus en 1875 dans le journal "Petites affiches de la Nouvelle-Calédonie" et retrouvés dans les archives de la bibliothèque Bernheim et de 6 textes déjà parus dans l'édition de Mme Kéva en 1885 mais sensiblement différents : Louise Michel les a peut-être remaniés une fois revenues en France.


Illustrations tirées de "le Bambou gravé Kanak" datant de la fin XIXème siècle.

Que dire d'un tel livre rempli de mystères, de nature, de craintes et d'amour ? Louise Michel écrit les chansons de gestes, qu'est-ce ? Ce sont des morceaux de mémoire détachées de la sienne, des mémoires vives comme les courants, ceux du vent, de l'océan, de la montagne : des mouvements de la vie, de l'amour, de la mort.
J'ai savouré le style de Louise Michel, tout en finesse et pudeur, le peuple kanak mérite un tel hommage !





    La mort du roi Tsongor - Laurent GAUDÉ

    roman de 2002
    éditions Actes Sud
    mon édition : Livre de poche 210 pages

    Le sujet :
    Massaba, une ville antique. Le roi Tsongor a bâti un empire en s'emparant des richesses, des terres et des peuples des pays attaqués et soumis depuis des dizaines d'années. Tsongor est maintenant un vieux monarque respecté et s'apprête à marier sa fille Samilia à Kouame, le prince du royaume voisin. Le jour des noces, Sango Serim, qui fut élévé avec les enfants du roi mais qui parti faire fortune afin de pouvoir épouser Samilia revient : il demande à Tsongor de choisir entre lui et Kouame. Tsongor, incapable de faire ce choix, se donne la mort après avoir chargé Souba, le plus jeune de ses fils, de construire 7 tombeaux sur l'ensemble de ses terres et de l'ensevelir dans un d'eux quand il aura trouvé le meilleurs endroit. Pendant ce temps, son corps embaumé sera gardé par son fidèle serviteur et ami, Katabolonga.
    Souba part. Et à Massaba, la guerre commence entre les partisans de Kouame et ceux de Sango Serim, une guerre fraticide.

    Le verbe :
    C'était à l'époque où le roi Tsongor était jeune. Il venait de quitter le royaume de son père. Sans se retourner. Laissant le vieux roi périr sur son trône fatigué. Tsongor était parti. Il savait que son père ne voulait rien lui léguer et il refusait de subir cette humiliation. Il était parti, crachant sur le visage du vieillard qui ne voulait rien céder. Il avait décider qu'il ne demanderait rien. Qu'il ne supplierait pas. Il avait décider de construire un empire plus vaste que celui qu'on lui refusait.
    (p 16)


    Mon complément :
    Dans la même veine que Le tigre bleu de l'Euphrate, Laurent Gaudé conte avec force détails puissants et sanglants le drame d'un roi, à qui tout a réussi tant qu'il a été le conquérant sans scrupules, et qui, une fois la vieillesse installée, la famille formée, le bonheur atteint, voit son monde s'écrouler, se disloquer, se réduire en charpie, tel un homme estropié au coeur de la bataille.

    Le tragique est roi en ce livre : la famille naguère unie désormais fracturée : d'un côté ceux qui désirent suivre l'appel du coeur et du bon sens, de l'autre, ceux qui désirent suivre le chemin de la parole donnée, du passé et des serments partagés.

    Gaudé nous emporte au coeur des batailles genre "guerre de Troie" : des trahisons, du sang, de la noirceur, qui s'opposent aux espoirs, à l'amour d'un père pour ses enfants, d'une fille pour son amoureux impossible, d'un fils pour son père, d'un ancien ennemi pour son roi devenu comme son ombre.

    Ici, Gaudé exprime toute la tragédie du destin pour ceux qui ne savent pas choisir au moment où ils ont le pouvoir de dire non à la guerre, au risque de se désavouer.


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