Dans le brouillard - Richard HARDING DAVIS



Le sujet
Londres, 1897. Le lendemain d'une nuit où la ville fut recouverte d'un épais manteau de brouillard, quatre convives d'un club très sélect empêchent un 5ème membre de quitter les lieux en lui relatant des énigmes qui retiennent tout l'intérêt de celui auxquelles elles sont adressées.

Le verbe
- Magnifique ! murmura-t-il. je vous donne ma parole que j'étais bien loin de deviner où vous vouliez en venir. Vous m'avez eu, bel et bien ! Le diable m'emporte si vous ne...
(p 97)
Mon complément
Si les romans policiers retiennent toute mon attention, j'avoue ne pas avoir été convaincue par ce récit pourtant étiquetté comme "une des plus parfaite réussite de récit d'énigme" en 4ème de couverture.

Je salue néanmoins la forme de ce récit à la façon "poupée russe" : le récit dans le récit dans le récit...cela dit, je me suis tout de même ennuyée, sans doute prise dans le brouillard de plusieurs histoires un peu trop dépassées à mon goût.

John Dudley Johnston
"Impression de Liverpool"

Le livre
  • titre original : In the fog
  • publié en 1901
  • traduit de l'anglais par Madeleine Gazier
  • Editions Petite bibliothèque Ombres
  • 93 pages

La séquestrée - Charlotte PERKINS GILMAN

 
Le livre
Titre original : The yellow wallpaper
Date de parution : 1890
Traduction française par : Diane de Margerie
Editions Phébus
40 pages


Le sujet
Un couple loue une maison le temps des travaux de la leur. L'épouse, jeune mère, est plongée dans une sorte de mélancolie que son mari, médecin, soigne en prescrivant du repos et l'interdiction d'écrire ; or l'écriture est la seule chose à laquelle l'épouse témoigne une réeelle capacité de rédemption possible. Elle s'ennuie, et le papier jaune à moitié déchiré de l'ancienne chambre d'enfants devenue la sienne et dans laquelle elle passe la plupart du temps semble être mû d'une vie propre : sous ce papier, une tapisserie ancienne semble dissimuler la silhouette d'une femme qui rampe pour échapper aux ombres qui la recouvre.

Le verbe
Parvenue dans les zones lumineuses, la femme s'arrête, mais dans les régions obscures elle s'agrippe aux barreaux qu'elle secoue avec violence. Et pendant tout ce temps, ce qu'elle voudrait, c'est traverser le papier peint. Mais personne ne peut échapper à ce motif tant il vous étrangle. C'est pourquoi il possède une multitude de têtes. Car si jamais elle réussissait à s'évader, ce serait pour que le motif l'étrangle et la renverse - voilà la raison de toutes ces têtes aux yeux révulsés !
(p 42)
Mon complément
Qui n'a jamais été effrayé par une tapisserie ancienne, dans une vieille demeure où l'on imagine que vivent les fantômes ? Pas moi car j'ai souvent mis en scène les monstres et les têtes que je distinguais dans la pénombre avant de pouvoir m'endormir.

C'est à ces moments que je pensais lorsque je lisais cette courte histoire hier avant de m'endormir. Une histoire bien entendu plus grave qu'une simple frayeur d'enfant puisque Charlotte Perkins Gilman y dépose son fardeau : à son époque, vivre en indépendance n'était pas aussi possible que maintenant, les femmes étaient soumises à l'autorité d'un homme : père, frère ou mari ! lesquels pouvaient décider de leur pseudo liberté et libre arbitre.

Une récit d'une écriture soigneuse, méthodique, hypnotique, qui glisse lentement vers le non-sens, vers une issue qui traduit bien la perte de soi. Les visions fantastiques, véritable anamorphoses des sentiments nous feront désormais méfier de n'importe quel papier peint imprimé dans les tons jaunes ! On a également l'impression que les têtes dont il est question personnalise les enfants : ceux-ci entravent en quelque sorte la liberté de la femme, la mère. Dans cette folie là, "baby blues", dépression post-partum, l'enfant n'est plus un petit être sans défense qu'il faut apprendre à soigner et à apprivoisier mais un monstre capable de rendre folle, par peur de ne pas savoir, pas peur de plus être soi.

Personnellement, je préfère le titre d'origine, plus mystérieux. "La séquestrée" est un titre qui laisse le doute sur "qui est séquestrée" : la narratrice ou la victime que celle-ci voit dans sa folie, peut-être aurait-on dû carrément écrire Les séquestrées tant que nous y sommes, mais je ne suis pas fan des adaptations libres, je préfère la fidélité, sauf si l'adaptation permet de rendre compte d'un jeu de mot inexsitant dans la langue originale, ce qui n'est pas le cas ici.

Diane de Margerie, la traductrice, a travaillé sur le sujet et nous informe sur autant de pages que cette nouvelle du sujet de l'enfermement, de l'évasion, du sentiment de folie qui s'empare des victimes du "monde mâle" dans sa postface intitulée "Ecrire ou ramper".

Une emprise masculine qui est encore (de nos jours) le quotidien de bien des femmes dans certains pays !

    L'honneur de Sartine - Jean-François PAROT

     


    Le livre
    date de parution : 2010
    Editions JC Lattes
    480 pages

    Le sujet
    Paris. 1780. Nicolas Le Floch enquête sur la mort de Monsieur de Chamberlin, un vieil homme qui occupa naguère de hautes fonctions dans la Marine du Roi. Tout laisse à penser qu'il s'agit d'un meurtre déguisé en accident et Nicolas Le Floch va bientôt découvrir que le vieil homme conservait chez lui des secrets d'état qui pourrait bien nuire à la réputation du ministre de la Marine qui n'est autre que l'ancien chef de la police qui avait pris sous son aile le jeune Nicolas tout juste débutant dans la profession : Sartine.

    Le verbe
    Dans l'escalier, les scènes entrevues sur le marché lui rappelait que ce peuple pouvait être, delon sa réputation, le plus aimable de l'univers, ou alors le plus redoutable. Restait qu'on ne savait jamais, ou alors à contretemps, comment il allait se conduire. Versatile ? Ombrageux ? En pénétrer l'esprit était malaisé et le préjugé gâtait la tentative. Certains le méprisaient, lui supposant de l'imbécilité, d'autres fondaient d'utopiques espoirs sur sa transformation et lui réputaient, peut-être, trop de finesse. Il lui apparaissait que la vérité était dans l'entre-deux et que retentissait en chaque homme le débat de tout un peuple. Il avait un jour entendu le roi en parler d'une manière qui l'avait ému. Selon louis XVI, un souverain ne saurait rien faire de plus utile que d'inspirer à la nation une grande idée d'elle-même ; pour pallier ses divisions, il fallait que le peuple s'attachât d'orgueil à la patrie.
    (p.129)
    Mon complément
    Nous retrouvons, avec un plaisir toujours intact, Nicolas Le Floch dans ses aventures extraordinaires des jeux du pouvoir. Dans un contexte politique où les crédits manquent, où la Marine peine à trouver les fonds nécessaire à la fabrication des navires qui pourraient assurer à la France, une puissance, du moins économique, sur les mers (quelques années plus tard, Jean-François de La Pérouse ira voguer sur les mers au nom du roi), où la France est en conflit avec l'Angleterre (pour le commerce et pour l'Amérique, pour dessiner les cartes du Nouveau Monde, etc...), tout est bon pour tirer à soi les couvertures de la bonne renommée.

    Necker, le ministre des Finances de l'époque, à Sartine dans le colimateur, pour ne pas dire son périscope. Le peuple de Paris commence à gronder, et le roi est bien loin de tout cela.

    Jean-François Parot mène toujours tambour battant ses troupes au travers des petites histoires de l'Histoire. Son personnage principal vieillit : Nicolas s'approche de la quarantaine, son fils devient un homme et il est souvent la proie de réflexions sur la vie et la mort...
    Rien n'est plus difficile que d'interroger un enfant...
    - Vous avez eu un fils.
    - Trop tard, vous le savez, pour avoir l'expérience des dédales du premier âge. Je ne peux me référer qu'à mes propres souvenirs.

    (p. 461)
    Nicolas cherche au fond de lui l'interprétation de l'existence. Il sait aussi que rien n'est immuable. Et la révolution est proche...

    Lien externe